Paul Rousteau

Écoute exclusive de l’album « Noir Éden » de Peter Peter

Entre le Québec et la France, entre musique pop et expérimentale, Peter Peter présente, après quatre ans d’attente «Noir Éden», son troisième album qu’URBANIA vous offre en écoute exclusive pour quelques jours! Rejoint dans le +33 (ouuuuuh!), on a parlé musique, déménagement, solitude et science-fiction avec Peter Peter.

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Depuis «Une version améliorée de la tristesse», sortie en 2012, exit les Tim Bits, bonjour les macarons: tu as déménagé en France. Mais, comment s’est passée la transition?

Ça a commencé par des allers-retours pour faire de la promo en France dans les trois dernières années, puis ouais j’ai maintenant mon appartement ici depuis cet été, officiellement! Ça a pris un temps avant de me décider, mais il fallait que je sorte de mes valises alors j’ai choisi de me poser à plus long terme. Pour la première fois depuis un moment, si je vois une lampe que j’aime, je peux l’acheter et j’ai un endroit où la mettre.

France vs Québec: est-ce que ce changement de pays a modifié ta façon de créer?

Pour cet album-là, j’étais tellement dans ma tête que j’aurais pu le créer dans n’importe quelle ville que ça aurait été pareil. Bon, ensuite, il y a mon vécu qui influence ce que j’écris alors le fait d’être ailleurs m’a fait vivre des choses qui ont teinté cet album. Mais sinon chaque album est différent et donc créé différemment aussi. Pour celui-ci, c’est la première fois que je me fixais une routine: me lever à 10h, lire un peu puis écrire et travailler des arrangements.

J’ai toujours un peu idéalisé la solitude.

À la sortie de ton 2e album tu disais avoir besoin de solitude pour créer, tu en es où avec ça?

Je pensais que je créais seul, mais je suis vraiment allé au bout de ça avec «Noir Éden». J’ai toujours un peu idéalisé la solitude alors qu’au fond je pouvais souvent jouer et répéter avec des amis en étant à Montréal. C’est en déménageant en France que j’ai vraiment vécu la solitude jusqu’au bout dans un 35 mètres carrés, seul devant mon laptop à écrire et apprivoiser des logiciels pour m’occuper des arrangements. Ça a été autre chose: un vrai huis clos avec moi-même, bénéfique, mais confrontant. Alors là ça fait du bien de refaire des spectacles, de jouer avec des gens, de revenir dans la société!

Alors que tes deux premiers albums avaient une uniformité mélancolique, on sent que tu prends ici plus de libertés. Comment qualifierais-tu «Noir Éden»?

Un peu moins esthète que «Une version améliorée de la tristesse»! Je ne voulais pas me restreindre à quoi que ce soit. Quand la chanson «Loving Game» est arrivée, j’ai eu envie de voir ce qui arrive quand j’exacerbe mon côté pop, mais en me permettant aussi des expérimentations comme sur «Allégresse» ou «No Man’s Land». J’avais envie que tout me soit permis, alors ça donne un album à la fois mainstream par moment et expérimental.

L’album parle de quelqu’un qui perd le contact avec ses sentiments.

 

Mais avec un fil conducteur…

Ce qui en assure la cohésion c’est sa trame narrative: l’album parle de quelqu’un qui perd le contact avec ses sentiments, avec la réalité, qui a toujours l’impression d’être étranger à lui-même, de ne pas exister pour vrai. Mais il y a quand même un happy ending avec «Pâle cristal bleu» qui est de saisir les moments où on a l’impression d’être vivant, quand on ne se pose plus de questions ou que l’on accepte de ne pas savoir.

Tes lectures de l’auteur de science-fiction américain Philip K. Dick ont accompagné la création de «Noir Éden». Quel livre nous recommandes-tu pour nous mettre dans le mood de ton album?

Ce qui est assez récurrent dans l’œuvre de Philip K. Dick c’est le principe des mondes parallèles et le fait de ne pas savoir si l’on est éveillé ou si l’on est mort, ne plus savoir dans quelle dimension on se trouve. J’opterais donc pour le livre «Ubik» qui recoupe thématiquement «Noir Éden». Sinon, dans le même genre de vibe fantasmagorique, le roman graphique «Last Look» de Charles Burns serait aussi un bon accord.

Clin d’oeil aux fans de la trame sonore de Drive qui retrouveront dans «Loving Game» le même aspect kitsch et complètement assumé. Noir Éden: un album pour bercer les endormis, les éveillés et ceux qui sont quelque part entre les deux.

Noir Éden sort au Québec le 24 février. Peter Peter offrira trois spectacles en sol québécois soit le 8 mars à Montréal, le 11 mars à Trois-Rivière et le 12 mars à Québec. On le remercie également d’avoir choisi une pochette d’album qui match avec notre dossier chat du mois de février!

Pour lire un autre texte de Jade Fraser: «Rock, art et filles tannées d’attendre».

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