Fleabag : l’hyperréalisme à son meilleur

Une série qui mérite ses Emmy awards.

Si vous lisez souvent mes chroniques du vendredi, vous savez que je suis obsédée par l’écriture hyperréaliste. Je trouve que ça fonctionne et que ça fait changement de la télé qui ne nous ressemble pas. 

Au diable la pudeur, le poli et les Manolo Blahnik! On n’a plus peur d’écrire des personnages tout en nuances qui ne font pas l’unanimité du point de vue de leur qualité humaine. Il y a du sexe douteux, sale, de la manipulation sans vergogne et des regrets – beaucoup de regrets – refoulés qui débordent. Dans tout ça, il y a du beau aussi, c’est juste un beau différent de celui qu’on nous montrait avant. Il est plus complet, plus authentique. 

Couronnée des prix Emmy de la meilleure série comique et de la meilleure actrice en 2019, Fleabag est ma dernière découverte télévisuelle qui s’inscrit dans cette tendance. D’une manière très «brit», la scénariste et actrice Phoebe Waller-Bridge raconte les déboires d’une jeune femme au début de la trentaine. Est-ce basé sur sa vie? Un peu, mais pas tant selon ses dires. Et croyez-moi, la série est tellement réaliste que le fait qu’elle ne soit pas autofictive vous surprendra. 

Ce que Fleabag vous réserve

Propriétaire d’un café à thématique de cochon d’Inde, Fleabag est une femme à l’éthique douteuse. Le prix des items de son café est aléatoire, elle sort avec un gars qu’elle n’aime pas, uniquement parce qu’elle a parfois besoin de se sentir aimée, tout en collectionnant les amants sans attaches à côté. Pourquoi n’arrive-t-elle pas à se gérer? 

À cela s’ajoute la fameuse boîte dans laquelle on se fait souvent mettre par ceux qui sont très proches de nous (aka notre famille). Même si elle veut se prendre en main, il y a toujours un membre de sa famille pour lui rappeler qui elle est. Les attentes des autres à son égard sont tellement basses qu’elle finit par se saboter. Réussira-t-elle à aller mieux? À se pardonner? À se sortir de cette petite boîte malsaine? 

Fleabag, c’est l’histoire d’une jeune femme qui ne sait pas comment gérer sa souffrance. Elle garde tout en dedans – la mort de sa meilleure amie, sa relation trop froide avec son père, la mort de sa mère, sa belle-mère haïssable – et se réfugie dans des comportements néfastes

Fleabag, c’est l’histoire d’une jeune femme qui ne sait pas comment gérer sa souffrance. Elle garde tout en dedans – la mort de sa meilleure amie, sa relation trop froide avec son père, la mort de sa mère, sa belle-mère haïssable – et se réfugie dans des comportements néfastes. Ses patterns toxiques sont évidents. Elle n’est pas ce qu’on appelle une fréquentation « saine » et elle le sait. Du point de vue du spectateur, on grince des dents, on a honte pour elle, ou on contraire, on sympathise. Parce que oui, à travers sa série de comportements autodestructeurs, on peut aisément se reconnaître à divers degrés. C’est d’ailleurs ce qui fait qu’on y croit autant malgré certaines scènes plutôt théâtrales. 

Des personnages que vous aimerez détester

Au premier visionnement, on sursaute un peu. Fleabag est plutôt antipathique, on n’a pas tant envie de s’attacher à elle. Mais au fil des épisodes, on repère des bribes de vulnérabilité bien placées qui nous font la comprendre. Elle est un personnage qu’on apprend à aimer. 

Il en va de même pour sa soeur Claire (Sian Clifford), une femme que l’on peut qualifier de « très froide et plutôt réservée ». Leur relation n’est pas toujours douce et donne lieu à des répliques franchement savoureuses. 

Puis, il y a son père (Bill Paterson) qui n’arrive plus à connecter avec ses filles. Maladroit au point de vous donner envie de vous cacher en dessous des couvertes, il ne sait pas comment équilibrer sa vie de père et sa vie amoureuse. La belle-mère (Olivia Colman) de Fleabag est passive-agressivement détestable ce qui fait que toutes les réunions de famille deviennent une série de malaises hilarants. 

Sans parler du beau frère haïssable (Brett Gelman) et du prêtre sexy (Andrew Scott)!

Où regarder Fleabag ?

Pour regarder cette brillante série, il vous faudra un abonnement à Amazon Prime Video. Si vous n’avez jamais essayé ce service de diffusion en ligne, vous pouvez profiter d’un mois gratuit, ce qui est amplement suffisant pour regarder la série au complet! 

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up