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Y a des rencontres au sommet qui se perdent, ces temps-ci, dans les départements de communication des médias traditionnels.
Parfois, j’ai l’impression qu’on vient de réaliser que les réseaux sociaux, c’est important, et parce qu’on ne connaît rien là-dedans, on a installé un jeune-qui-connaît-ça-l’internet pour faire le travail. De toute façon, c’est juste Facebook et Twitter, n’est-ce pas ? Pourtant, le gestionnaire de communauté, c’est peut-être la personne la plus importante du média. C’est celle qui le représente sur les réseaux sociaux. C’est la voix, l’identité, la personnalité du média. C’est une grande responsabilité et, moindre des choses, ça devrait venir avec un certain code d’éthique. Parce que ce qui se passe au sein de cette nouvelle profession, ma foi, c’est un peu n’importe quoi.
Et je ne parle pas ici de répondre «If ur not happy go to guzzo» sur la peut-être fausse page Facebook du cinéma Colossus de Laval, propriété de Cinéplex. Je parle de bien pire.
Hier, un grand média posait la question suivante à ses fans : «Une femme ayant des antécédents judiciaires, souffrant de troubles mentaux et victime de violence conjugale a été inséminée. Résultat: l’enfant a été confié à la DPJ. Doit-on empêcher certaines personnes de procréer? Comment déterminer si une femme est apte ou pas à subir un traitement de fertilité?»
Et paf, en une seconde, la porte était ainsi toute grande ouverte à l’eugénisme.
Ouvrez la porte et les gens entreront. En l’espace de quelques minutes, des dizaines de commentaires réclamaient haut et fort une loi pour interdire les déficients, les malheureux chroniques et autres infortunés de procréer. Et parmi ceux qui commentaient, je soupçonne qu’il y aurait eu de bons candidats au rejet.
J’imagine que la question faisait référence à une nouvelle diffusée sur les ondes du média en question. Pas moyen de le savoir puisque la question ne menait pas vers le topo.
Ce n’est pas la première fois que j’observe des questions tendancieuses ou orientées par les médias sur Facebook. Ça arrive tous les jours. «Pensez-vous qu’il est de bon augure qu’une femme soit première ministre ?», «Trouvez-vous que le défilé de la fierté gaie a sa place à Montréal ?», «Devrions-nous limiter le nombre d’immigrants au Québec ?»
Des questions qui, si on y réfléchit deux secondes avant de les publier, généreront certainement des commentaires haineux et donneront vite raison à la loi de Godwin. Des questions sur des enjeux graves, qui méritent définitivement plus que cinq minutes de réflexion sur Facebook. Des questions pour lesquelles on n’a pas toutes les données pour répondre. Des questions qui ont peut-être leur place dans le cadre d’une commission de consultation sur les accomodements raisonnables, mais pas sur Facebook.
Déjà, je ne sais pas d’où ça vient, cette idée de poser absolument des questions à son public. C’est supposé faire quoi ? Amener l’individu à cliquer sur le lien et à s’informer d’avantage sur la question de la procréation assistée chez les personnes démunies ? Non. Est-ce qu’on veut vraiment savoir ce que monsieur-madame-tout-le-monde dans son salon pense de l’insémination des femmes battues sans y avoir réfléchi plus de deux minutes? Bah…
Mais bon, selon les spécialistes, poser des questions, paraît que c’est LA chose à faire pour bâtir votre communauté. Bon, c’est sûr que si vous voulez être chummé avec vos fans, vous pouvez toujours leur demander des choses gratuitement de temps en temps, comme «heille, gang, c’est quoi votre recette d’automne préférée ?!? ;-) hi hi». Mais vous pouvez aussi décider
de ne pas le faire et, sérieusement, c’est PAS grave.
Je n’ai pas vraiment de solution à proposer, sinon que d’user de discernement et de mesurer la portée des mots quand on invite le public à s’exprimer. Pour le reste, c’est correct, on va sûrement en rire dans 15 ans : «Hey, rappelez-vous, dans le temps, on savait tellement pas quoi faire avec les réseaux sociaux qu’on POSAIT DES QUESTIONS ! Ahaha!»
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Hier soir
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En fait, des questions, ça sert à générer des commentaires. Des commentaires pour quoi ? Des commentaires que qui lit ? Je sais pas. J’imagine que les patrons qui ne connaissent pas trop ça, les médias sociaux, sont contents quand «ça commente». Si vous voulez mon avis, quand on est un média, le but premier des réseaux sociaux, après, mettons, générer du contenu, c’est d’emmener les gens sur votre site. Pour être lu, évidemment, mais aussi parce que c’est là où les clics vous rapportent des dollars publicitaires. Pour arriver à cette fin, si j’étais gestionnaire de communauté, je parierais plutôt sur la méthode de mise en haleine que sur celle de poser des questions à des gens qui ont déjà leur idée toute faite et qui meurent d’envie de s’exprimer sans en savoir davantage.
Hier, je suis allée au concert du Métropolis. Il s’agissait bien sûr d’abord d’un concert bénéfice pour venir en aide à la famille de Denis Blanchette et à Dave Courage, mais je dois avouer que j’étais pas mal là pour Céline, Arcade Fire, et un peu de tout ce qui a été présenté entre les deux. Finalement, je me suis prise au jeu du deuil collectif et du rituel. Un rituel pour tourner la page sur cet événement qui a inscrit la violence dans l’histoire de notre démocratie et qui a entaché un «temple de la musique», comme l’a dit Win Butler.
J’imagine que pour réunir tout ce beau monde sur une scène, il faut que tout ce beau monde t’en doive une. André Ménard avait sûrement quelques cartes dans sa petite poche. Céline Dion, Arcade Fire, Éric Lapointe, Cœur de pirate, Patrick Watson, etc. Hier, André Ménard a joué toutes ses cartes sur un seul événement : la mort d’un technicien. Pas pour sauver le Métropolis. Pas pour sauver festival de Jazz. Hier, Spectra disait merci à tous ses techniciens depuis toujours. Ça a donné lieu à des moments magiques.