Fugueuse en 10 lieux

Sur les traces de la série la plus populaire de l’heure.

Fugueuse est la série de l’heure au Québec. Dans tous les salons de la province, les gens se demandent si Fanny va réussir à s’en sortir, si Ariane va tomber dans le piège à son tour, et surtout, où se trouve le luxueux loft de Damien.

On a posé la question à Pierre Gill, directeur de la photographie (DOP) de la série, et voici ce qu’il nous a répondu : « J’ai malheureusement pas le droit de vous le dire! » Un chroniqueur s’essaie…

Mais bon, tant qu’à l’avoir au bout du fil, on en a profité pour lui demander comment ça fonctionne, la recherche de locations. Voici ce que ça a donné.

Comment ça marche, trouver des lieux de tournage? C’est quoi les étapes?

Une fois qu’on a les textes en main, la première étape, c’est de dénombrer le nombre de lieux différents et d’évaluer la faisabilité du tournage par rapport au budget.

Il faut aussi choisir une approche pour le tournage. Dans le cas de Fugueuse, Éric Tessier (le réalisateur) et moi voulions tourner large pour être le plus libre possible, ce qui nécessite de pouvoir filmer sur 360 degrés. Donc tout doit être utilisable dans le lieu. Une scène peut commencer au salon, bouger vers la cuisine et se finir dans la chambre, et on doit pouvoir suivre les personnages sans couper. Et ça, ça affecte la recherche.

Ensuite, on essaie de regrouper les locations pour minimiser les déplacements entre chaque lieu. Parfois, on change des scènes d’endroit pour être plus efficace. Par exemple, on peut décider qu’une scène va se passer dans le loft de Damien au lieu d’être dans le bar.

Et quand l’approche et les lieux sont bien définis, la recherche peut commencer…

Exact. Patrick Goulet, le recherchiste de locations, a commencé à travailler trois mois avant nous pour trouver les lieux. C’est important de s’y prendre d’avance parce que tu sais jamais combien de temps ça peut prendre pour trouver le bon endroit, négocier avec les proprios, rajuster le tir, etc. Parfois, on trouve du premier coup. Parfois, c’est un peu plus long.

Il peut y avoir beaucoup d’allers-retours entre le recherchiste de locations, le réalisateur, le directeur artistique et le DOP. Patrick nous arrive avec des photos de 15-20 lofts, on en élimine tout de suite une douzaine, on lui donne plus de précisions, il repart…

Pour les maisons, c’est encore plus complexe. Comme on tournait là pendant deux-trois semaines non-stop, il fallait que les gens déménagent pendant ce temps-là. On doit aussi avoir l’autorisation des voisins, demander les autorisations à la ville à cause des camions, des tournages de soir et de nuit, etc.

Est-ce que les descriptions des lieux sont vraiment précises dans le scénario, ou bien vous fonctionnez plus par coups de cœur?

C’est rare que le scénario fasse des descriptions vraiment précises. Dans le cas de Fugueuse, par exemple, le scénario indiquait « maison à Boucherville » ou « condo chic au centre-ville ». Ça laisse une certaine marge de manœuvre. Mais quand tu vois les lieux, tu le sais en une seconde si ça va marcher ou non.

C’est super important, aussi, de choisir des lieux qui vont renforcer les personnages. En fait, les lieux sont des personnages en eux-mêmes. Quand tu installes ton acteur dans le bon endroit, il n’a pas besoin de dire grand-chose pour qu’on comprenne qui il est, comment il se sent, etc.

Est-ce que les scènes extérieures concordent avec les endroits où sont tournées les scènes intérieures?

Ça arrive souvent que l’extérieur et l’intérieur ne soient pas au même endroit. Des fois, l’intérieur est trippant, mais l’extérieur ne fonctionne pas du tout, on a l’impression qu’on n’est pas à la même place.

Mais pour Fugueuse, on tenait à ce que ce soit à la même place pour garder le naturel des scènes. Si Fanny sortait de la maison en coup de vent, on voulait que ça soit fluide entre l’intérieur et l’extérieur.

