Donald Trump et Twitter : une histoire d’amour au temps du numérique

Même Marc Labrèche sur le crack dans le Bye bye n’arrivera jamais à la cheville du vrai Trump, niveau absurdité.

À peu près tout ce qui entoure le président américain Donald Trump est fascinant (et souvent terrifiant). Plus j’en apprends sur son comportement depuis qu’il a pris la place de Barack Obama à la Maison-Blanche, plus je suis complètement flabbergasté de constater qu’il semble invincible. Quand il n’est pas impliqué dans une histoire de magouille avec la Russie, il compare la longueur de son engin (nucléaire ou pas) avec Kim Jong-un ou il envoie chier les joueurs de la NFL osant (parce que c’est très grave, t’sais) s’agenouiller durant l’hymne national pour protester contre les inégalités raciales aux États-Unis. Même Marc Labrèche sur le crack dans le Bye bye n’arrivera jamais à la cheville du vrai Trump, niveau absurdité.

@realDonaldTrump et les médias sociaux

Le 45e président américain ne fait rien comme ses prédécesseurs, incluant son utilisation des médias sociaux. Si vous avez un peu suivi les nouvelles depuis le début de la campagne électorale qui s’est terminée en novembre 2016, vous savez que Trump est un fervent utilisateur de Twitter, lui qui compte plus de 36 000 tweets à son actif. Il s’en sert à la fois pour faire des déclarations plus « officielles » dans le cadre de ses fonctions de président, comme lorsqu’il a renommé un parc en l’honneur de Martin Luther King Jr., hier, que pour s’auto-déclarer « génie à la stabilité mentale irréprochable » ou pour annoncer la remise du gala « Fake News », cérémonie créée de toutes pièces pour féliciter les médias les plus corrompus et biaisés selon lui.

Pas besoin de vous dire que ses tweets et retweets, souvent très douteux, font beaucoup réagir sur le web. Twitter est d’ailleurs devenu son moyen préféré pour communiquer avec le peuple américain puisqu’il n’y a aucun intermédiaire (c’est à dire un méchant média comme CNN) pour modifier ou interpréter ses propos. En m’intéressant quelque peu à la façon dont @realDonaldTrump s’y prenait pour tweeter, je suis tombé sur un reportage de CNN tout simplement fascinant. L’article en question, qui a été écrit lors de la campagne électorale, porte sur Dan Scavino, le Directeur des Médias sociaux de la Maison-Blanche et Assistant au président, qui explique, notamment dans une entrevue, que le président n’a pas vraiment de stratégie ni de censure quand vient le temps d’utiliser Twitter.

Lorsqu’il a une idée qu’il juge assez pertinente (selon le barème Donald Trump, je vous le rappelle) pour être publiée en ligne durant la journée, il dicte le message à un membre de son équipe qui est responsable de le rédiger, puis d’appuyer sur « Publier ». C’est tout. Pas de vérification, de contre-vérification ou de réflexion un peu plus poussée du genre « Hmmm, pas sûr de celle-là… Je devrais peut-être dormir là-dessus ». Scavino précise que « tout ce qui est publié sur le compte de Donald Trump est 100 % lui ». À un autre moment durant l’entretien avec le journaliste Chris Moody, l’assistant du président justifie certaines des erreurs dans les tweets de son patron en les mettant sur le dos d’un stagiaire. (Non, ceci n’est pas une blague.)

La règle spéciale Donald Trump

Comme beaucoup de gens, je me suis demandé comment il était possible que le président Trump puisse s’en tirer avec des propos parfois très dangereux, comme quand il s’amuse à rabrouer le président nord-coréen ou qu’il publie une vidéo d’un combat de lutte au cours duquel il donne une raclée à un lutteur dont le visage a été changé par un logo de CNN, par exemple. Eh bien, j’ai appris que si tout le monde doit suivre les règles d’utilisation de Twitter, Donald Trump, lui, a droit à une plus grande marge de manœuvre. C’est ce qu’a précisé l’entreprise dans un bref communiqué intitulé « World Leaders on Twitter » paru le 5 janvier dernier.

Trump a une immunité que les utilisateurs(trices) de la plateforme n’ont pas. Est-ce justifié? Je dirais que oui considérant qu’il s’agit de l’homme à la tête de la plus grande puissance mondiale, qu’il a été élu démocratiquement et qu’il pourrait passer ses messages autrement, comme en s’adressant à la nation en direct à la télé, s’il le voulait.

Un extrait de ce message mentionne que « Bloquer un leader mondial de Twitter ou retirer ses tweets controversés cacherait de l’information importante que les gens devraient pouvoir lire et en débattre. » Clairement, le média social a dû recevoir plusieurs plaintes à ce sujet et je doute fortement qu’elles soient à propos de Justin Trudeau. Trump a donc une immunité que les utilisateurs(trices) de la plateforme n’ont pas. Est-ce justifié? Je dirais que oui considérant qu’il s’agit de l’homme à la tête de la plus grande puissance mondiale, qu’il a été élu démocratiquement et qu’il pourrait passer ses messages autrement, comme en s’adressant à la nation en direct à la télé, s’il le voulait.

Dans ce même communiqué, Twitter précise que « les tweets des leaders politiques sont révisés et que les règles s’y appliquent » avant d’ajouter qu’« aucun compte ne dicte la croissance de Twitter ou n’a d’influence sur ces décisions ». Ok, Twitter, pousse, mais pousse égal. Nier le fait que les personnalités les plus influentes sur la plateforme jouent un rôle essentiel pour y amener du trafic et donc, que leur satisfaction est primordiale pour l’entreprise, c’est pas mal de la bullshit, comme on dit.

Le compte de Donald Trump est présentement au 20e rang mondial pour ce qui est du nombre d’abonnés, avec 46,4 millions (CNN Breaking News vient au 16e rang avec 54 millions…. pauvre Donald!) Ses tweets créent aussi énormément d’engagement en raison des nombreux débats qu’ils déclenchent et qui ont lieu directement sous le tweet original. Depuis qu’il a créé son compte en mars 2009, le compte @realDonaldTrump est dans le 90e percentile en ce qui a trait à sa force. Il serait donc très surprenant que l’entreprise n’adoucisse ses règles dans son cas, seulement parce qu’il est un homme d’État. D’ailleurs, il était beaucoup plus insouciant avant d’être nommé président. Rappelons la fois où il a retweeté un compte au nom de @WhiteGenocideTM, en janvier 2016.

Une histoire d’amour qui finit bien?

Alors, comment est-ce que Donald Trump utilisera Twitter à l’avenir? Est-ce qu’un tweet le mènera à sa perte ? Sera-t-il plus prudent quand vient le temps de lancer des faits pas toujours vérifiés sur la plateforme? Est-ce qu’une guerre nucléaire sera déclenchée par un autre de ses tweets s’adressant à Rocket Man ? Personne ne le sait.

Parce que Donald Trump l’a prouvé depuis qu’il est à la Maison-Blanche : il ne fait rien comme les autres. Et c’est justement ce qui est inquiétant.

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