Éric Duhaime vire à gauche

Faut vraiment qu’on se parle, pas juste entre ceux qui pensent pareil. Ça presse !

Avant-propos

Il y a deux semaines, j’ai témoigné devant la Commission sur l’avenir des médias. Pour en discuter, l’animateur Éric Duhaime m’a le lendemain invité à son émission du retour au FM93. Au milieu de l’entrevue, il m’a demandé d’expliquer à ses auditeurs qui ne connaissaient pas URBANIA ce que ça mangeait en hiver. 

Avant même de me laisser le temps de répondre, il a ajouté «Est-ce qu’on pourrait dire que vous êtes un magazine de gauchistes du Plateau ?». Pris de court, j’ai réagi en affirmant que je préfère nous décrire comme un média progressiste, où une multitude de points de vue et d’allégeances peuvent cohabiter. Alors qu’il me disait ne pas avoir souvent lu des chroniqueurs qui pensent comme ses auditeurs dans URBANIA, je lui ai répondu à la blague que notre ouverture d’esprit est telle que s’il avait des idées à partager, nous serions heureux de les publier.

Le lendemain, le réalisateur de l’émission m’a écrit pour me remercier de ma présence et m’a demandé si j’étais sérieux avec ma proposition. 

Je l’étais. 

Pas tant parce que je pense comme Éric Duhaime et que je cautionne ses idées, mais bien parce que je crois sincèrement que nous vivons à une époque où nous ne sommes trop souvent qu’exposés aux idées auxquelles nous adhérons. Que ce soit à cause des algorithmes, des alignements idéologiques des médias ou simplement à travers le miroir déformant qu’est notre page Facebook, le clivage entre la gauche et la droite est devenu pire qu’un dialogue de sourds. On se caricature mutuellement, et au final, on ne prend pas le temps d’essayer de se comprendre. C’est cliché, mais c’est vrai.

Quand j’ai annoncé à notre équipe que je trouvais qu’il s’agissait d’une belle opportunité, autant pour le stunt que pour les échanges qui en découleront, les réactions ont été pour le moins… mitigées. La moitié de l’équipe pense que c’est une idée de marde, l’autre est curieuse de voir comment cette expérience médiatico-sociale va se dérouler.

C’est donc dans un esprit d’ouverture, de main tendue, où le clavier remplace le calumet de la paix, que j’ouvre nos pages à M. Duhaime. 

Prenez une grande puff et avant de vous désabonner de notre page, donnons-lui sa chance.

Philippe Lamarre
Fondateur et éditeur, URBANIA

Ne changez pas vos lunettes: vous avez bien lu. Je, Éric Duhaime, signe bel et bien une chronique dans un magazine réputé bobo-uqamien-hipster-solidaire du Plateau.

Pour vous affoler encore un peu plus, j’ajoute que je n’ai même pas eu besoin de changer mes opinions d’un iota et ne suis pas ici pour vous annoncer une grande conversion opportuniste à la Steven Guilbeault qui passe d’Equiterre au PLC.

Je décide simplement de répondre à une invitation subtile que m’a lancée le fondateur et président d’URBANIA, Philippe Lamarre, en entrevue il y a quelques jours.

Je le recevais pour jaser justement de la crise des médias.

Depuis que Régis Labeaume a conclu une entente avec Québecor au sujet de l’amphithéâtre de 400 millions $, entièrement payé par les contribuables québécois, on ne retrouve plus de critiques du maire de Québec dans le quotidien de PKP…

Alors que l’avenir de plusieurs d’entre eux semble incertain, je n’éprouve pour ma part aucune inquiétude, encore moins d’anxiété, devant la possible disparition de certains journaux. On nous dit que la diversité d’opinions est présentement menacée au Québec (NDLR : OÙ ÇA ÉRIC? TA SOURCE CRIFFE?). Vraiment? Quand je lis Le Soleil, je n’ai pas l’impression que la diversité existe. Dans une ville représentée par dix députés Conservateurs sur les douze circonscriptions du grand Québec, il faut être mauditement unidimensionnel pour ne pas avoir été capable de trouver un seul chroniqueur de droite ou pour nous pondre des éditoriaux toujours plus favorables au tramway et hostiles au 3e lien, malgré le fait que les automobilistes de la région préfèrent ce dernier.

