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Est-ce que l’alcool prend trop de place dans notre vie sociale?
Quand je buvais, l’idée d’aller prendre «juste un verre» n’était pas envisageable. Ni même souhaitable. Je savais clairement ce qu’un verre pouvait causer. Avec un verre, je savais que j’allais finir ben torchée.
Je préférais donc rester à la maison plutôt que d’aller prendre «un verre» avec quelqu’un qui était vraiment capable d’aller prendre juste « un verre ».
Prendre «juste un verre», vraiment? Comment?
Je me demandais sincèrement c’était quoi l’idée, comment quelqu’un pouvait réellement prendre «juste un verre» dans sa veillée pis rentrer à la maison tranquille. Vraiment, je ne comprenais pas. Moi si je prends un verre, ça décolle, « the party is on » et si mon partner de brosse ne peut pas suivre, je vais en trouver d’autres, pis c’est toute!
Ça, ce sont seulement quelques raisons qui font de moi une alcoolo et pas une « social drinker ». Mais j’ai essayé de me faire croire que j’étais une buveuse sociale, comme on dit en français..!
Je me suis questionnée sur la culture du «prendre un verre».
Mais hey! Si je l’avais été, je n’aurais pas couru après les événements avec alcool gratis. Je n’aurais pas été celle qui faisait exprès de ne pas manger pour saouler plus vite. Je n’aurais pas été celle qui est insultée quand on lui offrait un café après le souper pour digérer. Prendre «juste un verre», vraiment? Comment?
Aujourd’hui, quand j’entends «on pourrait aller prendre un verre?», je trouve que le monde manque d’originalité. Je ne juge pas là, c’est juste l’activité la plus commune quand les terrasses ouvrent.
C’est clair que c’est le fun se faire bronzer sur une belle petite terrasse, mater les beaux barbus tout l’après-midi. Mais je me suis questionnée sur la culture du «prendre un verre».
Y’a moyen de vivre sans consommer. Et avoir du gros fun.
Moi je vais prendre un verre de virgin, prendre un café, prendre un thé. La culture de «prendre un verre» est rendue très répandue comme s’il fallait mêler l’alcool à toutes les activités du monde. Tellement qu’on dirait qu’il n’y a rien d’autre à faire que ça, boire.
J’ai envie de démystifier ça. J’ai envie de dire que c’est possible de faire d’autres choses que ça, pis surtout que si quelqu’un décide d’arrêter de consommer parce que le devil a commencé à prendre trop de place, ben y’a moyen de vivre sans consommer. Et avoir du gros fun.
Je ne dis pas que ce ne sera pas du travail de devenir sobre, il faut le vouloir, y’a pas de doutes. Mais aujourd’hui je trouve qu’il n’y a plus rien qui rivalise les gros fous rires à jeun, la beuverie de sans alcool, les soirées de connexions incroyables à ne pas répéter les mêmes ressentiments que je traine depuis 10 ans.
Pour vrai, y’a moyen. Je me fais un devoir de le dire parce que moi je n’y croyais pas et que je suis à boute de voir des articles de glorification du party. Je ne trouve pas que c’est un sujet à prendre à la légère parce qu’il se cache souvent de la grosse souffrance en dessous de ces comportements-là.
Être capable de voir quel est notre rapport à la consommation d’alcool et la consommation en général.
Parfois, l’envie d’être une «social drinker» revient. Mais je n’échangerais ma place pour rien au monde. Aujourd’hui, si quelqu’un me demande d’aller prendre un verre, je vais lui dire «avec plaisir», en proposant un bon verre sans alcool, juste pour voir, juste pour tenter l’expérience. Y’a ben du monde qui ne voit pas l’intérêt, comme moi avant, mais je comprends TELLEMENT.
Y’a pas de jugement. L’idée, c’est d’être capable de voir quel est notre rapport à la consommation d’alcool et la consommation en général. Comment est-ce que tu consommes? Pourquoi? Est-ce une nécessité?
