Des femmes à la conquête de l’avenue Duluth

Entrevue avec les filles du café Reine Garçon

Duluth veut dire en latin « apportez votre vin ». Moins cher qu’un roadtrip dans la vallée Napa, l’avenue permet aux amateurs de vino de déambuler gaiement du parc Lafontaine au parc Mont-Royal sur un axe est-ouest et d’essayer tous les différents cépages des Wallaroo Trail offerts dans ses 94 dépanneurs. Adoptée en mai 1978, la loi 21 autorise la vente de certains vins (les plus sucrés de l’univers) dans les épiceries et fait, depuis, le bonheur des restaurateurs, des dépanneurs, des amateurs de pique-niques improvisés et du lobby de l’insuline.

Quand on l’emprunte, Duluth frappe par son côté village, l’impression que tout le monde se connaît. Des maisons colorées (merci aux Portugais) côtoient des maisons coloniales plus sobres (merci aux Anglais), le pavé rappelle le Vieux-Port et les piétons triomphent sur les autos, un cauchemar pour tous ceux qui ont voté pour feu l’équipe Coderre, preuve que les temps changent.

Récemment, un événement extraordinaire s’est passé au coin de Duluth et de Saint-Hubert. Non, ce n’est pas l’ouverture d’un McDo formule apportez-votre-vin, c’est plutôt l’émergence de quatre commerces dirigés par cinq femmes entrepreneures; Chloé Gervais Fredette (Les Chocolats de Chloé​), Jolène Morin (Mam & Pop — atelier boutique​), Soleil Fleming (Maboue et cie​) et le duo de comédiennes Geneviève Labelle et Mélodie Noël-Rousseau (Café Reine Garçon​). On est allé voir ces dernières directement dans leur royaume afin de jaser café, d’empowerment au féminin et surtout, d’amour inconditionnel pour l’avenue Duluth.

Pourquoi Reine Garçon?

Mélodie : C’est directement lié à la pièce Christine, la reine-garçon, de Michel Marc Bouchard. On l’a choisi pour le modèle féminin et la référence au théâtre.

Avez-vous choisi Duluth, ou Duluth vous a choisies?

Geneviève : Il y avait un club vidéo ici avant (le Cinoche). J’y ai travaillé 7 ans. Le proprio, qui voyait bien que ça ne marchait plus pantoute, nous a donné carte blanche; il a toujours voulu donner la piqûre à de jeunes entrepreneurs.

Mélodie : Finalement, c’est Duluth qui nous a choisies!

Pourquoi choisir un café comme commerce?

Mélodie : Quand on a starté ça ensemble, on s’est dit que peu importe le projet, il fallait qu’il soit axé sur le théâtre. On a construit une scène, pour y faire des petits shows, des lectures. Ce n’est pas un simple café.

Geneviève : Jamais dans ma vie je pensais que j’allais ouvrir un café. Tout ce que l’on fait, on le fait, car on est intense! Quand on est arrivé ici, Jolène et Chloé étaient pour nous des mentors. Elles nous ont dit que ça allait être tough au début.

Quelles ont été les embûches?

Geneviève : Au début, on faisait 80 heures semaine, mais pour de vrai, on pogne le beat. Là, en ce moment, on surf! C’est pas rushant, mais très exigeant.

Mélodie : On a ouvert ça avec la mentalité que l’on voulait offrir un lieu pour les artistes, ce n’était pas pour faire la grosse piasse. L’important, c’est la communauté autour qui construit le café. On connait quasiment les prénoms de tous nos clients.

Règne-t-il un climat de solidarité ou de concurrence sur Duluth?

Mélodie : Solidarité! On peut compter sur notre grande sœur symbolique Chloé (Les chocolats de Chloé) qui était là bien avant nous. Si on a besoin d’une question sur la gestion de personnel ou tout autre sujet, on crie Chloé et elle arrive!

Geneviève : On a ouvert en même temps que Jolène (Mam et pop) et on avait des discussions sur la vocation de nos commerces, on s’apprivoisait. Là on est des business très complémentaires. On est full solidaire, on pellete son entrée pis toute!

Subissez-vous des préjugés, car vous êtes des femmes entrepreneures?

Genevieve : Je trouve qu’on est des power women, mais on s’est déjà fait demander si on était capable de faire du café… parce qu’on est des femmes.

Mélodie : Être une fille c’est quelque chose, mais le fait d’être jeune est un double préjugé. On m’a déjà dit que je ne pourrais pas runner une business. Mais bon, on entend ça moins souvent de nos jours. De toute façon, c’est inacceptable.

Votre opinion sur le apportez-votre-vin

Geneviève : Le cachet apportez-votre-vin est super important sur Duluth. Moi j’adore ça: des fois vers 23h, on voit les gens qui repartent avec leur fin de bouteille, complètement torchés sur la rue. C’est assez drôle.

Un couple en business : yay ou nay?

Mélodie et Geneviève : On se complète super bien. On savait qu’on avait notre team de feu, qu’on pouvait gérer la montagne du démarrage, revitaliser le local, développer un menu, développer une relation avec le quartier. On se connaissait dans le gros stress. On s’arrache des fois les cheveux, mais on s’aime en criss.

De quoi va avoir l’air la Reine dans 10 ans

Mélodie : D’une vieille vieille reine, mais aussi, on espère que notre programmation culturelle va continuer de grandir et grandir!

crédit : Lisa et Nancy pour À la croute

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Comment trouver sa job idéale grâce au réseautage

Vous êtes peut-être à un 5 à 7 de changer votre carrière (ou votre vie).

Dans le même esprit