Quant au Journal de Québec, ce n’est pas le diable mieux. Depuis que Régis Labeaume a conclu une entente avec Québecor au sujet de l’amphithéâtre de 400 millions $, entièrement payé par les contribuables québécois, on ne retrouve plus de critiques du maire de Québec dans le quotidien de PKP…

Cela étant dit, je peux bien jouer au gérant d’estrade et accuser les médias de prôner la pensée unique ou de publier trop souvent des versions light de la Pravda québécoise.

Quand on m’invite après ça à prendre la plume pour offrir un contrepoids, ça devient difficile de refuser. Je me devais de répondre présent. 

Mes nouveaux collègues seront sans doute très excités de m’accueillir à bras ouverts, eux qui s’étaient tous réunis dans la salle de rédaction du magazine en octobre 2016 pour se prendre en photo à me faire collectivement un doigt d’honneur… ;-) 

Je débute ma collaboration chez URBANIA avec d’autant plus d’enthousiasme que nous vivons à une époque de grande division et de polarisation. 

Je considère que The Donald est une réponse, somme toute modérée, à la montée d’une gauche radicale de plus en plus intolérante et totalitaire.

Je milite depuis des décennies pour que le Québec se polarise, comme pratiquement toutes les autres démocraties du monde, sur l’axe gauche-droite plutôt que celui souverainiste-fédéraliste. 

J’adore recevoir des invités qui ne partagent pas mes opinions dans le cadre de mon émission au FM93. «Du choc des idées jaillit la lumière».

Se diviser politiquement et le faire socialement sont cependant deux choses bien distinctes. 

On assiste indéniablement, depuis quelques années, à une montée des extrêmes et des tensions sociales. 

Comment expliquer un tel débordement? Mes amis de gauche pointent généralement leur doigt accusateur vers l’actuel président américain, Donald Trump.

Pour ma part, je considère que The Donald est une réponse, somme toute modérée, à la montée d’une gauche radicale de plus en plus intolérante et totalitaire.

Cette dangereuse fermeture d’esprit s’exprime de plus en plus souvent même ici, chez nous: 

– Quand Robert Lepage se fait censurer et accuser d’appropriation culturelle pour Slàv ou Kanata

– Quand je suis blâmé par le Conseil de presse parce que je qualifie « d’immigration illégale » l’entrée massive et illégale au chemin Roxham 

– Quand on accuse de racisme et d’islamophobie la CAQ en raison de sa Loi pro-laïcité, appuyée par près des trois quarts des Québécois 

– Quand des hommes se font lyncher par un tribunal populaire féministe avant même que la justice ait été saisie de quelconques allégations 

– Quand un entrepreneur se fait vandaliser sa résidence parce qu’il opère tout à fait légalement dans le domaine des ressources gazières et pétrolières.

– Quand les syndicats détournent les cotisations syndicales des travailleurs pour vous dire pour qui voter.

Faut vraiment qu’on se parle, pas juste entre ceux qui pensent pareil. Ça presse!

Le référendum de 1995, et même celui de 1980, ont prouvé qu’il est possible au Québec de débattre d’enjeux extrêmement importants et polarisants, dans le calme et le respect. Partout ailleurs, ce genre d’exercice se termine trop souvent dans le sang. Pas ici. On peut tous s’enorgueillir de cette spécificité québécoise.

J’écris pour URBANIA dans ce même esprit de bâtir un pont avec mes adversaires idéologiques pour les convaincre ou à tout le moins les faire réfléchir sur les bienfaits de la liberté individuelle et les méfaits des excès de l’intervention de l’État.

Merci à URBANIA de servir de forum pour ces fructueux échanges à venir.

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