Engourdir sa vie
Réussir à faire le défi 28 jours sans alcool c’est quand même quelque chose. J’ai dû le réussir deux ou trois fois dans ma vie. Mais en y repensant, je fumais des bats parce que je ne pouvais pas boire. J’avais besoin de m’engourdir.
Le pot, je l’avoue, c’était ma drogue de choix ben avant l’alcool. C’est celle que je fumais pour éviter de fumer des clopes sur la brosse. Vers la fin de ma consommation, c’est mes petits joints qui me faisaient perdre la map solide. C’est les petits joints que je fumais aussi quand j’essayais de ne pas boire pendant un boute qui m’enlevait toute motivation.
Je pense que ce serait intéressant de faire la promotion de la sobriété.
La marijuana est sur le bord d’être légalisée et je ne sais pas trop comment je prends ça. En fait, j’ai envie de penser que ça pourrait être vraiment nice que le gouvernement fasse de quoi avec l’argent que ça va rapporter. On dirait que j’aimerais penser que ça se peut. J’ai envie de «poker» le premier ministre pis d’y dire, drette de même là parce que y’a l’air cool comme gars: «Hey toé, ça te tente-tu d’injecter de l’argent dans la prévention ET dans la promotion de la sobriété! Il serait temps!»
Je pense que ce serait intéressant, voire important, de commencer à montrer le positif, la beauté de la vie sans consommer, de faire la promotion de la sobriété, d’informer les gens sur ce qu’est réellement la sobriété.
La vérité c’est que sobre c’est très sexy, en fait. Plus sexy que de voir une personne se torcher à pas savoir qui la ramène et ce qu’elle fait (et se fait faire) pour avoir une place pour coucher. Oui, c’est dark mais c’est ça pareil.
Mais sérieux, de la promotion! Dans les écoles, dans les festivals, dans les entreprises, dans les centres de thérapies, partout, parce que c’est fucking cool être sobre. C’est le début, ce n’est pas la fin de la vie, au contraire.
Es-tu game de faire le party à jeun, Mr. Trudeau?
Y’a une gang de gens qui sont conscients qu’ils ont peut-être un problème, mais qui ne sont pas encore prêts à l’affronter ou l’accepter. Ça fait peur la sobriété. Je la vis au quotidien.
J’ai encore envie de «poker» le premier ministre: «Hey toé, tu sais l’initiative Soberlab qui est en train de prendre vie, ben c’est pour tout le monde ok? C’est entre autres pour sensibiliser notre société à notre rapport à la consommation en général, pour faire du bien parce qu’on veut tous être bien, heureux et équilibrés! Et avoir un lieu cool pour se rassembler, tripper et échanger où la consommation n’a pas sa place, c’est carrément devenu une nécessité. C’est l’heure des 5 à 7 branchés sans alcool! Faire la fête en toute sobriété pourquoi pas! Es-tu game de faire le party à jeun, Mr. Trudeau?»
Ce serait plate de se réveiller trop tard.
C’est important de se questionner, de réfléchir à notre rapport à la consommation parce que la vie va vite et ce serait plate de se réveiller trop tard. Sans tomber dans le jugement de toute, y’a du bon dans la consommation, mais reste que la sobriété est une option pas mal plus envisageable qu’on peut se l’imaginer. Je reste avec l’impression qu’elle n’est pas très à la mode et j’ai envie de le dire pour que ça puisse le devenir.
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Le Soberlab organise un gros party le 21 mai. Un événement à jeun pour permettre à cet organisme de voir le jour!
Si tu rush avec ta consommation ou d’autres types de comportements destructeurs et que tu penses avoir un problème, il existe une foule de ressources.
De nombreuses fraternités anonymes comme:
Les Alcooliques Anonymes
Les Narcotiques Anonymes
Les Cocaïnomanes Anonymes
Et une foule de centres de thérapie et organismes à travers la province par ICI!
Pour lire un autre texte d’Eliane Gagnon: «Récit d’une vie de party»