Excursion au « royaume » de Noël tape-à-l’œil du Complexe Desjardins

Quelques jours après avoir découvert le féerique mais très mystérieux village de la Place Versailles, je reprends la route de la magie des Fêtes vers le Complexe Desjardins, qui abrite potentiellement le plus clinquant et le plus médiatisé des villages de Noël de la métropole. Visite guidée.

Plus on s’approche du Complexe, plus les pubs de cet autoproclamé «royaume» de Noël sont nombreuses, un peu comme si la magie des fêtes s’apprêtait tranquillement à nous exploser dans face. Je soupçonne même l’abondance de chantiers de construction aux alentours du Quartier des spectacles de n’être qu’un prétexte pour pouvoir tapisser des affiches promotionnelles.

À l’extrême ouest, soit à l’entrée qui mène vers le Eggspectation, le Complexe Desjardins fait même semblant de faire travailler du monde à 19h un mardi soir pour justifier ses chantiers de construction.

Même le Bâton Rouge a fait un effort pour avoir l’air de faire partie intégrante des festivités. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour convaincre des gens de la Rive-Sud de venir manger une assiette de côtes levées avec un haut de surlonge à 37$ juste avant d’aller s’endormir sur Casse-Noisette?

À l’entrée principale, aucune trace d’André Robitaille. En remplacement, ces colonnes lumineuses montent l’excitation d’un cran, à un point où je me demande si je ne suis pas sur le bord d’assister à un spectacle de Noël d’Alain Choquette ou, encore mieux, de Gary Kurtz.

Êtes-vous prêts pour l’expérience d’une vie?

À l’intérieur, les premiers contacts avec la magie de Noël se déroulent devant la fenêtre du Caleçons vos goûts. Si une boutique de boxers avec un jeu de mots aussi douteux réussit encore à exister après trois décennies, tout est possible dans la vie.

Attention de ne pas trop vous aventurer dans cette section du Complexe, car une gang criminalisée de Bulgare pourrait très bien s’y trouver.

À quelques mètres du présumé royaume, nous trouvons ce qui fait probablement office de backstage pour le père Noël. Probablement que le Mikes d’à côté le fournit en verres de lait et en volcans de brownies.

Juste à côté, une section V.I.P. avec système anti-vol très poussé a été aménagée pour que notre père de la consommation range son traîneau.

Noël a ça de bon : pendant un mois et demi, la section inutile qui fait de l’écho en plein milieu de la cour alimentaire du Complexe Desjardins sert à quelque chose.

En remontant à l’étage, on commence à comprendre que nous serons bientôt submergés par la féerie des festivités. En guise d’accueil, cet homme fait une face de gars ébahi en gossant après des lumières.

Et voilà : le royaume dans toute sa splendeur!

Les attractions sont aussi nombreuses que flamboyantes. D’abord, il y a le carrousel, tellement éclatant dans sa luminosité qu’on en oublie les clôtures de métal plastifiées qui l’entourent.

Ensuite, il y a la fontaine centrale transformée en reproduction très fidèle du pôle Nord avec des sapins en carton pis des butes de neige.

Que dire aussi de ce kiosque d’emballage de cadeaux géré par un lutin qui, à défaut d’être déguisé, arbore un début de calvitie?

Attraction la plus populaire du royaume : le fameux train. Après avoir quitté sa gare, ce moyen de transport amusant entreprend sa route vers le sud du Complexe, passant d’abord devant le Claudia avant d’aller faire un u-turn à La Source. Bref, un trajet un peu plus joli que celui du train de banlieue qui va à Mascouche.

Autre activité intéressante : se coucher sur le tapis avec son enfant en attendant que la sécurité vienne te dire de te lever.

Enfin, que serait ce royaume de Noël sans son porte-parole le plus prodigieux… et j’ai nommé le photographe qui passe sa journée à placer des bébés sur l’accoudoir de ce gros bonhomme barbu rouge?

Juste à côté de moi, un homme avec un walkie-talkie semble s’imposer comme le boss de la place ou, si vous préférez, le coordonateur des opérations qui doit enjamber des enfants entre deux allers-retours au Mikes pour aller chercher des volcans de brownies au père Noël.

