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Faire caca dehors : c’est pas un « cadeau » pour la nature

« Oui mais c'est biodégradable! ». Oui, mais non.

Par
Gabrielle Thouin
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Rapporter ses ordures aprĂšs une activitĂ© extĂ©rieure, c’est ce que font la plupart des amateurs d’activitĂ© en plein air. Mais devant notre envie Ă©vidente de prĂ©server la planĂšte, tous les dĂ©chets ne sont pas Ă©gaux. Quand il s’agit de dĂ©charges humaines communĂ©ment numĂ©rotĂ©es, mettons que faire ça vite vite en espĂ©rant Ă©viter qu’une paire d’yeux nous surprenne dans cette position est bien souvent notre seule unique prĂ©occupation.

On se dit que anyway, c’est naturel, organique, et sĂ»rement biodĂ©gradable.

Minute, papillon.

La nature est vaste et on a parfois l’impression d’ĂȘtre seul.e au monde lorsqu’on s’y aventure (sauf pour les chutes de Rawdon en juin 2020). Mais il faut penser aux prochain.e.s qui passeront aprĂšs nous et surtout Ă  ce buisson qui n’a pas du tout demandĂ© Ă  servir de supports Ă  papiers de toilette souillĂ©s. En la matiĂšre (fĂ©cale), comment bien faire les choses?

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Des cacas bien intentionnés

Pour me renseigner sur le sujet, je me suis entretenue avec Danielle Landry, dirigeante et fondatrice de De ville en forĂȘt, un organisme qui sensibilise les gens aux pratiques environnementales responsables. Elle est aussi maĂźtre-instructrice pour les principes Sans Trace (Leave No Traces).

La raison principale pour laquelle on peut nĂ©gliger la gestion de nos poupous en forĂȘt, c’est parce qu’on croit que c’est naturel. « Nous, les humains, on ne se voit jamais comme un problĂšme. Mais on peut facilement en crĂ©er un, s’exclame-t-elle au tĂ©lĂ©phone. Il faut accepter qu’on ne fait pas partie de l’écosystĂšme qu’on visite quand on est en plein air. »

Quand une marmotte vomit parce qu’elle a bu de l’eau qui a Ă©tĂ© en contact avec notre restant de chili, on ne peut pas [s’excuser], parce qu’on ne la verra jamais. C’EST ÇA QUE ÇA FAIT, DE LA CULPABILITÉ.

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Danielle Landry m’explique que tous les excrĂ©ments possĂšdent des pathogĂšnes. La diffĂ©rence entre les nĂŽtres et celles d’un ours (autre que l’évidente TAILLE), c’est qu’elles possĂšdent des bactĂ©ries avec lesquelles les animaux n’ont pas l’habitude d’ĂȘtre en contact : « Ils peuvent assurĂ©ment s’adapter Ă  nos pathogĂšnes, mais ça risque de les rendre malades avant. MĂȘme si la majoritĂ© s’en remettra probablement, ce n’est quand mĂȘme pas souhaitable. »

Quand on fait un paper cut Ă  quelqu’un, on peut s’excuser. Quand une marmotte vomit parce qu’elle a bu de l’eau qui a Ă©tĂ© en contact avec notre restant de chili, on ne peut pas le faire, parce qu’on ne la verra jamais. C’EST ÇA QUE ÇA FAIT, DE LA CULPABILITÉ.

Une bible pour les passionné.e.s.
Une bible pour les passionné.e.s.
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Contextualiser une position accroupie

Tout bon.ne randonneur.e sait qu’il faut prĂ©voir une collation pour faire le plein d’énergie en cours de route. Mais selon Danielle Landry, savoir gĂ©rer ses dĂ©jections est tout aussi important : « Il faudrait que les gens sachent se prĂ©parer pour faire leurs besoins Ă  l’extĂ©rieur autant qu’ils se prĂ©parent Ă  faire face Ă  la tempĂ©rature, Ă  ce qu’ils mangeront, Ă  organiser leur itinĂ©raire
 Ça fait partie de notre visite en nature! », m’explique-t-elle au tĂ©lĂ©phone.

«Il faudrait que les gens sachent se prĂ©parer pour faire leurs besoins Ă  l’extĂ©rieur autant qu’ils se prĂ©parent Ă  faire face Ă  la tempĂ©rature, Ă  ce qu’ils mangeront, Ă  organiser leur itinĂ©raire.»

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Pour mieux le contextualiser, on vous a préparé quelques scénarios et les bases à savoir qui y sont reliées, avec les judicieux conseils de Danielle. Tout ça, pour le plaisir de vous soulager respectueusement et intelligemment.

  • Petite randonnĂ©e/sortie de quelques heures

Commençons par un morceau moins costaud : Ă  part dans des occasions trĂšs rares (quelle bonne idĂ©e de se claquer une soupe aux pois avant une randonnĂ©e), les envies seront plutĂŽt du type « petit pipi » pour un sentier d’une journĂ©e ou moins. Il y a quand mĂȘme des principes Ă  appliquer pour ça.

Oui, le papier de toilette est biodĂ©gradable, mais la façon dont on s’en dĂ©barrasse pourrait faire en sorte qu’il ne le sera pas.

« Le mieux, c’est toujours de ramener », me confie Danielle Landry. Oui, le papier de toilette est biodĂ©gradable, mais la façon dont on s’en dĂ©barrasse pourrait faire en sorte qu’il ne le sera pas. Mettons, si on le jette du bout des doigts en le regardant s’envoler joyeusement sous les sapins
 c’est pas trĂšs eco friendly. En plus, il finira par sauter aux yeux d’autres randonneur.euse.s qui ne seront pas dupes sur ce que vous avez fait lĂ .

