Est-ce qu’on prend soin de nos aînés au Québec ?

L'opinion de Huguette Courville, 77 ans.

Quand j’entre dans le CHSLD où habite ma grand-mère depuis beaucoup trop longtemps, ma première réaction c’est d’avoir peur. Peur d’un jour y « placer » mes parents et d’y résider dans mes dernières années de vie. Ce n’est pas un endroit qui respire le bonheur.

Je me questionne souvent si le système prend bien soin de nos aînés, mais je nous remets aussi en question nous, comme société. Il serait faux de dire que je vais voir ma grand-mère assez souvent, qu’elle a l’air d’avoir du fun en s’adonnant à 1001 activités dans son centre d’accueil. Les aînés semblent prendre une place secondaire dans nos vies.

Puisqu’on entend plus souvent les spécialistes se prononcer sur la question, comme à l’émission Zone franche cette semaine, j’ai voulu donner la parole à une aînée qui vit cette réalité au quotidien.

Huguette Courville, 77 ans, est bénévole à l’organisme les Accordailles, qui accompagne les personnes de 50 ans et plus. Dans son ancienne vie, elle travaillait dans un centre d’hébergement.

Est-ce qu’on prend bien soin de nos aînés au Québec?

Je ne pense pas. J’ai travaillé dans des centres d’accueil de longue durée et ce n’était pas toujours beau. On ne pouvait pas donner des soins de qualité au patient. Ça fait longtemps que j’ai quitté, mais j’en entends parler par d’anciennes consœurs de travail et ce serait encore pire qu’avant. Il y a des manques pour l’hygiène, il n’y a pas assez de personnel.

Moi je me sens bien traitée parce que j’ai un bon environnement et je n’ai pas besoin d’aide. Je suis autonome, ça va bien. Je suis quand même débrouillarde. Mais dans l’ensemble, je pense qu’il y a du travail à faire.

À mon bénévolat, je vois des gens qui vivent de la solitude, qui auraient besoin d’aide… Tu les vois dans leur habillement pas toujours propre et tu réalises qu’ils n’ont pas toutes les capacités pour prendre soin d’eux-mêmes.

Et dans la société en général, est-ce que les gens sont cléments envers les personnes plus âgées selon vous?

Je reste sur le Plateau, juste en face d’un beau parc et les gens sont gentils autour de moi. Le seul aspect qui est moins bien reçu, c’est la vitesse à laquelle on va (rires). T’sais quand t’es à la caisse, et moi je suis assez vite, je ne sors pas toutes mes cinq cennes à l’épicerie pour payer, mais dès que j’ai fini ma transaction je sens les gens penser : « Va-t’en avec tes paquets ».

Il y a une différence de vitesse et de compréhension entre les générations. Je regarde les jeunes, ils sont vivants, ils sont vites, ils sont allumés, et de mon côté je suis moins pressée. J’ai plus de temps, j’analyse plus. Il y a un décalage de vitesse entre les deux. 

J’ai remarqué, quand j’ai vieilli, que je n’avais plus le temps de niaiser. Je savais que je voulais. J’ai été obligée de m’arrêter et de me dire : « Huguette, c’est pas parce que tu as vieilli et que tu sais ce que tu as à faire que tout le monde est au même stade que toi. »

C’est pareil pour les jeunes. Ils sont en vitesse, dans leur carrière. Mais wo, relaxe! 

Et qu’est-ce qu’on pourrait faire pour être plus indulgents envers vous?

Il faut bien agir envers tout le monde, autant les enfants que les personnes âgées. Mais on pourrait augmenter le nombre de secondes pour les piétons pour que les personnes moins mobiles aient plus de temps pour traverser les rues.

Il faut favoriser l’accès et publiciser les services communautaires pour briser l’isolement, parce que j’en vois et c’est terrible. Parfois, c’est gênant de montrer nos pertes cognitives et d’aller chercher de l’aide, mais il faut travailler à attirer les personnes âgées vers les organismes.

Moi, tous les mardis c’est mon repas communautaire, je call le bingo, je pensais jamais mettre ça sur mon CV! Il faut inviter les gens à aller voir ce qui se passe. Parfois, on ne veut pas être en groupe, je ne suis pas une fille de gang, mais j’apprécie vraiment mon mardi.

Et si vous aviez des conseils à donner à des gens de ma génération, les milléniaux, ce serait quoi? Est-ce que c’est si épeurant que ça vieillir?

Non! D’un côté, s’il t’arrive une maladie tu peux avoir peur d’être malade pour longtemps. Je l’avoue. Mais mis à part ça, vieillir c’est avoir du temps pour soi, ce qu’on a habituellement toujours manqué.

On a beaucoup plus de sérénité, on a dépassé nos chicanes, nos petits ci, nos petits ça. C’est moins important. On a plus le goût de vivre en paix. Sans rester sans rien faire. Il y a de bons côtés à vieillir.

Oui, il se passe des choses entre 50 et 70 ans : ménopause, perte d’emploi. Mais quand la vieillesse est arrivée, j’ai travaillé très fort toute ma vie, j’étais contente. J’étais rendue à autre chose, j’avais fini le bout de « gagner ma vie ». Il faut focaliser sur les choses qui nous rendent bien. Mais je vous avertis, c’est pas facile à faire tous les jours (rires).

J’ai un agenda motivant avec plein de citations et d’images pour me rendre heureuse, et je pense qu’en vieillissant ça peut être de plus petites choses : un souper avec un de tes enfants, prendre un bon café avec un ami, ce que je vais faire cet après-midi. T’as le temps de faire ça. En vieillissant, on gagne du temps et un peu de souplesse. 

++

Regardez le dernier épisode de Zone franche ici.

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