Être piétiné sur un quai de métro, oui, ça se peut

Ou quoi faire pour ne pas mourir quand il y a trop de monde à la même place

En sortant d’un spectacle de Paul Simon qui avait fait salle comble à la Place des arts il y a quelques semaines, j’attendais dans une longue file de gens pour prendre les minces escaliers roulants permettant de quitter l’endroit. J’étais un peu agacée par le fait que les employés géraient le débit aux escaliers, nous empêchant de nous y diriger avant que ceux d’en bas se soient minimalement dispersés. C’est pas comme si on allait se ruer les uns sur les autres et être piétiné à la sortie, non?

Non? Pour en être bien sûre, j’ai lu sur les dangers des mouvements de foule. Et j’ai fait quelques découvertes…

Commençons par la pire histoire. Le 16 juin 1883, à la fin d’un spectacle de variétés pour enfants qui se tenait au Victoria Hall de Sunderland, en Angleterre, on commence à distribuer des cadeaux aux petits spectateurs assis au premier étage. Voyant cela, des centaines d’enfants installés au deuxième se précipitent vers l’escalier pour ne pas manquer leur chance. Deux par deux, ils descendent les marches à toute vitesse. Mais en bas, l’une des deux portes est fermée; il n’y a qu’un enfant à la fois qui peut sortir de l’escalier.

La dynamique est simple : deux enfants qui entrent dans l’escalier à un moment X, un seul enfant qui peut en sortir à ce même moment. Ils ont été 183 à mourir écrasés ce jour-là, sous le poids de ceux qui s’élançaient dans l’escalier sans savoir.

Vous vous rappelez sûrement qu’en 2008, la planète s’était indignée devant le sort du pauvre employé de Walmart qui avait été écrasé sous le poids de la foule venue profiter des rabais du Black Friday. L’année d’avant, trois personnes avaient été tuées dans un supermarché en Chine, alors que le magasin offrait… des rabais de 20 % sur l’huile à cuisson.

Mourir écrasé dans le métro?

Le fait est que des mouvements de foule qui tuent des gens, ça arrive quand même de temps en temps. Chaque année. Des fois, il y a un mort; des fois, des centaines, et parfois même, des milliers.

Doit-on pour autant paniquer quand on essaie d’entrer dans le métro à Berri-UQAM en pleine heure de pointe? A-t-on des chances de finir asphyxié dans la foule du Heavy MTL? Le Festival de la gibelotte met-il notre vie en danger?

Nous n’avons malheureusement trouvé aucun expert pour nous commenter la situation, mais nous avons fait quelques recherches. La réponse? Techniquement, un mouvement de foule mortel peut survenir à peu près n’importe où, mais c’est si peu fréquent qu’il faut être bien malchanceux pour s’y trouver.

Voici toutefois certaines conditions dans lesquelles les écrasements sont plus susceptibles d’arriver…

Les entonnoirs, c’est idéal pour être piétiné

Comme dans la terrible histoire du Victoria Hall, des entonnoirs ou des points ralentissant le débit de circulation d’une foule peuvent causer des écrasements (tout particulièrement les escaliers ou les tunnels).

Les entonnoirs ralentissant la sortie peuvent aussi rendre les personnes temporairement prisonnières d’un endroit qu’elles ont tout intérêt à quitter rapidement. En 2003, un incendie s’est déclaré au nightclub The Station, au Rhode Island. 100 personnes sont mortes à l’intérieur parce qu’elles n’ont pas pu sortir assez rapidement. Il s’agit d’une “histoire type” de ce genre de désastre; une reproduction fort intéressante des mouvements de foule qui s’y sont probablement déroulés a été réalisée, et permet de comprendre à quel point c’était impossible que tous sortent en même temps.

