En spécial cette semaine

J’ai bien failli devenir la 172 495e blogueuse à parler de procréation assistée, de mères porteuses, de Joël Legendre et d’utérus – marchandisés ou non. J’ai choisi de n’en rien faire, puisque Judith Lussier a tout résumé ce que j’aurais moi-même voulu dire dans ce billet réfléchi, posé, et pertinent, dans lequel elle parle notamment du privilège hétérosexuel fertile.

[L’article de Judith ici.] J’ai plutôt préféré parler de certaines inégalités sociales qui crèvent autant le cœur que le bon sens. Il y a quelques semaines, j’ai parlé d’un jeu super intéressant, « SPENT », dans lequel le joueur doit prendre les décisions budgétaires d’un parent monoparental qui travaille au salaire minimum. Le but du jeu : passer à travers le mois. J’y étais parvenue, non sans prendre nombre de décisions déchirantes, mais il ne me restait plus suffisamment de fonds pour payer mon loyer – qui était dû le lendemain. La campagne de sensibilisation « Vivre sous la ligne » de The Global Poverty Project nous met au défi, depuis 2010, de parvenir à manger pendant 5 jours avec moins de 1,75$ par personne par jour, afin de se donner une petite idée de ce à quoi font face les plus de 1,2 milliards de personnes qui vivent sous la ligne de la pauvreté extrême. Petite, minuscule, l’idée, en effet, puisque ces plus de 1,2 milliards de personnes – MILLIARDS estiche, 16,6% de la population mondiale, ou, à peu près autant de monde que l’Amérique du Nord et l’Europe réunies – doivent parvenir, avec ce 1,75$ par jour, à couvrir leurs soins médicaux, transport, éducation, et toutes leurs autres dépenses. Le défi est simple : tenter de se nourrir pendant 5 jours avec le budget alloué, tout en amassant des fonds pour l’un des organismes partenaires, visant à lutter contre la pauvreté extrême. Et pas de triche, hein : la valeur des aliments reçus gratuitement ou récoltés dans son potager doit être incluse dans ce budget. Au menu cette semaine : des privations Le blogue SOS Cuisine nous propose un menu Sous la ligne, pour l’occasion. Un bref survol me permet d’entrée de jeu de remarquer que ce menu contient beaucoup de lentilles et très peu de variété, et que les portions sont minutieusement mesurées. Pas de gaspillage et surtout pas de secondes portions. Je ne suis pas particulièrement gloutonne, mais c’est assez frugal, tout ça. Deuxième constat : les recettes sont toutes véganes, si l’on exclut le bouillon de poulet de quelques recettes, qui pourrait facilement être remplacé par du bouillon de légumes ou une autre infusion pleine de saveurs. On oublie la viande. C’est bien connu : ça coûte bien moins cher d’être vegan. Que ce soit par choix ou par nécessité, on peut faire de sacrées grosses économies en retirant la viande et autres sous-produits animaux de notre liste d’épicerie. Une étude très sérieuse de mon Publi-Sac (tsais) m’indique qu’un sac de lentilles ou de pois cassés est pas mal plus économique que le bifteck de pointe de surlonge fraîche, en spécial cette semaine à 6,47$/livre chez Maxi. Disons qu’il faut aimer le riz et les légumineuses : cela constitue littéralement la base du menu. Par contre, on parvient tout de même à extirper assez de saveurs des quelques ingrédients qui nous sont proposés. Vous savez, les ceintures bien serrées sont pas mal in par les temps qui courent. Bien que le 1,75$ par jour pour s’alimenter soit une mesure de pauvreté extrême (1,2 MILLIARDS de personnes en sont affligées, estiche!), nous avons nos propres mesures de faible revenu. Un travailleur Québécois, au salaire minimum (10,15$/heure à ce jour), empochera à temps plein environ 21 112$ par an. Le seuil de faible revenu, pour cette personne seule, s’élève à 22 720$. Faites vos calculs : ce travailleur vit à environ 8% en-dessous du seuil de la pauvreté. ‘Mettons que l’augmentation de 20 sous par heure, prévue pour mai, ne fait pas de tort, mais que c’est loin d’être suffisant. Être pauvre, ça coûte cher Je ne crois pas que la campagne Vivre sous la ligne soit LA clé pour éliminer la pauvreté extrême. Je ne crois pas non plus qu’il suffît de se serrer la ceinture pendant 5 jours, bien confortablement conseillés par les blogues de foodies que nous crachent nos laptops. Cependant, je crois que cette campagne de sensibilisation est une bonne idée pour reconnecter l’internaute moyen avec la réalité cruelle d’un nombre effarant d’êtres humains sur la planète. Je crois aussi que chacun peut essayer de faire sa différence. En s’informant. En consommant intelligemment. En gaspillant moins. En emballant moins. En donnant temps, argent, ou les deux à des organismes qui viennent en aide aux plus démunis. Être pauvre – et surtout se sortir de la pauvreté, ça coûte cher. Il faut de l’argent pour tout : se loger convenablement, se nourrir, bien se présenter. Même se chercher de l’emploi coûte de l’argent, et lorsque nous sommes au plus bas de nos ressources, il manque souvent le coup de pouce d’autrui pour y parvenir. Y’a un outil super qui s’appelle le Centre d’action bénévole de Montréal . On peut y trouver l’activité bénévole de son choix, par catégorie et par arrondissement. Chaque région du Québec possède ce genre d’outil : une simple recherche sur Google, quelques clics, et hop! Nous voilà en train de distribuer des repas dans une soupe populaire, faire de l’écoute active auprès des itinérants, ou trier des denrées pour des paniers gratuits. —– Je milite pour la justice sociale, l’égalité et le féminisme – des synonymes à mes yeux. Ayant suivi une formation en arts visuels, je poursuis mes démarches en recherche sociologique et j’écris présentement un livre sur l’itinérance qui sera publié prochainement chez VLB. J’anime le tumblr LES ANTIFÉMINISTES – http://lesantifeministes.tumblr.com/ Pour me suivre : c’est Sarah Labarre sur Facebook et @leKiwiDelamour sur Twitter.

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