Excursion au Royal Vic déserté

Un bâtiment beau comme Poudlard, ça mérite d'être utilisé

Il y a maintenant trois ans que l’hôpital Royal Victoria a déménagé dans ses nouveaux locaux, au site Glen du CUSM. L’immeuble le plus «poudlaresque» de Montréal s’est donc ajouté à la longue liste de bâtiments qui restent vacants en attendant de retrouver une vocation. Pourtant, il nous semble qu’on aurait tout intérêt à l’occuper de manière temporaire, comme on en a déjà parlé ici.

Étant donné que l’hôpital appartient au gouvernement du Québec (et donc AU PEUPLE), on a décidé d’aller y faire une petite promenade pour voir s’il était réchappable…

Où sont les gardiens?

Notre objectif de départ, c’était de parler avec des gardiens de sécurité, pour savoir à quel point ils trouvaient ça plate de patrouiller des locaux vides pendant des journées entières. On s’était fait dire que si on tournait assez longtemps avec un air louche autour des bâtiments, on se ferait approcher. Mais après avoir passé 1 h 30 à essayer d’ouvrir toutes les portes et à marcher dans la mire de toutes les caméras de surveillance repérées, aucun jeune homme avec un air sérieux n’était venu nous demander ce qu’on faisait là.

Pourtant, on le sait qu’il y a de la sécurité : selon nos informations, il y aurait en tout temps environ six agents de sécurité sur place. Ça en fait, du monde payé pour empêcher le public d’accéder aux bâtiments publics.

Ça en fait, du monde payé pour empêcher le public d’accéder aux bâtiments publics.

En même temps, c’est vrai que sans gardiens, les saccages ne se feraient pas attendre. Depuis que certains médias ont parlé de l’accès ridiculement facile aux bâtiments, on a bien indiqué aux employés qui travaillent sur place de ne JAMAIS laisser une porte débarrée, ne serait-ce que quelques minutes, nous ont confirmé certains d’entre eux croisés sur les lieux lors de notre visite. Mais les bâtisses portent quand même des marques de vandalisme.

Si vous vous demandez de quels employés on parle, il faut savoir que le site n’est pas complètement abandonné. Le pavillon de l’Hôpital neurologique de Montréal est resté en fonction, et comme il ne comporte pas de blanchisserie ni de cafétéria, ces deux services sont encore en opération dans les bâtiments principaux du Royal Vic.

Il y a aussi, évidemment, des gens qui s’occupent de l’entretien, de travaux de rénovation et autres tâches dans le genre. Bref, quand un complexe immense comme celui-là est déserté, ça lui prend quand même un stationnement pour employés!

On veut travailler là

« Bureaux dans un édifice somptueux avec une vue incroyable sur Montréal. En plein centre-ville, beaucoup de stationnements disponibles, à 10 minutes de marche de la station Peel. » Si on mettait cette annonce sur Kijiji, on a le feeling que l’offre s’envolerait en 3 secondes.

Lors de notre promenade, on a regardé par quelques fenêtres et aperçu des halls tout à fait charmants, dans lesquels on aurait bien aimé installer nos bureaux. On ne doit pas être les seuls, et clairement, des organismes en tout genre pourraient en profiter.

Pourquoi ne rien faire avec tout ça?

On a posé la question à Richard Fahey, directeur des communications du Centre de santé McGill.

Premièrement, nous dit-il, ce n’est pas vrai qu’on ne fait «rien» : en plus des activités mentionnées plus haut, l’endroit accueille occasionnellement des tournages, et surtout, des réfugiés qui y habitent temporairement à leur arrivée à Montréal.

C’est vrai que lors de notre promenade, après avoir traversé un boisé truffé de restants de squats longeant un édifice déserté, nous sommes tombés sur… un groupe de jeunes enfants qui jouaient au soccer dans une cour intérieure. « Des gens habitent ici le temps de se trouver un appartement », nous avait renseigné une petite fille, en désignant une bâtisse ouverte.

C’est très bien. Mais on sait que les autres édifices sont aussi chauffés et éclairés (on a vu les néons allumés sur des étages complets par les fenêtres). Pourquoi ne pas prendre d’autres locataires?

Des réfugiés y habitent temporairement à leur arrivée à Montréal.

« Ce n’est pas comme un local commercial disponible à être loué », explique Richard Fahey. « Généralement, un locataire ne voudrait pas les locaux tels quels. Par exemple, il voudrait avoir accès aux toilettes, donc il faudrait qu’on réactive l’eau, ce qui entraîne des risques de fuite… Ce n’est pas une simple question de dire : le local est disponible. Il y a aussi les infrastructures, l’électricité, les assurances, la responsabilité, la reprogrammation de la sécurité… ça rend la tâche plus complexe.  »

« Ça ne paraît pas, mais juste ouvrir un étage pour les réfugiés, ça a pris à peu près une semaine de préparation », ajoute-t-il.

La réponse est donc claire : il n’y aura pas d’occupation éphémère au Royal Vic, même si Richard Fahey assure que la question a été abordée avec Héritage Montréal et Les amis de la montagne.

Achat par McGill?

Il y a aussi le fait que le but est de vendre le bâtiment, et que les énergies sont concentrées là-dessus. « L’Université McGill est en train de faire une étude de faisabilité pour une éventuelle extension de son campus et l’achat du Royal Vic », rappelle Richard Fahey. « Dans ce cadre, des travaux sont en cours à l’intérieur des édifices : caractérisation, plafonds, murs, salles… il y a beaucoup d’activité à l’intérieur du site. Il n’est pas vacant et laissé à l’abandon, au contraire, on l’entretient, mais sur une base minimaliste. C’est un maintien de l’actif plutôt que l’amélioration des installations, parce qu’encore une fois, éventuellement, ce sera mis en vente et rendu disponible pour un usage. »

En attendant, c’est un pas pire endroit pour aller prendre une marche (de jour, préférablement) en rêvant de ce qu’il pourrait advenir de ces belles bâtisses.

Vous connaissez un bâtiment public vacant à Montréal dont les locaux seraient appropriés pour un usage éphémère par un organisme ou une petite entreprise? Vous êtes gardien de sécurité au Royal Vic ou dans un autre bâtiment vacant, et vous avez envie de nous raconter vos journées? Écrivez-nous à appel-a-tous@urbania.ca!

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