Maxyme Grenier-Delisle

Elles dansent avec les loups

Le groupe Gatineau a le vent dans les voiles et du sexe plein le microphone. Du gros sexe sale, cru, plein de poils. Big big winners du Félix album hip hop de l’année, les MCs du cul ont accompagné Urbania en mission jusqu’à Gatineau. Les ressources? De l’alcool, des instruments de musique plein le coffre et un budget de 250 balles. L’objectif? Une nuit torride au meilleur bar de danseuses de la province : le Pigale, paradis du sein bien dressé et de la croupe qui fait rêver. Samedi matin, 10h, Gatineau.
Burne Macpherseund ouvre la porte de la chambre 259 du Motel Adam, boulevard Gréber. Sans son masque de loup, le batteur de Gatineau affiche une tronche de lendemain de veille de catégorie A. «Séba est dans la douche en train de se refaire une face qui a du bon sens, dit-il. Hey, j’ai encore des flashbacks d’hier soir. Y’a des odeurs de corps nus qui me reviennent… Ç’a pas d’allure.»  Écrasé sur le tapis douteux de la chambre, entre un ampli et une valise, le corps inerte et dénudé d’Ingrid repose dans un état lamentable. «Elle n’a pas survécu à notre nuit d’amour, lance Keuk, bassiste et bidouilleur du groupe, du fond de la pièce. Mais, au moins, elle est morte avec le sourire!»

Retour en arrière.

Vendredi soir, 19h, autoroute 40 Ouest.
Séba est nerveux. Lui, le chanteur et frontman qui vante le charme discret du poil pubien dans Pointe all-dressed. Lui qui traite une blonde de simple spermbag dans Dégage!. Lui qui a fait tant jaser en exhibant sa craque de plombier lors d’une prestation endiablée au dernier Gala de l’ADISQ. Il a la chienne. «Je suis pas habitué d’aller aux danseuses, dit-il. Quand j’étais petit, à Gatineau, y’a eu un gros scandale à propos des bars qui exploitaient des tites filles de 16 ans. Ça avait l’air sale pis pas propre. Ça m’est toujours resté dans tête.»

Assis à ses côtés, sur la banquette arrière d’une Hyundai Accent barbouillée de calcium hivernal, Keuk voit les choses tout autrement. Alors qu’il gonfle la poupée gonflable achetée dans un sex shop du Plateau Mont-Royal en guise de mascotte pour la soirée, le bassiste élabore ainsi sur sa vision toute géographique du sexe en régions. «Avec le band, on a vraiment parcouru le Québec , explique-t-il. En se promenant, on a réalisé qu’il y avait des villes qui respiraient vraiment le sexe, comme  Sherbrooke. Mais la plus hot, c’est Val-d’Or. Ça, c’est le vrai Far West du cul!» Pendant qu’il martèle le siège du conducteur en écoutant les greatest hits de Black Sabbath, Burne Macpherseund zyeute amoureusement les cuisses de la catin gonflée aux trois quart en y allant de sa propre théorie. «Si vous voulez parler de filles, celles de Gatineau sont vraiment pas mal. Moi je dirais que c’est un mélange entre les Californiennes et les filles du Lac Saint-Jean. Un méchant beau mix ça mon homme!»

Passant d’une main et d’un doigt à l’autre, la poupée gonflable, vaguement modelée sur le corps de la pornstar Briana, est rapidement baptisée «Ingrid» par le trio de musiciens. Avec ses «3 Holes : Pussy-Ass-Mouth» testés en laboratoire (dixit l’emballage), la belle ingénue de caoutchouc aux yeux cadavériques se retrouve bientôt la tête à l’extérieur, sifflée par les chauffeurs de taxi aux abords de Gatineau. Une véritable orgie de plastique dont les gémissements se mêlent bientôt aux rythmes old school de Paul’s Boutique des Beastie Boys et à une sale bordée de neige, gracieuseté Miss Météo. «On dirait que les forces de la nature essaient de nous empêcher d’aller aux danseuses, lance Keuk. Si y savaient de quoi on est capables!»

Motel Adam, 22h20, Gatineau.

À peine arrivés, Burne et Keuk s’affairent déjà à installer les instruments qu’ils ont apportés de Montréal pour un petit jam de début de soirée. Dans un coin, en se versant un généreux vodka-Redbull, Séba ouvre son ordinateur pour présenter fièrement son dernier dada : des bandes dessinées pornos qu’il scénarise et qui mettent en scène MC Brutalll, son alter-ego de scène qui porte la cagoule à la manière d’un luchador mexicain. Accompagné d’un beat de laptop bien gras de Keuk, recraché par un ampli posé près de la porte, Séba se lance dans la lecture d’un extrait de sa dernière œuvre intitulée « I Just called to say I love you…  again. Booty Call», dans laquelle Brutalll apparaît comme un pervers fini, se branlant frénétiquement en haletant dans le combiné : «As-tu encore les petites culottes rouge que je t’ai données?» Un univers lubrique, noir et gluant à souhait, qui devrait être publié dans un avenir prochain, à condition que Seba tombe sur le bon dessinateur.

C’est que tout le monde ne s’entend pas avec le dangereux MC masqué. Parlez-en à Dom Hamel, ex-membre de Gatineau, qui a récemment quitté le navire pour «incompatibilité extrême de valeurs et de caractères », selon la version officielle de l’affaire. «Au départ, le personnage de Brutalll apparaissait de temps en temps sur scène parce qu’il me permettait de montrer le côté extrême et vraiment pervers de Séba, explique l’artiste entre deux rap improvisés. C’est un peu le super héros du sexe qui va au secours des filles quand elles sont en manque. Le Gainsbarre de Gainsbourg finalement. Quand j’étais petit, je rêvais d’être comme lui et d’avoir un double pour parler de cul ouvertement!»

