Mélanie Baillairgé

Écrire ou ne pas écrire pour Pauline Marois ?

Des questions existentielles en bédé.

Novembre en os plus qu’en chair. La lumière ainsi que notre énergie s’amenuisent. La noirceur qui règne à l’extérieur finit par envahir nos pensées. On entretient cet état d’esprit qui nous tient en apesanteur. Des fois, ça va bien et on entrevoit son avenir d’un œil serein alors que d’autres jours, on souhaite tout foutre en l’air. On dirait qu’on suit la mauvaise trajectoire — les décisions foireuses s’enchaînent et on voudrait se réaligner sur la bonne track; comme si on était maître de son destin… Et si nous l’étions? C’est à partir de cette réflexion qu’Alain Farah (texte) et Mélanie Baillairgé (dessins) travaillent dans La ligne la plus sombre : une bédé inspirée d’une tranche de vie de l’auteur pendant un moment charnière de l’histoire du Québec.

Nous sommes au printemps 2012. La population étudiante ainsi qu’un panda déferlent dans les rues en arborant le désormais mythique carré rouge. Michel est appelé à donner son opinion sur le sujet à Radio-Canada en tant qu’écrivain engagé. Il reçoit par la suite un coup de fil d’une boîte de communications lui demandant de devenir un ghost writer pour la première ministre du Québec. C’est big… vraiment big.

Mais le prix à payer est lourd : diluer son essence, se cacher derrière un masque, paraître comme un traître aux yeux des autres ou pire, à ses propres yeux. Dauphine — sa blonde — trouve d’ailleurs qu’un Arabe comme ghost writer d’une femme qui fait la promotion d’une charte catho-laïque, c’est pas ben ben winner.

On fait tous des choix avec plus ou moins de succès en fonction des contraintes qui s’imposent et force est d’admettre qu’on devient bons pour lire entre les lignes si on s’en donne la peine.

Certains s’accomplissent pendant que d’autres font du surplace. C’est là qu’entre en jeu la théorie échafaudée par Michel selon laquelle il existerait trois lignes du temps : la ligne normale (la réalité), la plus claire (scénario idéal) et la plus sombre (you lose.) Tout ça s’inspire de Dune, livre dans lequel des vers géants produisent une espèce d’épice qui permet de voyager à travers ces continuums lorsque ingérée. On fait tous des choix avec plus ou moins de succès en fonction des contraintes qui s’imposent et force est d’admettre qu’on devient bons pour lire entre les lignes si on s’en donne la peine. On le sent dans ses tripes — c’est parfois juste des pets.

Comment fait-on pour prévoir l’avenir sans boule de cristal ? De toute façon, il n’y a que Dieu qui peut s’en vanter. Détrompez-vous, car notre cher Michel en pleine crise décisionnelle/identitaire en arrive à cette perle de sagesse :

« La conscience crée la matière, l’individu peut changer le moment présent, Dieu est multidimensionnel. »

Gut feeling ou God feeling? De quoi vous faire pousser un troisième œil.

En tout cas ce qui est certain c’est que notre héros doit garder le pas gagné et surtout ne pas se voir transformé en laquais du pouvoir; refuser de trahir ses idéaux en prévision de gains futurs quitte à prendre un peu plus de temps à gravir les marches du succès.

Il est inévitable de commettre des erreurs de parcours tout au long de son existence. Notre GPS effectuera beaucoup de recalculs et nous enverra valser dans le décor. Voyez ça comme un message d’espoir : on finit toujours par arriver à destination alors aussi bien apprécier la balade !

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La bédé La ligne la plus sombre de Alain Farah et Mélanie Baillairgé, est publiée chez La Pastèque.

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