French Kiss de Joe Rocca : « un long one-night stand » de 13 chansons

L'artiste nous parle de son album, toune par toune.

Flirt et ego trip vont de pair sur French Kiss, premier album solo de Joe Rocca réalisé par son fidèle complice de Dead Obies, VNCE.CARTER. « En fait, c’est vraiment juste un long one-night-stand », blague le rappeur, rejoint au gracieux Miami Deli, juste à côté de son studio dans Hochelaga. Dans la foulée de sa parution sous Make It Rain Records, le Montréalais nous en propose un aperçu, chanson par chanson.

Commando

C’est la première chanson que j’ai enregistrée et qui m’a fait comprendre la direction de l’album. Avant même d’avoir la moitié des chansons, je savais que ce serait l’intro, car c’est vraiment une ride en soi. « Up dans le whip », ça veut dire « viens-t’en dans l’histoire, j’t’amène dans une ride avec moi ». Le texte vient surtout d’un feeling que j’ai déjà ressenti avec une fille et que j’avais envie d’immortaliser. C’est vraiment une petite fantaisie de jeunesse à l’ancienne : t’es enfermée chez vous, et moi, je viens te pick en char pour sortir.

Freak Girls

C’est un mélange du remix de Ignition de R. Kelly avec du rap nouveau genre à la Future type of shit. Le beat de Kable Beats est très minimaliste et laisse beaucoup de place à la voix, ce qui crée une zone de confort parfaite entre le rap et le R & B. Pour ce genre de chansons, c’est vraiment la mélodie qui me guide et, à partir d’elle, je commence à penser à des punch lines. Dans ce cas-ci, la line « Bouge sur moi comme si j’étais ton dernier » a vraiment donné le ton. C’est le feeling d’être le dernier au monde pour une fille excentrique, qui aime faire le party. Elle en a vu d’autres dans sa vie, mais avec moi, c’est différent.

Soft Drink Riddim (avec Cape Tula)

C’est une chanson assez légère : tu bois ton soft drink pis tu danses. (rires) Tout ça a commencé avec mon ami Sebastian Navarro [NDLR : directeur de l’étiquette Ghost Club Records]. Je chillais dans son home studio, et il m’a fait entendre ce beat dancehall là, une production de Victor Bongiovanni. À ce moment-là, j’avais déjà pas mal de tracks en banque pour l’album, mais j’avais l’impression que c’était une couleur qui me manquait. Je lui ai dit de me l’envoyer et, le soir même, j’étais en studio avec Cape Tula pour enregistrer ça.

Around Us

C’est une chanson imagée, principalement construite avec des punch lines. Par exemple, quand je dis « J’suis un vrai stunner/ Juste du champagne dans mon estomac/ Tout le monde nous regardait dans le restaurant/ Mon outfit criait ‘’fuck the rest of ‘em’’ », t’imagines clairement dans ta tête qu’on pull up au resto, que tous les clients se tournent la tête pour nous regarder pis que mon outfit fait deux fuck you à tout le monde. (rires) Le beat est une production de Yen Dough, un jeune producteur, rappeur et chanteur que VNCE a rencontré et qui a un style vraiment unique, bien ancré dans son temps. C’est quelqu’un qui m’inspire beaucoup, qui m’aide à ouvrir mes horizons, à pas rester pris dans une bulle.

Splash

C’est une de mes préférées, celle-là! Elle est très moderne dans sa facture musicale, et j’aime beaucoup les verses. Ça parle d’un one-night stand de façon très assumée et très claire. Y’a beaucoup de tension sexuelle.

Painkillers (avec Brown et Cape Tula)

C’est un track plus dark, qui compare une relation amoureuse avec la consommation de drogues. « Elle m’a dit “’j’ai besoin de toi, t’es mon painkiller”’/Pourtant, avec moi, elle veut pop plein de pilules » C’est l’histoire de deux personnes qui veulent retrouver les mêmes feelings et le même buzz qu’à leurs débuts. Pour en arriver là, ils peuvent accumuler les conquêtes, toucher à plus de drogues, faire plus de drogues ensemble… Mais en fin de compte, ils sont pris dans un engrenage. C’est moi qui ai donné le sujet aux gars et, en une nuit, tout était fait.

