Game Of Thrones : le premier et le dernier blockbuster télé planétaire ?

On espère que non mais…

Dernièrement, les médias ne font que parler de Game of Thrones. À moins d’une déconnexion majeure depuis plusieurs années, vous êtes au courant de l’ampleur du phénomène : il s’agit bel et bien d’un événement télévisuel sans précédent. Qu’une série d’inspiration médiévale à l’histoire complexe qui renverse à plusieurs reprises tous les codes narratifs connus arrive à sortir de sa niche pour intéresser à ce point le grand public et les initiés, relève presque de la fiction. C’est la première fois qu’une émission devient un rendez-vous télévisuel mondial hebdomadaire au même titre que les Oscars, les Olympiques et le Super Bowl. 

En y réfléchissant, j’en suis venue à identifier trois aspects qui ont selon moi contribué au fait que Game of Thrones est le premier et sera peut-être le dernier blockbuster télé planétaire. Mais avant de s’y plonger, il est important de faire une distinction entre le phénomène Game of Thrones et toutes les séries étrangères qui sont devenues des succès planétaires au fil du temps (Sex and The City, The Sopranos, The Office, etc). Ce qui les distingue de Game of Thrones, c’est justement l’existence même du « rendez-vous », d’une temporalité restreinte (il faut penser au décalage horaire) qui crée un engouement hors norme. 

Petit rappel historique

La première saison de Game of Thrones a été diffusée en avril 2011 sur la chaîne HBO. À cette époque, la mode n’était pas encore au visionnement en continu. Netflix existait au Canada depuis à peine un an et son catalogue était encore très rudimentaire. Pour y avoir accès en version originale, il fallait obligatoirement souscrire à HBO Canada. Pas d’option Crave TV et la version française était diffusée avec retard.

Les livres avaient déjà une audience importante, mais on était loin d’Harry Potter.

La première saison passe donc pratiquement inaperçue. Elle faisait office de mise en place narrative et osait montrer ce qui est très rarement montré à la télé : des viols, de l’inceste, de la violence très graphique et de la nudité complète.

Les livres avaient déjà une audience importante, mais on était loin d’Harry Potter. Ce n’est qu’en 2014 que Games of Thrones est devenu la série la plus écoutée sur HBO. Puisqu’il n’était pas encore dans les moeurs pour un réseau de câblodistribution de rendre son contenu disponible sur le web, le nombre de fans de Game of Thrones a augmenté drastiquement grâce au piratage.

1 – Un timing qui n’arrivera pas deux fois

Je crois que la clé du succès planétaire de Game of Thrones réside dans le timing de sa diffusion. La série est arrivée en plein dans la transition de la télévision traditionnelle au visionnement en continu. Il y a 9 ans, les séries s’exportaient encore très peu. Il y avait souvent un long délai entre la diffusion originale et la diffusion internationale. Seules les plus grandes séries nationales arrivaient à percer le marché étranger mais avec un délai. Par exemple, Friends et Sex and the City ont réussi à transcender les imaginaires et sont sans contredit des phénomènes planétaires. Mais ils le sont devenus après la diffusion originale grâce aux DVDs et à Netflix.

Ironiquement, si ce n’était pas du piratage massif, la série n’aurait pas le succès qu’elle connaît aujourd’hui.

L’engouement de Game of Thrones a commencé tranquillement et n’est pas dû à un service de diffusion en ligne. Au contraire, il s’agit de la série la plus téléchargée illégalement au monde. Ce qui était potentiellement dû au coût et à l’accessibilité restreinte d’HBO (aka il fallait payer pour le câble, ce que notre génération déteste faire). Puisque les fans ne voulaient pas attendre le coffret DVD, ils ont trouvé des manières « alternatives » d’avoir accès au contenu.

Ironiquement, si ce n’était pas du piratage massif, la série n’aurait pas le succès qu’elle connaît aujourd’hui. En ayant eu accès à la série, les gens s’y sont intéressés. Si le piratage n’avait pas été possible, il y a fort à parier que Game Of Thrones aurait perdu des fans en cours de route en raison des délais d’attentes inégaux. Ou bien, elle serait devenue une série culte au même titre que Sex and the City ou The Sopranos mais sans jamais devenir un événement mondial.