En terminant, on aimerait que tu nous parles des lieux principaux de Fugueuse en quelques phrases…

La maison de Fanny

On voulait que ce soit le plus humain possible, le plus vrai possible. Ça aide à camper le personnage. Pour une fille de cet âge-là, c’est pas évident d’être en banlieue. T’as besoin d’action, tu veux être en ville…

On voulait avoir un contraste entre la ville et la banlieue. Donc pas de grosses cabanes de style « nouveaux riches ». On cherchait plus un look « bungalow ».

Dans la maison qu’on a fini par choisir, on pouvait tourner partout : cuisine, salon, sous-sol, chambres. En plus, elle avait une entrée sur le côté par où Fanny pouvait entrer. Les ados de banlieue entrent souvent par la porte du côté au lieu de celle d’en avant. Ça a contribué au réalisme.

Le loft de Damien

Le loft de Damien, on voulait qu’il soit flash, on voulait qu’il soit comme un leurre. Qu’une jeune fille qui arrive à Montréal soit impressionnée, qu’elle ait le feeling que le gars est riche, qu’il est cool. Et pas juste pour le personnage de Fanny, mais pour les gens qui allaient écouter l’émission, aussi.

Ça nous prenait une vue le plus chargée possible. J’ai demandé à Patrick de chercher un loft coincé entre les buildings du centre-ville pour qu’à travers les fenêtres, on sente la vue, la ville, la hauteur.

Le casse-croûte à Toronto

C’est le lieu qui a été le plus difficile à trouver. Dans la plupart des endroits qui nous intéressaient, les propriétaires étaient réticents. Ils ont souvent une clientèle de réguliers qui ne veut pas être bousculée dans ses habitudes.

Dans ces cas-là, Il faut dédommager pour le chiffre d’affaires qu’ils perdent pendant qu’on est là. Certains exigent même le double, pour compenser le désagrément pour leurs clients. Ajoutez à ça les permis de la ville, le stationnement pour nos camions, etc., ça peut finir par coûter cher.

Le centre jeunesse

Ça aussi, on a eu de la misère à le trouver! Ça prenait une place qui ressemble à un centre jeunesse, avec des pièces fermées pour les chambres et les bureaux. Finalement, on a trouvé une bâtisse à peu près vide qu’on a nous-mêmes meublée. On a tout recréé pour donner le résultat que vous voyez à l’écran.

L’école

Le défi principal avec l’école, c’est que le tournage commençait vers la mi-août. Ça nous laissait seulement une semaine de jeu avant la rentrée scolaire. Après ça, on aurait été obligé de tourner seulement la fin de semaine, et nos samedis et dimanches étaient déjà surchargés.

La maison de la grand-mère

Pour la maison de Manon, on était un peu plus lousse. Notre premier choix était un peu trop compliqué, mais comme ce n’était pas un lieu-clé, c’était moins un sacrifice d’y aller avec le deuxième.

Le studio de Damien

J’avais déjà été à ce studio-là pour un projet avec Yan Perreault et je trouvais que ça fittait parfaitement avec ce dont on avait besoin. Quand j’en ai parlé à Patrick, il avait justement déjà fait une demande et ils ont dit oui tout de suite.

La maison d’Ariane

Pour la maison d’Ariane, on tenait à pouvoir filmer en dedans, dehors, dans la cour et que ce soit tout à la même place. On a trouvé à Boucherville, pas trop loin de la maison de Fanny. On voulait un look différent de celle de Fanny, mais pas trop nouveaux riches non plus, un peu plus seventies et moderne.

Le club d’aviron

Un autre bon défi pour Patrick! Il n’y a pas beaucoup de clubs d’aviron au Québec et il ne fallait pas être trop loin de Montréal. Au départ, on devait tourner à celui de Boucherville, mais on n’a pas pu à cause de travaux routiers devant le club. On a dû changer pour le club de Lachine à la dernière minute et on a fait amener les bateaux de Boucherville (ça prenait le bon logo dessus).

Le bar de danseuses

Pour le bar de danseuses, on voulait une ambiance trippante, cool, nightlife. Ç’a été difficile à trouver parce que les propriétaires sont déjà réticents à laisser entrer des caméras, mais en plus, avec le sujet de la série, tu ne veux pas nécessairement être associé à ça.

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