Germain Barre

En camping, heureux sont les rednecks

Chroniques d'un (pas si vieux) « camper van »

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Je m’apprête à vous faire une confidence honteuse. Je n’ai pas passé la Saint-Jean (« fête nationale », comme on doit officiellement l’appeler dans notre siècle) au Québec. Cette fois, je n’étais pas chez les Ontariens. Pire. Shame on me, j’étais chez les États-Uniens. Honnêtement, si ça n’avait pas été réservé depuis des mois (donc payé), je n’aurais pas choisi cette destination. Surtout pas maintenant, avec les atrocités dont Trump est capable.

Nous voilà donc partis aux petites lueurs (à 5 h 15 précisément), ben crinqués, en nous disant : « Il n’y aura pas d’attente aux douanes ». Et il n’y en a pas eu! De peu, on réveillait le douanier… J’ai sorti mon passeport et j’ai immédiatement réalisé qu’il était expiré depuis 10 jours. Un beau bravo, la championne du monde. Après le sermon d’usage du douanier pas (trop) intense, on a pris la route vers La Baie de Cumberland, là où on devait passer trois nuits. Remarquez, ça aurait peut-être été mieux de faire le U-Turn et de regagner notre lit encore chaud… On ne savait pas ce qui nous attendait.

Arrivés à notre terrain de camping, un autre avertissement de la nature nous attendait : une tête d’oiseau sur notre table à pique-nique! Tête d’oiseau l’air de dire : « décrissez, il est encore temps, ne mettez pas les pattes ici. ».

« Get out or I’m gonna beat your ass » 

Charmant ce sous-titre, non? C’est la première phrase qu’on a entendue en arrivant. Et la dernière entendue en se couchant, et la première au réveil… vous voyez le topo. Poésie états-unienne des grands week-ends, gracieuseté de nos charmants voisins rednecks s’adressant à leurs innombrables enfants. Innombrables, sans blague. À chaque fois que je me retournais, je voyais un nouveau bambin et une nouvelle mère qui poppaient de nulle part. Mais à combien peuvent-ils vivre dans une roulotte de 30 pieds de long? Pis là, j’ai réalisé pourquoi je ne ferais pas une bonne redneck :

  • Je ne comprends pas la logique de crier après ses enfants pour leur signifier que crier c’est mal.
  • Je trouve que l’essence pour partir son feu, ça pue.
  • Je n’ai jamais sacré après les gens que j’aime en les menaçant de les battre s’ils ne m’écoutent pas. Je doute que j’en fasse autant avec mes propres enfants.
  • J’ai de la misère à boire un verre de jus maison parce que je trouve ça trop sucré, imaginez un 4 L de liquide vert fluo à l’arôme non identifiable avant d’aller me coucher.
  • Je me sentirais beaucoup trop coupable si je causais un accident de la route et que mon bébé de deux ans se blessait parce que je ne l’ai pas mis dans un banc d’auto.
  • Je n’ai jamais compris les gens qui pètent en public. Encore moins à table, devant toute ta famille, quand le bruit retentit jusque chez les voisins.
  • Je suis incapable de déjeuner aux popsicles et autres crèmes glacées.

J’ai passé beaucoup de temps à réfléchir à tout ça, dans mon truck sur le bord de la route… Parce que oui, en plus, notre site donnait sur le bord de la route. Bucolique! Ne JAMAIS réserver un terrain de camping sur Internet. TOUJOURS parler à un humain qui connaît la place.

Après deux jours, j’ai fini par me nettoyer la tête encrassée par les jugements et j’ai réalisé que dans le fond, ils sont peut-être pas mal plus heureux que moi, les rednecks… Faut avoir une solide dose de confiance en soi et de lâcher-prise pour vivre aussi ouvertement son quotidien décadent. Et il faut dire qu’on est tous, un peu, le redneck d’un autre…

Rockfest 2015, Montebello

10e anniversaire du Rockfest. Année épique. (Parenthèses intimes : je me demande d’ailleurs combien d’enfants y ont été conçus…) On part de Montréal Geneviève et moi, en truck. Deux filles un peu naïves, genre de petits chiots fous dans le vent, innocentes et pures. On roule au travers les campagnes, on rentre à Montebello et PAF : des champs de tentes! Drôle de vision, style camp de réfugiés, mais des camps dans lequel tu décides de vivre…

– Mais comment ils font pour aller à la toilette?

– Comment ils boivent? Il n’y a même pas d’eau!

– Mon Dieu qu’on est bourgeoises.

– On n’est pas bourgeoises, on est bien équipées. Nuance!

Pis là, ils sont apparus. Des métalleux sortis de partout et de nulle part, tapant sur le hood de John Mel & Camper. Une horde de zombies habillés en kakis noirs et spikes à l’hygiène questionnable. Dans une main, une canette de bière et dans l’autre, le signe du devil. Les matantes (nous) fittaient pas trop dans la gang.

– Cache les carottes et l’humus, d’un coup qu’ils ont faim et qu’ils veulent nous envahir, que je dis à Gen.

– Mais pourquoi ils nous applaudissent? Criss on n’est pas James Hetfield.

– Ils nous envient peut-être d’être en truck? Ça fait combien de jours qu’ils n’ont pas dormi tu penses?

C’était ça. Le truck! Si j’avais chargé une bière par commentaire ou question concernant mon camper van, je serais encore chaudaille aujourd’hui. Faut s’imaginer la scène, aussi : deux filles en robe soleil, assises à l’arrière du truck, dehors, autour de ma table portative munie de napperons fleuris, verre de rosé à la main. Ça clash dans le portrait.

Mais ça ne nous empêche pas d’aimer le métal et d’avoir savouré tous les instants passés en compagnie de Bad Religion, Linkin Park, The Offspring, Rob Zombie, Jack Black, Sublime with Rome, Deftones, Thrice, Snoop Dog et bien sûr System of a Down. NOTRE System of Down. Année épique que je disais! J’en ai même perdu connaissance. No joke. Le mix de Jägermeister+ limonade m’est monté droit dans la haute ou basse pression et POW! Je me suis écroulée sur les premières notes de Aerials et me suis réveillée sur Soldier Side en criant à Gen : « De l’eau de l’eau, trouve-moi de l’eau! »

Mais on était en fin de festival et les quantités avaient clairement été mal gérées. Il n’y avait pas plus d’eau sur le site que dans les camps de réfugiés… Tout ce dont je me souviens, c’est de voir un stand à crème glacée et de me coucher littéralement DESSUS en disant à la madame : « Je ne serai pas malade, je vous le jure, je vais juste perdre un tout petit peu connaissance sur votre congélateur ». Ce que je fis.

Quinze minutes plus tard, Gen arrivait en panique, avec une bouteille d’eau que j’aurais bue par les yeux s’il l’avait fallu. PAS QUESTION que je manque une minute de plus de NOTRE System of a Down. Ladite bouteille d’eau sauveteuse calée, c’est quoi la première chose que j’ai faite en revenant à la vie?

Le signe du devil…

Je ferais peut-être une bonne redneck finalement.

P.S. Où que tu sois, Chester Bennington, je te remercie de ce concert, jamais je ne l’oublierai. Je t’aime et tu me manques.

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