Plan $ (avec Flawless Gretzky et TyLeen)

Ce track-là a été fait le lendemain où Flawless Gretzky est sorti de prison, bien avant qu’il devienne mon labelmate sur Make It Rain. En studio, on est deux gars d’action, donc dès qu’on s’est rencontrés, on s’est mis à jaser et on a commencé à faire de la musique. Il a invité son amie TyLeen à venir rapper avec nous, et ça a donné de très bonnes sessions. En soi, la chanson marque un tournant plus rap et un peu plus sérieux dans l’album. C’est le dilemme qui habite n’importe qui qui commence à faire de l’argent : est-ce que tu le dépenses maintenant ou tu l’investis dans des plans pour l’avenir?

Réel (avec Mike Shabb et Imposs)

Je trouvais ça cool de mixer Shabb, qui est très jeune, avec moi et Imposs, un pionnier du rap queb que je trouve encore très inspirant. Ça donne trois générations de realness! C’est une chanson qui parle d’authenticité et d’image publique. C’est une façon de dire que je suis beaucoup plus complexe que l’image que vous vous faites de moi à partir des clips et des photos. Je suis trop réel pour être mis dans une boite.

Showbizz

C’est parti de la phrase « J’emmerde le showbizz ». Pour moi, le propos est important, car j’ai l’impression que, même en faisant partie d’un des groupes hip-hop les plus mainstream du Québec, on vit une espèce de rejet de la part de l’industrie. Ils nous donnent un peu de pain pour qu’on se ferme la gueule, mais ils ont juste hâte qu’on arrête de japper.

Monstres (avec Brown)

C’est toujours vraiment nice de faire de la musique avec Brown : ils sont très quick, et Robin Kerr [chanteur soul du groupe] est toujours très impressionnant à voir aller. La chanson est un peu différente du reste de l’album, autant dans le vibe que dans le contenu. C’est surtout une façon de dire qu’on a tous des monstres cachés dans notre garde-robe. Ça reste un morceau plus terre-à-terre, même s’il y a un petit peu de brag.

Shortie (avec VNCE.CARTER)

Je suis assez content d’avoir un refrain de VNCE, car c’est une première pour lui depuis Explosif [NDLR : pièce parue en mars 2016 sur Gesamtkunstwerk de Dead Obies]. C’est une belle chanson d’amour des temps modernes avec des références aux années 2000. On est partis du beat très mélodique et planant de VNCE. Tout a été très vite, car on se connaît vraiment bien. Ça doit faire 10 ans qu’on fait de la musique ensemble, et c’est devenu une habitude de s’inviter l’un et l’autre dans chacun de nos projets.

Comme avant

C’est la plus personnelle, la plus intime de l’album. C’est venu straight up d’une rupture amoureuse, une relation d’assez longue date qui a été très inspirante pour moi. Mis à part le deuxième verse qui a été moins spontané, toute la chanson a été créée en une soirée. J’avais pas à chercher beaucoup pour le texte. Fallait juste que le sorte.

Take It Off

Au début, on avait juste la piste de harpe de Ouri [NDLR : une collègue productrice de Make It Rain], que VNCE a arrangée avec des percussions. On a choisi de rien ajouter d’autre, car je trouvais ça cool de rapper juste sur de la harpe. À ce moment-là, VNCE avait déjà l’idée que la chanson se transforme et explose en genre de néo-disco 80s en deuxième moitié. Je trouvais ça intéressant de finir l’album comme ça parce que ça montre que je suis pas pris dans une boite, que je suis déjà prêt à aller ailleurs. Le texte, c’est une image pour dire d’enlever ses vêtements, de se présenter tel qu’on est. La voix est très upfront dans le mix, un peu comme si je me mettais à nu.

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