En ce mardi soir assez occupé, notre boss opérationnel prend tout de même quelques minutes pour me parler. «Ce soir, il y a quand même pas mal de monde, mais la fin de semaine, c’est incomparable. Je crois que les premières personnes arrivent à 8:00, car quand ça ouvre à 9:30, il y a déjà une file qui va jusqu’à la porte du métro. Ça ferme à 17:00 et, en général, je donne les dernières places de la journée à 10:45», m’informe-t-il,rappelant qu’on peut aussi prendre des rendez-vous en ligne, mais que ceux-ci n’assurent pas une place si on arrive trop tard (lire : après 10:45).

Comme dans tout bon centre d’achat qui se respecte, l’achat de photographies professionnelles n’est pas obligatoire pour rencontrer le chef des Nicolas. «On peut aller le rencontrer gratuitement. La direction du Complexe juge qu’en moyenne, le retour sur investissement est bon, car le monde dépense en moyenne 50$ dans le centre commercial. De toute façon, on n’a pas de droits légaux sur le père Noël… Ce serait mal vu de faire payer les gens pour un personnage qu’on n’a même pas inventé.»

«C’est l’heure de la sieste, donc il y a presque personne. Tu peux presque voir le père Noël jouer aux échecs avec la fée des étoiles.»

Questionné à propos du moment idéal pour venir rencontrer notre touriste du pôle Nord sans trop attendre, l’homme au walkie-talkie proéminent me propose n’importe quel jour de la semaine en milieu d’après-midi. «C’est l’heure de la sieste, donc il y a presque personne. Tu peux presque voir le père Noël jouer aux échecs avec la fée des étoiles.»

Bref, on reviendra demain, car pour l’instant, le père du temps des Fêtes est beaucoup trop occupé à gérer des enfants en faisant la même face ébahie que le gars qui posait des lumières tantôt.

Le lendemain vers 15h08, je retourne sur place, histoire de regarder une bonne game d’échecs entre deux légendes. Cette fois, je chevauche le gars qui fait semblant de travailler dans la construction et entre par la porte V.I.P. du Eggspectation.

Cette fois, c’est la bonne. Tentant d’attirer les bébés en leur faisant des clins d’oeil lorsqu’ils passent devant elle, la Fée des étoiles me donne l’approbation d’aller rencontrer le père Noël.

Bien assis sur son trône, ce dernier se tourne les pouces lorsque j’arrive à ses côtés. Il me fait alors signe de venir m’asseoir sur son accoudoir, et nous prenons ensemble un délicieux égoportrait.

Avant de partir, je prends un peu de ses nouvelles.

-Et puis, occupé aujourd’hui? Oui.

-C’est moins pire que lundi.

-Jusqu’à maintenant, qu’est-ce qu’on vous demande le plus?

-Des poupées, des autos, des camions… Pis des genres de toupies.

-Des genres de toupies?

-Ouais… Des genres de toupies un peu spéciales.

Curieux d’en savoir davantage sur ce jouet intrigant, j’entre demander de l’aide au personnel du magasin adjacent au royaume : le Marché de Lëon – nommé ainsi non pas en l’honneur de l’auteur-compositeur-interprète qui sort un album aux 10 ans, mais bien en l’honneur du mot ‘’Noël’’ dont on aurait subtilement inversé les lettres.

Ingénieux, n’est-ce pas?

Questionné à propos de leur meilleur vendeur, les préposés du marché sont incertains. Plutôt que de me parler des «genres de toupies un peu spéciales», ils me guident vers leur section «artisans du Québec».

Voici des suggestions chaudement recommandées de leur part :

En bonus : une idée cadeau à donner à une matante de 48 ans qui lit des livres de croissance personnelle.

Un cadeau parfait à donner à un cousin de Lévis qui vient d’avoir un enfant, mais qui va encore à la Cage aux sports les jeudis avec ses chums.

Le cadeau idéal à donner à ceux qui aimaient le personnage de Madeleine Rousseau dans l’émission Peau de banane.

Le cadeau optimal à donner à une cousine qui a toujours rêvé de sentir le cadavre putréfié d’il y a sept ans.

De retour à la maison, je prends une marche dans les soubresauts de l’internet afin d’avoir une meilleure idée du cadeau de l’heure.

Déçu des premiers résultats, je laisse défiler mon écran jusqu’à trouver une vraie «genre de toupie un peu spéciale». 

Voici donc, au terme des mes longues recherches, le cadeau que tous les enfants vont s’arracher cette année.

De retour la semaine prochaine pour une dernière visite de qualité dans un village de Noël des plus prestigieux..

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