Les médias nous ont appris récemment que c’était moins d’une personne sur deux qui vivait en couple à Montréal. Une réalité sociale bien de notre temps qui n’a sans doute pas surpris grand monde, mais qui amène les Justiciers urbains à réfléchir au lien entre cette caractéristique de la population montréalaise et aux choix qui sont faits en terme de développement de notre ville.
On n’apprend rien à personne: la prolifération des condos de taille relativement petite (3½ et 4½) est directement liée à l’existence d’une si grande proportion de célibataires dans la population. Même chose pour les grands complexes de résidences pour personnes âgées autonomes, qui viennent répondre aux besoins du nombre grandissant de cette tranche de la population.
L’aménagement d’une ville s’adapte aux besoins de ses résidants, c’est ce qu’il y a de plus normal. Mais cet aménagement contribue aussi, à son tour, à renforcer certaines tendances. En figeant dans le béton un certain mode de vie, l’aménagement urbain cristallise certaines réalités et contribue à les faire perdurer. Au-delà de sa fonction première, l’aménagement urbain a donc un rôle socialement structurant.
Pensons à l’exemple de New York, où les restaurants sont rois et maîtres dans la ville dans le domaine de l’alimentation, bien au-delà des épiceries. Les gens ont tendance à manger sur le pouce, ou au resto du coin, plutôt qu’à se préparer une bonne bouffe, comme nous en avons davantage l’habitude au Québec. Conséquence? Les nouveaux logements construits sont conformes aux besoins de leurs occupants: un grand salon, mais une minuscule cuisine, presque dysfonctionnelle pour y préparer des mets plus complexes qu’un sandwich.
Or, si cet exil de la cuisine au profit des restaurants n’est qu’un phénomène générationnel (posons l’hypothèse), les logements sans véritable cuisine, eux, survivront. Et ils contribueront à perpétuer ce mode de vie.
Ceci dit, si les décisions d’architecture et d’aménagement peuvent influencer le mode de vie des habitants d’une ville, c’est là une raison de plus de s’attaquer à la question de l’offre de logements à Montréal. Bien entendu le nombre de personnes seules justifie la construction de 3½ et de 4½, mais d’autres groupes existent dans la population et le modèle de développement actuel les occulte, les marginalise et les pousse à fuir la ville pour s’établir en périphérie.
Le développement résidentiel devrait se faire selon un portrait global des besoins, pas seulement selon ceux de la majorité ou encore ceux du marché. La carte blanche qui semble être laissée aux promoteurs est la cause de ce manque de variété dans l’offre résidentielle. La spécialisation des promoteurs dans le condo pour personnes seules cause un manque réel de logements, notamment pour les familles. Une logique de quotas imposés aux promoteurs, pour augmenter le nombre de grands logements pour familles construits, serait une piste à réfléchir.