2 – Une histoire qui suscite un besoin de partage

Là où internet a aidé Game of Thrones, c’est dans le besoin de partage qui suit le visionnement d’un épisode. Game of Thrones nous montre que le suspense doit s’écrire d’une nouvelle manière. Il ne suffit pas de faire naître la question « Qu’est-ce qui va se passer? », il faut rendre les spectateurs obsédés par le « COMMENT est-ce que ça va se passer? ». Les forums dédiés à GOT pleuvent, les publications dans les médias aussi et on se rend vite compte que le sujet attire énormément de clics. L’engouement se retrouve nourrit par tous les fans de la série mais aussi tous les mécanismes qui l’entoure et ce, sans qu’HBO ait besoin d’augmenter son budget promotionnel. Cela dit, il faut tout de même saluer la créativité du diffuseur quand vient le temps de faire une campagne de promotion. Cacher des trônes autour du monde est d’ailleurs une preuve de plus de la globalité du succès de la série. 

Le phénomène est organique du début à la fin et précède tous les algorithmes que peuvent utiliser Netflix et compagnie pour tenter de deviner ce que l’utilisateur veut voir.

3 – Fragmentation et fidélisation des audiences

Contrairement à la télévision traditionnelle, la télévision en ligne n’est pas un média national, sa portée est d’emblée sans frontière. On pourrait croire que des séries comme House of Cards et The Handmaid’s Tale ont un potentiel de diffusion similaire et c’est le cas d’une certaine manière.

Il est très difficile de prévoir ce qui se démarque dans un seul bassin, un seul marché, alors espérer un coup de circuit planétaire avec des calculs devient très difficile.

Le sujet de la dystopie de Margaret Atwood est universel, il joue sur nos cordes sensibles, nous fait vivre nos plus grandes peurs, etc. Mais June compétitionne avec une panoplie de séries internationales aux budgets faramineux propulsées par des canaux encore plus porteurs que HBO en 2011. Ce sont des mathématiques de base : l’offre télévisuelle est plus grande que la demande alors l’écoute s’en trouve fragmentée.

The Conversation le souligne dans cet article: à ce jour, ni Netflix, ni Amazon, ni Hulu n’ont réussi à recréer un phénomène de cette taille et ce, malgré une convergence linéaire efficace et des budgets promotionnels incroyables.

Puis, au-delà de la fragmentation des audiences, il y a la fidélisation de celle-ci. Une excellente prémisse, un gros budget et une belle distribution ne sont pas assez pour garder les gens accrochés. Les producteurs n’ont droit à aucun faux pas. Un mauvais épisode et hop, on passe à autre chose. Il est très difficile de prévoir ce qui se démarque dans un seul bassin, un seul marché, alors espérer un coup de circuit planétaire avec des calculs devient très difficile. L’engouement peut se construire tranquillement, mais il doit durer. Cet aspect est très aléatoire et dépend beaucoup du facteur chance.

Le rendez-vous télévisuel : un rituel révolu?

Il y a quelque chose de beau et d’universel dans le rituel, dans l’habitude de se rassembler autour d’un événement ancré dans une temporalité précise. C’est donc avec un brin de tristesse que je formule l’hypothèse qui va comme suit : Game of Thrones est le premier et sera le dernier blockbuster télévisuel planétaire. À cette échelle du moins. La télévision n’est pas à l’aube de vivre un nouveau bouleversement, les planètes sont donc mal alignées pour qu’une autre série tombe pile dans un entre-deux qui joue à son avantage.

L’offre étant plus grande que la demande, il est de plus en plus difficile pour les diffuseurs de créer des rendez-vous télévisuels. Les gens aiment avoir leurs habitudes, mais ils aiment aussi avoir la liberté de regarder un contenu quand bon leur semble. Avec Game of Thrones, les divulgâcheurs abondent sur le web ce qui force même les fans modérés à écouter l’épisode dès sa sortie. Finalement, il faudrait que quelqu’un écrive une autre série de livres aussi complexe avec un potentiel télévisuel et un fan base encourageant pour les producteurs.

J’ose espérer me tromper parce que dans trois semaines, ça va faire vide. L’effervescence, le fait d’avoir aussi hâte de découvrir une suite, le besoin très fort de partager ses théories, bref, je nous souhaite à tous un nouveau GOT!

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