Dominique Lafond

Dorothy Yeats : de gymnaste à lutteuse

À 22 ans, Dorothy Yeats pourrait noircir les pages d’un livre de croissance personnelle! Ou, du moins, inspirer la création d’un film à grands revirements, comme Rocky ou La championne. Après avoir connu son lot de nouveaux départs, c’est cet été que l’athlète va nous montrer que vieillir jeune, ça aide à lutter.

TEXTE  Hélène Mercier     PHOTOS  Dominique Lafond

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C’est à 14 ans qu’une gymnaste doit être au top. C’est aussi à cet âge que Dorothy “Dori” Yeats a compris qu’elle ne l’était pas, qu’elle n’irait jamais se pavaner la feuille d’érable aux Olympiques entre les barres asymétriques. Malgré 11 années d’entraînement derrière le léotard, malgré plusieurs succès provinciaux.

Pourtant, c’est exactement à ce moment qu’elle a fait ses premiers pas vers Rio 2016. “Mon rêve olympique n’a jamais été rattaché à une discipline, c’est assez étrange quand j’y repense”, dit Dory. Entre le rugby, le water-polo et la lutte (de rares sports qu’on peut se permettre de commencer sur le tard quand on a ce genre d’objectif), son cœur balance : “Mon coach de rugby me criait toujours après parce que je ne faisais pas de passe”, se souvient-elle, mi-gênée, mi-amusée. Exit les sports d’équipe : la gymnaste deviendra lutteuse.

Corps-à-corps avec la gloire

Sa progression dans sa nouvelle discipline est fulgurante. Six mois après avoir commencé l’entraînement au Club de lutte de Montréal, dirigé par Victor Zilberman, Dorothy se présente à son premier tournoi et, contre toute attente, l’emporte. Une naturelle. “C’est là que j’ai su qu’elle allait se rendre aux Olympiques”, m’explique son père, Doug Yeats.

L’homme a l’œil pour repérer l’olympien : entre 1976 et 1992, il a participé à quatre J.O. en lutte gréco-romaine. “Disons que ça rend le rêve olympique accessible”, soutient Dori, en se remémorant ses étés au chalet familial de Morin-Heights, à bidouiller une antenne à l’aide de fourchettes pour ne rien manquer des compétitions télévisées. Pas surprenant de voir que ses deux frères et sa sœur carburent eux aussi au sport : “Le crédit revient à leur mère”, rigole Doug, quand je lui demande quel est son secret pour fabriquer des athlètes. Avant d’immigrer à Montréal, Kati Potoczky était membre de l’équipe nationale hongroise de gymnastique. Et c’est elle qui a insisté pour que tous les enfants rebondissent sur le tapis avant même d’apprendre à lacer leurs souliers.

Pedigree aidant ou pas, les succès s’enchaînent. En 2010, Dorothy gagne l’or aux premiers Jeux olympiques de la jeunesse, à Singapour. Deux ans plus tard, elle devient, à 19 ans, championne du monde junior, trois semaines avant de mettre la main sur l’argent au Championnat du monde senior. Un parcours sans faille qu’elle doit beaucoup à ses anciennes amours : “Grâce à la gymnastique, je connaissais bien mon corps. J’étais beaucoup plus agile que les autres fille”, explique-t-elle.

Tremblement de tête

La planète lutte vibre pour Dori, mais début 2013, tout bascule : lors d’un entraînement, elle se cogne solidement la mâchoire. Suivant les instructions de Zilberman et faisant fi des conseils de son père (“parce qu’une athlète écoute son coach”), elle prend part à un tournoi quelques jours plus tard. “À la fin de la journée, j’avais l’impression d’avoir englouti d’un trait une bouteille de rhum. J’étais sonnée.”

Le diagnostic tombe : syndrome postcommotionnel. Son médecin l’oblige à un repos complet. Privée d’école et de sport, la conquérante alitée a le temps de réfléchir à cette absence de motivation et de plaisir qui la taraude depuis quelques mois. “Elle ne se souvenait plus qu’elle aimait son sport”, se remémore le préparateur mental Jean-François Ménard.

La boule au ventre, Dori finira par remercier Zilberman. “Aujourd’hui comme à l’époque, je veux comprendre pourquoi je fais ce que je fais, apporter mes idées. Ses vieilles méthodes strictes ne me permettaient plus d’évoluer”, analyse avec diplomatie celle qui exerce sa matière grise à l’Université McGill, en génie civil.

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