Jacobo Tarrio

Fuck tes invitations Facebook

Bienvenue à tous !

Apparence que je vais (à nouveau) paraître acerbe et casseux de party, mais c’est que leçon doit être donnée.

Ces derniers jours, j’ai successivement reçu des invitations sur Facebook pour : 1) Aimer la page d’une nouvelle épicerie fine dans Villeray; 2) Participer à une table ronde sur le journalisme; 3) Assister à une séance littéraire dite «féministe» (Je me dois tristement d’encadrer le mot féministe de ces lourds guillemets grisâtres. Ce n’est pas de la mauvaise foi, je vais m’expliquer plus bas).

Chacune de ces invitations peut paraître anodine et même bienveillante, quelque part entre le flyer indésirable, mais inoffensif distribué dans la rue et les offres spéciales d’Air Canada qui atterrissent dans votre boîte courriel. Mais elles m’ont choqué : elles m’invitaient toutes à un lieu auquel je n’ai pas réellement accès, en tant que personne en fauteuil roulant.

Elles ne m’ont pas individuellement frustré, certes, puisqu’elles représentent quoi mis à part un clignotant rouge dans le coin supérieur droit de mon écran? Mais une fois regroupées, elles m’exaspèrent. Et plus important, elles lèvent le voile sur cette société capacitiste que l’on tolère mollement.

Je peine à comprendre comment il est possible pour un individu d’inviter délibérément quelqu’un à un endroit auquel il ne peut accéder.

Je sais, je sais. Vous êtes distraits, bien avant d’être malintentionnés.

Simple distraction, case cochée trop vite, petit oubli, effort promotionnel douteux — un mélange de ces (mauvaises) raisons explique sûrement ce manque de délicatesse. Ce n’est pas de la discrimination volontaire, certes, ce n’est que la perpétuation des habitudes d’une société construite sur l’exclusion, une marche à la fois.

Et voilà : cette inattention n’est pas justifiée. Déjà, il est détestable de perpétuer cette ségrégation culturelle des personnes handicapées en les excluant des sorties et événements. Mais si vous organisez une soirée dans un lieu inaccessible, n’ayez pas l’audace, s’il vous plaît, d’y convier des gens qui n’y ont pas accès.

C’est aussi insultant que d’offrir une douzaine d’œufs à un itinérant ou de distribuer un flyer à un passant aveugle.

L’avis est spécialement à propos pour les organismes militants, qui revendiquent le changement social, comme les groupes féministes (l’astérisque vient ici) qui tiennent des soirées dans des endroits inaccessibles. Se faisant, ils vont à l’encontre même du féminisme. Quand j’avais poliment fait remarquer la situation absurde aux organisatrices, on a tourné en dérision cette petite lubie, plaidant le coût des salles, mais offrant de me traîner dans les escaliers (faites pas ça; si je veux mettre ma sécurité en péril, je vais le demander).

Imaginez cet univers dystopique : “Ouain, on aurait voulu prendre la salle qui ne refuse pas l’accès aux personnes noires, mais elle était un peu plus chère…”

Autres temps, autres mœurs, autres motifs pour discriminer : avant, c’était des valeurs, aujourd’hui, c’est le confort et l’indifférence.

Vous n’avez pas à vous sentir mal : même les partis politiques, qui prétendent vouloir favoriser la participation citoyenne, sont coupables de ce mal. Pire encore, quand on leur souligne le fait qu’ils organisent des événements dans des endroits inaccessibles, on obtient ce genre de réponse.

Sauf que voilà : ce changement de culture ne s’opérera pas seul. Il passe aussi par vous. On n’améliora pas la situation en regrettant, mais en abdiquant. J’ai trop souvent passé par-dessus mes principes et une trâlée d’escaliers pour rejoindre une soirée inaccessible, et mentionner à un organisateur que son lieu était discriminatoire, pour le voir hocher de la tête et répéter la même erreur l’édition suivante.

Il faut prêcher par l’exemple. Faites la remarque à vos amis. Plaignez-vous. Portez une attention particulière sur Facebook. Ne cochez pas trop vite les noms, lorsque vous envoyez des invitations. Posez-vous la question. Ça commence par là.

Vous avez sûrement déjà été dans l’erreur par naïve politesse et c’est correct, mais maintenant vous êtes avisés.

Lâchez les excuses paresseuses. Trouvez un lieu accessible et précisez-le dans la fiche de votre événement. On est en 2016, il n’y a plus de raison de tenir fermées des portes aux personnes en fauteuil roulant.

Et si malgré tout, vous continuez de cautionner ces barrières dans la parfaite insouciance, par commodité personnelle, n’allez au moins pas les pavaner devant ceux qui sont brimés par celles-ci.

La moindre des choses, caliss.

Pour lire un autre texte de Kéven Breton : “La gang de malades, c’est qui?”

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