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Est-ce qu’il y a trop de campagnes de sociofinancement?

Est-ce qu’il y a trop de campagnes de sociofinancement?

Quand la solidarité en ligne devient un pansement.

26 septembre 2025
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Le sociofinancement est un type de financement où l’on fait appel au public, souvent sur le web. Comme c’est le cas pour beaucoup d’avancées technologiques, ça n’est pas toujours utilisé de la manière la plus noble. Aux États-Unis, par exemple, un homme a démarré une campagne de sociofinancement pour s’acheter de la drogue et une caisse de Coors light. Je salue sa transparence, mais grow up, monsieur.

À l’opposé, des initiatives ultrapertinentes sont nées de campagnes de sociofinancement pour appuyer des mouvements sociaux, notamment celle mise sur pied par le frère de George Floyd après que ce dernier ait été tué par un policier en 2020.

Pourquoi c’est devenu aussi populaire

Les campagnes de sociofinancement sont maintenant chose commune. Au cours de la dernière décennie, le nombre de plateformes hébergeant ce type d’initiative a explosé (on peut penser ici à GoFundMe, La Ruche, Kickstarter, etc.). Si, en 1995, il fallait faire du porte-à-porte et vendre du chocolat pour financer une sortie scolaire à Valcartier, avec le sociofinancement, c’est beaucoup plus simple, accessible et rapide.

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Le sociofinancement sert aussi d’alternative aux subventions qui se font de plus en plus rares, shout out aux coupures en culture, en éducation, et en santé (et un coucou bien spécial aux chauves-souris de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont).

Si je vous parle de ce type de campagne, c’est avant tout parce que je viens moi-même d’en lancer une pour un projet artistique de mon cru, et que je me questionne à la fois sur sa pertinence et mes intentions. Est-ce que c’est gossant pour mon entourage? Est-ce que tout le monde me déteste?

Soins dentaires et chats malades

Deux braves personnes dans mon entourage ont bien voulu me parler de leurs expériences avec les campagnes de sociofinancement.

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« T’as pas d’assurances dentaires quand tu t’inscris à une ligue de soccer – tu payes pour ta saison récréative et peut-être un dossard. » Le sociofinancement s’est avéré une façon rapide et efficace pour mon amie Sarah* de récolter les centaines de dollars nécessaires pour se faire poser une dent, après que la sienne ait été violemment éjectée pendant un match. Elle a quand même ressenti un certain malaise à l’idée de lancer une campagne pour un enjeu somme toute esthétique, tout en se disant que « c’est assez compréhensif pour une jeune professionnelle de vouloir se promener en ville avec toutes ses dents dans la yeule ». Je confirme.

Les campagnes de sociofinancement servant à payer des soins aux animaux sont également très fréquentes ; je vous invite à relire cet article de Quatre95 sur le sujet.

Comme Sarah, Charles* aussi a évoqué un sentiment d’imposteur par rapport à sa campagne de sociofinancement. Conscient que des milliers de personnes n’ont pas accès à des soins médicaux, il avoue avoir ressenti de la culpabilité après avoir mis sur pied une campagne servant à amasser les 3000 $ nécessaires pour faire opérer son chat. Bien qu’une partie de moi ressente une certaine réticence à donner mon argent pour soigner un animal, je serais la première à flamber mon CELI pour Joseph, le chat de ma blonde (il a une petite tache noire sur le nez, c’est vraiment attendrissant).

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Solidarité ou pression sociale?

C’est normal de ressentir une certaine pression sociale quand une personne de notre entourage lance une campagne de sociofinancement. Je me suis même déjà demandé : « Si je ne donne pas au projet de danse contemporaine expérimentale de mon ami, suis-je une mauvaise personne? » En même temps, je n’exige pas de mes amis qu’ils contribuent à ma campagne. Perso, juste qu’iels croient en moi, c’est bien en masse. Je me sens aussi un peu mal quand un ami humoriste-de-la-beaucoup-relève contribue à ma campagne, sachant pertinemment que son budget est loin d’être lousse comme le vent.

On peut aussi se demander à quelle cause il vaut la peine de donner. Lesquelles sont les plus pertinentes, les plus urgentes? À ça, je vous réponds de suivre votre cœur et votre portefeuille. Si je ne souhaite pas que mes ami.e.s s’endettent pour soutenir mon projet, j’aimerais quand même sentir qu’il.elle.s m’aiment. Un peu.

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Sur une note plus sérieuse, je ne pense pas qu’il existe une bonne réponse à cette question. Objectivement, donner pour mettre un terme à la famine dans le monde, c’est plus urgent qu’un don à votre connaissance qui veut enregistrer son premier album country, mais hiérarchiser toutes les causes comme ça n’est pas une solution durable. Les enjeux humanitaires, sociaux, culturels, environnementaux – tout ça coexiste dans un seul et même monde (en feu! oups).

Éthique et transparence

La frontière entre besoin réel et abus n’est jamais bien nette. La notion même de « besoin » est subjective : ce qui paraît essentiel pour une personne peut sembler superflu, voire luxueux, aux yeux d’une autre. Deep, non? Pour cette raison, je vous invite à voir les campagnes de sociofinancement comme des invitations plutôt que des obligations.

Sinon, il y a aussi la question de la transparence : comment avoir la certitude que l’argent ira vraiment à l’initiative qu’on souhaite encourager? C’est sûr que si j’arrive à la fin de ma campagne de sociofinancement pour mon lancement d’album avec de nouveaux seins, c’est louche.

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Malheureusement il n’y a pas de système parfait pour s’assurer que les fonds seront utilisés à bon escient, mais des plateformes comme La Ruche imposent certaines règles à suivre. Ainsi, les campagnes hébergées par La Ruche se doivent d’offrir des récompenses non financières en échange des contributions (produits, services, expériences). Je l’avoue, on dirait que ça me fait sentir moins mal de recevoir des fonds en échange d’un t-shirt ou d’un vinyle et c’est pas mal plus le fun pour le contributeur aussi. On appelle ça un win-win.

Un pansement sur un problème systémique

Je l’ai déjà mentionné, mais personnellement, c’est la précarité et le manque de subventions dans le milieu des arts et de la culture qui m’ont poussée à démarrer ma campagne de sociofinancement. Je suis pianiste, compositrice et humoriste (trois affaires lucratives au boutte) et mes projets dépendent des subventions que j’obtiens au Conseil des arts du Québec (CALQ) et du Canada (CAC). Et si je contrôle le temps que je passe à monter mes demandes et la qualité du matériel envoyé, je ne contrôle (malheureusement) pas la décision finale. Pour moi, lancer une campagne de sociofinancement, c’est une façon d’avoir plus d’agentivité, et d’avoir la certitude que mon projet aura lieu. C’est sûr que le montant que je ramasse en sociofinancement ne représente qu’une fraction de ce que je pourrais obtenir avec le CALQ ou le CAC, mais ça permet à mon projet d’exister.

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J’en viens donc à la conclusion que les campagnes de sociofinancement agissent souvent à titre de pansement. On compense des enjeux systémiques avec des dons au lieu de réformes.

Ainsi, au lieu de se sentir coupable de partir une campagne de sociofinancement ou de ne pas pouvoir contribuer à celle d’un.e ami.e, dénoncez les coupures.

Et si vous connaissez des mécènes ou millionnaires qui désireraient contribuer à ma campagne, ça serait vraiment super ; autrement, sachez que je serai toujours là pour vous refiler un 10 $ si vous perdez une dent pendant un match de ballon-balai enflammé.

*noms fictifs pour préserver l’anonymat

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