Elle lance et… manque le filet !

CKOI profite du fait que le Canadien est en série… pour se faire rentrer dans la bande solidement.

C’était à prévoir. Tout comme les gérants de bars qui redoublent de stratégies et de rabais pour visser les admirateurs de la Sainte-Flanelle sur leurs tabourets, différents individus et institutions tentent eux aussi de surfer la vague alors que le Canadien entamera une – on l’espère – longue campagne le menant vers la Coupe Stanley. Parmi les premiers concurrents, on retrouve CKOI, qui, vendredi dernier, livrait Vers la coupe, une pièce censée inspirer Gionta et compagnie. Comme vous vous en doutez – si vous n’avez pas déjà lu les billets de la Sainte Trinité du Web locale -, le résultat est incroyablement mauvais…

Au-delà du placement de produit peu subtil (les animateurs de CKOI qui font les guignols, les interprètes de La Voix à laquelle la station est affiliée, etc. ) et de la pauvreté de cette chanson jetable m’amenant à souhaiter que le Canadien se fasse éliminer en quatre tant je souhaite qu’on la remise au plus sacrant, je me demande ce qui est passé par la tête des créateurs de cette pièce. Est-ce une mauvaise blague qui a été poussée jusqu’à son paroxysme? Un cri à l’aide, peut-être bien!?

En fait, qu’est-ce qui passe avec le médium radiophonique ces jours-ci?

La dureté… de notre relation avec la radio

Bien sûr, des années avant la diffusion de ce bide, les ondes hertziennes étaient déjà polluées par des immondices du genre. Tellement que le fait s’est inséré dans la culture populaire. En Amérique du Nord, des groupes comme NOFX et Reel Big Fish ont, bizarrement, connu un certain succès avec Please Play This Song On The Radio et Turn The Radio Off deux pièces pas terribles du tout qui dénoncent la fermeture d’esprits de certaines grandes chaînes par la bande.

La fermeture d’esprit est telle que le chanteur Louis-Jean Cormier déclarait au Forum de la chanson québécoise de février dernier qu’on devrait peut-être demander au gouvernement de créer une redevance pour les radios commerciales afin de stimuler la diffusion de contenu francophone. Non seulement était-il sérieux, mais on se surprend à trouver l’idée «censée» lorsqu’on constate la pauvreté de la présence locale – anglophone ou francophone, malgré la richesse du terreau culturel local – sur les palmarès de CKOI et autres NRJ.

D’où la montée en popularité des Songza, Deezer et compagnie, j’imagine, qui diffusent, justement, de la musique en continu, moins les interventions d’animateurs trop hilares. Non contents de diffuser des chansons selon les goûts des auditeurs, certaines de ces plateformes web appuient également certaines initiatives culturelles (Rdio, par exemple, compte maintenant parmi les partenaires du prix Polaris, récompense annuelle saluant le meilleur album canadien produit).

Pourtant, l’espoir demeure. On croit toujours en la radio.

L’effervescence autour du départ de René Homier-Roy, puis le retour de Marie-France Bazzo en témoigne, tout comme l’avalanche d’apps nous permettant de syntoniser la bonne vieille bande FM sur nos iPod, iPad, appareils Android et autres bébelles modernes du genre. Mieux encore, un référendum de la Fédération des associations étudiantes de l’Université de Montréal donnait le feu vert la semaine dernière à une hausse de 0,50 $ sur la cotisation versée par universitaire à CISM à chaque session. Une hausse un an après le Printemps Érable? C’est quand même inattendu, non? En ratissant plus large, on réalise même que de nouvelles opportunités se présentent pour ce médium centenaire, dont l’affichage numérique le long des routes qui pourrait attirer de nouveaux auditeurs et annonceurs.

Bref, le problème n’est pas dans le transistor, mais bien dans ses têtes dirigeantes qui, visiblement, considèrent davantage Brault & Martineau que leurs auditeurs… et clients potentiels de leurs clients.

Qu’est-ce qui fait une bonne chanson de hockey?

M’enfin, pour revenir à Vers la coupe, une courte recherche démontre jusqu’à quel point les bonzes derrière cette chanson se sont cassé les dents.

Tout d’abord, une bonne chanson sportive doit ratisser large. Le classique The Hockey Song de Stompin’ Tom Connors le démontre bien…

Contrairement à la pièce de CKOI, The Hockey Song raconte une histoire plutôt que de faire dans les bons sentiments et, surtout, limite les mentions de joueurs qui pourraient être gênantes des années, des mois, voire des semaines plus tard.

Ce qui fait la beauté de The Boys Are Back du groupe punk rock bostonais Dropkick Murphys, c’est que c’est une chanson de hockey qui n’en est pas une. Aucune mention de joueur, ni même des Bruins sur cette chanson énergique qui, avouons-le, donne le goût de «cross-checker» la compétition. Vers la coupe, elle, donne plutôt l’envie de se péter les tympans.

Bien que les références séparatistes du But de Loco Locass ont fait tilter certains commentateurs (vous vous attendiez à quoi? C’est une chanson de Loco Locass, tsé!), on doit quand même saluer ses qualités «anthémiques» calquées sur les chants de stades européens. Qu’on aime le groupe ou pas, Le But est le genre de toune qu’on entonne bras dessus, bras dessous avec le voisin de rangée. Vers la coupe? J’serais gêné d’être surpris à l’écouter seul…

Loin de moi l’idée de donner un carton rouge à un média qui lorgne la manne des séries – ce billet s’inscrit aussi dans cette mouvance, après tout -, mais je me permets tout de même de suggérer à CKOI d’en profiter d’une autre façon qu’en chanson, car tout comme sa direction musicale, c’est une science qu’elle ne maîtrise plus depuis malheureusement trop longtemps.

Bons matchs et, surtout, bonne barbe des séries!

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