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Faire enfin la paix avec PK Subban
Montréal est en deuil de son ancienne vedette à l'annonce de sa retraite.
Nous sommes en 2014. Je sirote un negroni trop cher dans un bar à cocktail sur Saint-Laurent. La place vient tout juste d’ouvrir et elle est pleine du petit gratin de la nuit et de vedettes qui se collent au glam.
Soudain, un barman noeud-papillon dépose une série de shooters vides devant moi, les remplit d’un whisky japonais prestigieux et commence la distribution. En quelques instants, le bar entier se retrouve avec un shooter à la main dans une certaine incompréhension.
La musique s’éteint. Un murmure se fait entendre. Que se passe-t-il?
Qui d’autre que Pernell-Karl, chapeau géant et veston double boutonnage, pour se lever sur son tabouret, petit verre levé en l’air, et commencer à réciter, telle une fable, un discours sur les charmes de la boisson, du désir et de l’amour. Un speech mielleux franchissant sans gêne les limites du gossant, mais exécuté avec un charisme dont seul lui a le secret.
Sans surprise, tout ce beau monde se met à applaudir chaleureusement avant de lever son verre bien haut, moi inclus, complice et sourire aux lèvres.
PK était un roi.
Selon moi, cette anecdote à 1 h du matin cristallise parfaitement le passage de PK Subban à Montréal. Funambule entre le merveilleux et l’exaspération.
C’est bien connu, le numéro 76 était hot-dog. Une expression sportive pour désigner un joueur flamboyant qui fait tout pour que l’attention soit portée sur lui. Un acteur dans le corps d’un athlète.
Après tout, il venait de remporter le trophée Norris remis au meilleur défenseur de la ligue et s’apprêtait à verser 10 millions de dollars à la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants, faisant de lui « l’athlète professionnel canadien à avoir pris le plus grand engagement philanthropique de l’histoire du pays ». PK ne faisait rien à moitié.
Hot-dog autant sur la glace qu’en dehors, il débordait de confiance. Une facette de sa personnalité qui n’a jamais vraiment fait l’unanimité, dans la population comme parmi ses pairs ou au sein de l’organisation qui aime bien lorsque ses joueurs n’en mènent pas trop large. Tout le contraire du Torontois d’origine jamaïcaine.
Si une chose était irréfutable chez lui, c’est qu’il voulait donner un show.
Et quel spectacle c’était!
Un hockeyeur au style électrisant comme le circuit en a peu connu. On entendait ses enjambées du haut des bleus et il faisait hurler les chaumières quand son gant touchait la glace en effectuant ses pivots signature. Malgré ses airs de primadonna, il jouait dur à chaque présence, était limite avec son bâton comme un vrai défenseur old school et n’avait jamais peur de se battre. Mais au grand plaisir de ses détracteurs, le shift suivant, il pouvait faire un fou de lui-même avec des manœuvres clownesques que tout entraîneur déteste.
Même s’il était parfois-souvent too much, PK m’a toujours semblé être profondément authentique comme vulnérable et surtout, enjoué comme un enfant à pratiquer son métier.
Puis, coup de théâtre, le chouchou controversé se fait échanger dans un trade hautement médiatisé qui fait encore débat. On ne se débarrasse pas d’un joueur aussi spécial sans remous du peuple.
Lorsqu’il a quitté Montréal, les gérants d’estrade ont fêté que l’équipe s’était débarrassée d’un élément perturbateur qui dérangeait la communion du groupe. Mais le spectateur, le vrai fan de hockey, lui, avait perdu son PK chéri.
On se souvient désormais, nostalgique de sa mise en échec sur Brad Marchand, de ses buts en série contre Boston et de l’exagération de ses célébrations.
Son maillot était l’un des plus populaires. Il y a encore des murales à son effigie et même un restaurant de Montréal-Nord nommé Panini 76. Subban était une vedette trop grande pour l’humilité traditionnelle au hockey montréalais.
Mais d’une certaine manière, il fut un précurseur d’une nouvelle génération. Un joueur-transition polarisant entre la vieille école du hockey et la nouvelle, ultra-talentueuse, décomplexée, qui maîtrise son image médiatique et qui est plus prompte à déconstruire l’autorité des codes établis.
Si, aujourd’hui, les jeunes n’ont plus peur d’arriver à l’aréna avec des looks extravagants, c’est parce que PK leur a ouvert le chemin.
Le Subbanator maîtrisait les médias comme aucun joueur avant lui. D’un naturel déconcertant, on pouvait le voir dans une pub de Boston Pizza ou sur TMZ la semaine suivante à C2 Montréal, micro à la main comme si de rien n’était.
Aujourd’hui, il compte près d’un million de followers sur Instagram et une brillante carrière télévisuelle l’attend. Ce ne serait pas surprenant qu’il devienne le Tony Romo de la LNH.
Je lève donc mon verre cette fois à sa retraite et à son patrimoine, car malgré les nombreux cônes qu’il aura rencontrés à Montréal, PK restera pour toujours cette fameuse célébration au centre de la glace et le Triple Low-Five avec Carey.
Cheers!

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