Ce qui fait frissonner, c’est qu’un entonnoir, ce n’est pas tellement simple à repérer quand on y prête pas attention, mais il y en a partout. Un tourniquet pour sortir du métro? Une billetterie? Un petit corridor en coude qui fait ralentir le pas dans un bâtiment? Une croisée de chemins dans un festival? Tous des entonnoirs à foule!

Plus de 4 personnes au mètre carré

On peut se rassurer : les foules importantes sont évidemment plus enclines à susciter des tragédies, mais c’est surtout la densité qui importe. Et au Québec, la densité, c’est pas notre fort!

N’empêche que dès qu’il y a plus de 4 personnes dans un mètre carré, la situation a le potentiel de devenir dangereuse.

Comment fait-on pour estimer ça lorsqu’on est au sein d’une foule? Il y a un problème si on a l’impression que quelqu’un ou quelque chose touche aux quatre côtés de notre corps. Si la situation empire, on pourrait se retrouver tellement pressés les uns contre les autres que les pieds de certains pourraient ne plus toucher terre, leur corps étant soutenu simplement par la pression de ceux qui les entourent.

Éventuellement on pourrait ne plus avoir assez d’espace pour… remplir nos poumons.

C’est comme ça qu’on meurt par suffocation dans une foule. Et si quelqu’un tombe par terre, ça crée un trou, dans lequel les gens autour sont rapidement précipités. “Soyez attentif à votre environnement. Regardez devant vous, écoutez les sons de la foule. Bougez avec elle, en essayant d’aller vers le côté [pour sortir]”, recommande Keith Still, du Fire Safety Engineering Group de l’Université de Greenwich, à quiconque se retrouverait dans cette situation.

Mais avant tout, ce sont les organisateurs des événements qui devraient avoir un plan de gestion de foule et de déplacements efficaces, même s’il peut être très dur de prévoir les réactions de celle-ci.

Une panique

Difficile de prévoir les réactions d’une foule, parce qu’on devient fou quand on est en groupe, non? On se pile les uns sur les autres, et on crée un véritable stampede? On aurait juste intérêt à rester plus calme?

Pas vraiment, disent les chercheurs. “People don’t die because they panic. They panic because they are dying.

Évidemment, de temps en temps, la panique joue un rôle. Une structure qui s’effondre ou un incendie va forcément effrayer une foule.

Plus tôt cette année, des pétards allumés dans un wagon de métro à New York ont été confondus avec des tirs de fusil. Paniqués, les gens se sont mis à courir partout et même à s’écraser les uns les autres. Heureusement, il n’y a pas eu de morts.

Le calme au Québec

Les pèlerinages sont parmi les événements qui génèrent le plus d’accidents de foule. Un exemple récent particulièrement tragique : le 24 septembre 2015, 2262 musulmans ont été tués pendant le pèlerinage vers la Mecque après un mouvement de foule. Le nombre de pèlerins ayant drastiquement augmenté dans les dernières décennies, les rassemblements autour de la Mecque sont d’ailleurs sûrement les événements ayant causé le plus de morts dans des foules, avec des décès en 1990, 1994, 1998, 2001, 2004, 2006 et 2015.

Il y a aussi ces 20 enfants morts dans une discothèque en Tanzanie, juste parce qu’elle était trop pleine. Les 19 personnes mortes dans un stade de football en Côte-d’Ivoire, pendant les qualifications de la Coupe du monde.

Mais au Québec, et même au Canada, rien de ce genre. Les violences au cocothon de Laval semblent maintenir leur statut de plus grande catastrophe à survenir au sein d’une foule.

On devrait donc pouvoir continuer à utiliser notre carte Opus et à aller au Festival de Jazz sans crainte… tout en gardant quand même en tête qu’être écrasé par une foule, ça se peut.

Et c’est d’ailleurs une façon très littérale de constater que parfois, effectivement, l’enfer, c’est les autres, juste les autres.

Pour lire un autre reportage de Camille Dauphinais-Pelletier : “3 raisons d’aimer les voyages mal planifiés”

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