Keuk l’interrompt d’un solo de basse synthétique particulièrement inspiré. Pendant ce temps, Séba disparaît dans la salle de bain et ressort quelques minutes plus tard, torse nu, transformé en Brutalll et coiffé de sa célèbre cagoule. Superman vient de prendre emprise sur Clark Kent. «Elle est où Ingrid que je la fourre?!» crie le maniaque sexuel du hip-hop québécois, tandis que Keuk et Burne Macpherseund (qui a enfilé son épeurant masque de loup) entrent soudainement en transe, transportés par les rythmes et le groove qui dégoulinent de leurs consoles. «Je vais la prendre par en arrière!» poursuit-il en saisissant la pauvre poupée gonflable couchée dans un coin, avant de l’enfourcher sur son lit. Dehors, s’arrêtant devant la fenêtre de la chambre, une patrouille de police observe la scène, fascinée, puis repart doucement. Brutalll, le violeur de poupées gonflable, s’est tiré d’affaire. Pour cette fois en tout cas.

Bar de danseuses le Pigale,12h15.
Prêts à affronter leur destin et visiblement échevelés par un 40 onces de vodka, Séba, Keuk et Burne Macpherseun traversent le boulevard Gréber en direction du Pigale, haut lieu du poteau bien huilé, où sont déjà passés les Kid Rock, Éric Lapointe, Louis-José Houde et Martin Deschamps de ce monde. La recette gagnante du club? Des filles nombreuses, belles et classy. Le bonheur total quoi. Rejoint par Frank, propriétaire de la boîte, le groupe passe rapidement la sécurité pour s’installer confortablement sur la banquette en cuir. Bien vite, une bouteille de gin flambant neuve est entamée et les esprits sont échauffés. «Y’a la petite avec des lunettes qui est malade!» remarque d’abord Séba. «Moi, c’est l’Hawaïenne qui me fait capoter!» renchérit Keuk.

Il y a qu’au Pigale, les soirs de week-ends, c’est loin d’être le choix qui manque. Avec une cinquantaine de sublimes danseuses, deux scènes principales et des cabines de danse contact à 20$, l’endroit a de quoi donner des étourdissements et ramener sur la table LA question qui tue : «Combien pour terminer la nuit avec une danseuse?» Pendant un instant, les réponses se bousculent dans la tête des messieurs qui ont toujours préféré la musique comme monnaie d’échange à une session de corps à corps torride de fin de soirée. «Si je me suis déjà servi de ma musique pour me ramener des filles? Toujours! Sans arrêt! Je baise vraiment plus depuis que je suis dans Gatineau, avoue Séba. Je suis souvent reparti avec des filles qui étaient venues assister à nos shows. Y’a même eu une époque où trois maîtresses m’attendaient après un spectacle. Mais aujourd’hui, y’a rien qui m’énerve plus que des groupies. C’est trop facile et elles capotent à la moindre connerie que tu sors.»  La dure vie sexuelle d’une star montante du hip hop.

Salon VIP, 1h30

Invités à passer dans une pièce plus intime dans les entrailles du Pigale, les gars font la rencontre de Tony, le  bras droit du proprio, qui décide de leur organiser un petit shooting photo digne de ce nom. «What type of girls do you want?  Small tits? Medium Tits? Natural? Fake boobs? I got to tell you guys : 95% of the girls here have fake tits. But hey!  Don’t be shy to feel!»

Quelques secondes plus tard, un amas de corps nus est formé sur la banquette, à la grande joie du photographe. Seba redevient Brutalll pour les besoins de la cause et Burne Macphersen renoue avec sa tête de loup. Et une deuxième bouteille de gin pour ces messieurs! Se démenant comme des diables dans l’eau bénite entre les seins de Nicky, Jinny, Mio et Angie, les gars de Gatineau sont enfin dans leur élément. «Come eat my pussy!« lance Nicky à Burne Macpherseund, déjà occupé à lécher allègrement les mamelons irisés de la plantureuse Jinny. «God!  Ces gars-là sont de vraies bêtes!» remarque-t-elle. Y’a pas de doute, en une phrase, la déesse complètement nue est parvenue à cerner la nature profonde de la meute. Gatineau is on fire. Au grand froid sur le Boulevard Gréber, 3h20 Sur le chemin de retour, en avalant ses cheeseburgers du McDo, Seba fait le bilan. Trois bouteilles de fort et plusieurs RedBull dans le corps, des danses en isoloirs pour certains, des cochonneries pas propres pour d’autres : la soirée est réussie. «Ça va être beau demain soir! poursuit-il. On donne un show à la Place-des-Arts! Je pense qu’on va traîner Ingrid sur le stage si elle est pas trop dégonflée…»  Tâtant la cagoule de Brutalll blottie au fond de sa poche, il pousse finalement la porte de la chambre 259 avant de s’emparer de la poupée pour un dernier et ultime jam, en compagnie de Keuk et Burne Macpherseund. La basse et les beats dans le tapis, la meute se lance dans une version particulièrement dévergondée de Divine Sodomie, leur chanson la plus salasse, dans laquelle une demoiselle a droit à la douce texture d’une courgette. «Y’en a qui chialent sur la vague de hip-hop cochon à la québécoise d’Omnikrom, Donzelle ou Gatineau, lance le MC entre deux couplets. Mais au fond d’eux-mêmes, ils aiment ça, parce qu’ils peuvent pas se passer du cul!» Parole de Brutalll.

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