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Donc, c’est toujours mieux de traĂźner un sac de type Ziploc, emballĂ© dans du ducktape (si la vue des petits carrĂ©s blancs chiffonnĂ©s vous gĂȘne) dont on peut jeter le contenu Ă  la fin de la journĂ©e. Évidemment, on rĂ©utilisera le sac le plus souvent possible et ceux en silicone peuvent aussi ĂȘtre une option.Si jamais vous ĂȘtes rendu.e.s là : il existe des chiffons pipi (tout le monde dit un pee rag ou pee cloth, mais bon, je voulais faire l’effort pour PKP). C’est possible de s’en procurer dans les magasins de plein air, mais on peut trĂšs bien tout simplement dĂ©couper un bout de vieux bandana qu’on attache sur le sac durant la journĂ©e. Ça sĂšche ultra rapidement, et c’est facile Ă  laver Ă  la fin de la journĂ©e.

L’endroit choisi est aussi important, selon Danielle Landry. « Il faudrait idĂ©alement ne pas uriner sur les plantes vivantes. Le sel dans l’urine va attirer les animaux qui voudront manger cette plante, qu’ils auraient laissĂ© vivre autrement », m’apprend la fondatrice. Un petit tas de feuilles mortes sera donc prĂ©fĂ©rable.

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Dans les cas oĂč on passe plus d’une journĂ©e loin d’un Ă©gout et d’une chasse d’eau, la game du Sans Trace se complique un peu plus.

  • Sortie de quelques jours

  • On a toujours notre sac tapĂ©. Maintenant, on a une petite pelle. Oui, vous savez oĂč je m’en vais. L’idĂ©al pour empĂȘcher notre marmotte de rĂ©gurgiter son repas serait de dĂ©poser son bilan dans un trou de 6 Ă  8 pouces de profondeur, que vous aurez creusĂ© au prĂ©alable. Pis je buzz sur la marmotte, mais Danielle Landry me confirme que ce n’est pas le seul ĂȘtre vivant Ă  protĂ©ger/Ă©pargner dans cette situation : « Les gens font souvent attention de se placer loin des cours d’eau, mais il faut aussi ĂȘtre Ă  70 mĂštres des sentiers ou des campings. Ça Ă©quivaut Ă  environ 80 pas ».
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80 pas, ça devrait ĂȘtre assez loin des regards, critĂšre numĂ©ro 1 du choix de nos endroits pour un numĂ©ro 1 ou 2.

  • «Faut pas faire ça dans le sable! C’est plus facile de creuser lĂ -dedans, mais il n’y a pas de micro-organismes sur une plage : aucune chance que ça se dĂ©compose.»

Le sol Ă  privilĂ©gier est aussi important pour accueillir ce cadeau, m’a encore fait remarquer Danielle. « Faut pas faire ça dans le sable! C’est plus facile de creuser lĂ -dedans, mais il n’y a pas de micro-organismes sur une plage : aucune chance que ça se dĂ©compose ».

Bref, une plage, c’est pas une litiĂšre. Personne ne devrait avoir Ă  passer aprĂšs nous avec une pelle trouĂ©e et un triste sac de plastique pour ramasser nos cacas. Personne.

Finalement, la derniÚre étape
 qui vient avec de grandes responsabilités.

  • La grosse aventure

En partant plus longtemps, on est prĂ©parĂ©.e.s Ă  plus d’éventualitĂ©s. Ça peut sembler difficile Ă  croire comme ça, mais les scĂ©narios des grosses excursions viendront parfois avec des situations oĂč ce ne sera pas toujours possible de creuser un cat hole : s’il y a trop de monde Ă  l’endroit oĂč on se trouve, si on n’est pas Ă  proximitĂ© d’un sol qui pourra assurer la dĂ©composition de notre ami, ou si c’est tout simplement interdit.

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Dans ce temps-là, on se rappelle de la premiÚre leçon ? On ramÚne. Yup. Et il y a différentes façons pour le faire.

  • Un wagbag : en gros, c’est un sac Ă©tanche dans lequel vous irez « aux toilettes » directement. Il contient des sels qui vont absorber le tout, mais pas nĂ©cessairement toutes les odeurs. La majoritĂ© des modĂšles peuvent contenir presque un litre de dĂ©chets. Un. Litre. C’est fait pour ĂȘtre utilisĂ© plusieurs fois, ça. Petit hic : Danielle m’a fait remarquer que cette option utilise beaucoup de plastique. Pas la plus Ă©cologique de toutes.
  • Un poop tube : un tube de PVC, scellĂ© Ă  une extrĂ©mitĂ©. PossibilitĂ© d’ouvrir l’autre, Ă©videmment. Ça fait un peu office de poubelle, dans lequel on dĂ©pose des sacs Ă  surprise, disponibles dans toutes les animaleries prĂšs de chez vous.
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Sinon, n’importe quel contenant Ă©tanche peut faire l’affaire. Faut seulement s’assurer que ce contenant est VRAIMENT Ă©tanche. On se rappelle qu’il va voyager avec nous attachĂ© Ă  notre sac de rando, voire Ă  l’intĂ©rieur de ce dernier qui est susceptible de contenir aussi eau et nourriture.

Sur ce, on vous souhaite un transit intestinal de qualitĂ©, une vue imprenable et un spot loin d’une talle d’herbe Ă  puce.

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