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Est-ce que j’ai raison de craindre un krach boursier?
Le spectre de 1929 vit « rent free » dans mon esprit.
Confession : je suis un écureuil. Depuis que je suis toute petite, on m’a appris à mettre de l’argent de côté en cas de période creuse. Tellement que finalement, j’ai jamais vraiment osé faire de folies parce qu’en étant trop fourmi, j’ai complètement oublié que je pouvais aussi être une cigale.
Mon obsession pour l’épargne fait en sorte qu’à la fin de la trentaine, j’ai un petit pactole d’investi. Pas de quoi prendre ma retraite à court terme ou faire des folies, mais quand même un bon départ.
Toujours est-il qu’avec tout ce qui se passe dans le monde actuellement – la guerre tarifaire, les inégalités sociales et économiques qui se creusent, les bons emplois qui semblent se raréfier, les grosses multinationales qui gobent tout sur leur passage et j’en passe –, je m’inquiète.
J’ai l’impression que tout (à commencer par l’économie mondiale) pourrait s’effondrer à tout moment, surtout si le commander in chief de l’autre côté de la douane part sur un nouveau délire et qu’on se retrouve tous.tes (sauf les oligarques qui gagnent en un soupir l’équivalent d’un an de salaire pour tout le personnel d’une PME) complètement fauché.e.s des fruits de notre dur labeur.
Anxieuse comme je suis, ça m’effraie. Dans le scénario apocalyptique qui s’invite parfois dans mon esprit, les marchés boursiers du monde entier s’effondrent tous, comme une mauvaise reprise du krach boursier de1929, et l’épargne de toute ma vie disparaîtrait plus vite qu’un fuckboy au lendemain d’une nuit pimentée.
Bref.
La situation a changé
Pour me calmer et renouer avec un peu de logique, j’ai communiqué avec deux candidats à la profession de conseiller en sécurité financière (CSF) qui m’ont fait comprendre que les chances d’un effondrement boursier aussi important sont faibles.
« En 1929, il y a eu une perte allant jusqu’à 87 % de la valeur du marché, explique Pascal Hamel, co-fondateur de Cortex Funds. Mais ce qu’on ne sait pas toujours, c’est que de 1920 à 1929, le marché avait grimpé de 400 %, soit une très forte hausse. »
Ainsi, dit-il, les pertes étaient tout de même moins importantes que les gains pour plusieurs investisseur.se.s.
Pour éviter qu’une situation aussi dramatique ne se reproduise, des outils de prévention et de protection sont apparus au fil des années. « Il n’y avait pas la SEC [ndlr : Security and Exchange Commission, aux États-Unis] ou l’AMF [ndlr : l’Autorité des Marchés financiers, au Québec] pour surveiller le marché, indique Pascal Hamel. De plus, en 1929, les banques n’étaient pas obligées d’avoir une réserve de capitaux non-engagés pour se protéger si les gens voulaient récupérer leur argent en masse. »
« Le marché, c’est le reflet des comportements humains, m’explique Pascal Hamel. Ça signifie que quand beaucoup de gens achètent, ça fait monter les titres au point où il y a plus de vendeurs que d’acheteurs. C’est là qu’il y a une correction du marché qui arrive, et tout continue à fonctionner. »
Son confrère Gilberto Cidreira Keserle me rassure aussi :
Les corrections du marché sont normales et ponctuelles, et ne signifient pas que tout va s’effondrer.
« Le marché est très volatile, rappelle-t-il. On peut même s’attendre à ce que le marché soit baissier en moyenne à tous les six ans. »
Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la bourse américaine a subi environ une quarantaine de corrections, dont plusieurs étaient supérieures à 20 %. Les guerres, la crise du pétrole, la crise du dot-com, la bulle immobilière et la pandémie ont été des périodes où les marchés étaient très volatiles.
En fait, beaucoup d’événements influencent le cours de la bourse, et personne n’est mort. Encore moins ont été ruinés.
« Les corrections, il faut les voir comme une aubaine, illustre Pascal Hamel. L’argent qu’on va investir par la suite nous permettra d’obtenir plus de parts sur le marché. Et quand ça va remonter, ces parts vont valoir plus cher. »
L’art de ne rien faire
Ça peut sembler paradoxal, mais la meilleure façon de se protéger contre les turbulences du marché boursier, c’est de ne rien faire, explique Pascal Hamel. « Agir comme un un écureuil, c’est la meilleure manière d’économiser et de se positionner par rapport au marché. Avec des placements progressifs, tu t’exposes au marché graduellement et à divers moments. Quand le marché est plus haut, tu obtiens moins de parts, mais quand tu investis alors que le marché est en baisse, tu en obtiens plus pour le même montant. »
En laissant mon argent dormir à long terme, il est plus probable que la valeur de mes placements reste dans le positif.
« Il faut laisser le temps faire son effet, relativise Pascal Hamel. Si l’argent est placé pendant une année, il accumule des intérêts et des dividendes : c’est une plus value sur le placement initial. Et l’année suivante, c’est tout ça qui va générer des intérêts. »
En somme, pour des gens comme moi qui essaient de ne pas toucher à leurs placements sauf en cas d’extrême urgence, histoire de devancer leur retraite le plus tôt possible, il semblerait qu’on peut dormir sur nos deux oreilles.
« La question à se poser, c’est : as-tu besoin de cet argent-là, maintenant? Si la réponse est non, ne rien faire, c’est faire quelque chose », nuance Gilberto Cidreira Keserle.
Historiquement, après une baisse, la récupération des marchés, est généralement plus importante que la chute observée.
C’est peut-être différent si on épargnae pour s’acheter une maison ou une voiture, ou pour partir en voyage à court terme, précise Pascal Hamel. « Plus tu investis à long terme, plus tu peux te permettre du risque, résume-t-il. Donc, si tu as besoin de ton argent plus rapidement, il faut choisir d’investir dans des véhicules qui vont préserver ton capital au maximum, mais avec un taux d’intérêt qui bat l’inflation. »
Dans tous les cas, les gars de Cortex Funds ont réussi à m’apaiser. J’ai compris que mon inquiétude était normale, mais qu’il ne fallait pas qu’elle m’empêche de dormir. Et encore moins d’investir si je souhaite atteindre mes objectifs.
« Il faudrait vraiment que tous les astres de la galaxie soient alignés pour que tout le monde fasse faillite en même temps », affirme Gilberto Cidreira Keserle.
Celui-ci rappelle aussi qu’en finance, l’émotion est bien mauvaise conseillère. « L’idéal, c’est de se faire accompagner par quelqu’un qui comprend les fluctuations du marché et qui est capable de les anticiper », ajoute-t-il.
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