Deux jambons à vélo sur la route des élections présidentielles  : New York !

Pour la campagne présidentielle américaine 2016, Isabelle et Mathieu parcourent, depuis le 20 août, l’est des États-Unis pour aller à la rencontre des électeurs dont l’opinion est rarement entendue. C’est en vélo qu’ils ont décidé d’accomplir cette épopée.

Grâce au réseau Warmshowers (l’équivalent de Couch surfers mais pour cyclistes), ils ont l’occasion de faire des rencontres incroyables! Mais dans le contexte de la profession (le journalisme, pas le cyclisme… quoique…), la pauvreté a joué un grand rôle dans le choix du moyen de transport.

En vélo, c’est quoi la différence entre un faux plat et une côte?

Mettons les choses au clair : un faux plat qui monte, ce n’est pas une côte. Une côte, tu la montes, tu es fier et après tu redescends. Pendant la descente, tu reprends ton souffle. Un faux plat : tu rushes ta vie, tu ne comprends pas trop pourquoi parce que ça ne monte pas vraiment. Et surtout, ça ne redescend pas tout de suite. Zéro avantage.

45 minutes de lente torture. Les poumons asthmatiques d’Isabelle sifflaient comme une bouilloire. Les kilomètres n’augmentaient presque pas. On commençait à trouver ça rough pas à peu près, mais bon, ça fait partie de l’expérience non?

Mathieu qui réŽpare une crevaison, la deuxième de la journéŽe, sur le bon d’une route entre Malta et Stanford.

La très classique “to-do list”

On est deux jambons cyclotouristiques, mais on apprend quand même de nos erreurs et des conseils qu’on reçoit. On a donc décidé d’instaurer une “to-do list” du matin et une “to-do list” du soir, question de moins oublier de trucs et déjouer notre TDAH. Inspecter son vélo y figure en premier, et depuis le Vermont, vérifier la carte de la prochaine ride apparaît en deuxième.

Le 80e kilomètre de la journée approchait, les accotements rapetissaient et les voitures s’impatientaient après une longue journée de travail. On l’a vu venir de loin… elle tournait au sommet – Ze côte!. On a pesé su’a suce comme on dit!

Après une montée essoufflante, rien de mieux qu’une bonne nouvelle sur le téléphone. Barbara, une possible hôte Warmshowers, avait répondu à notre demande. Nous aurions non seulement une place pour dormir, mais aussi du poulet préparé par toute la maisonnée. Seulement 15 kilomètres nous séparaient de cette oasis. “Vérifie donc l’adresse, juste pour être sûr”, m’a dit Isabelle. Bon point!

Google a le don d’annoncer les nouvelles sans aucune “bedside manners”, comme disent les oncologues… Le verdict était tombé sur l’écran de 3 pouces de large et nos yeux, exorbités, chaviraient entre désespoir et colère. On pouvait pratiquement voir la trajectoire du poulet qui nous filait entre les jambes.

Ce n’était pas 15, mais bien 80 km qui nous séparaient encore de notre destination et le soleil se couchait lentement. L’évidence avait gagné, on n’y arriverait jamais. Tortueusement, les mots sont sortis par le combiné pour avouer à Barb qu’on devait décliner l’offre : distance oblige.

“I’m gonna pick you up”, s’est tout de suite exclamée Barb. On s’est croisé à mi-chemin, notre imagination débordante a permis à nos deux vélos et notre matos d’entrer dans son petit 4×4. Comment la remercier pour son immense générosité alors qu’on a un simple “merci” à lui offrir? Barb nous regarde avec l’air complice “been there, done that” et aurait bien aimé être secourue de la sorte.

Barbara qui est venue nous rescapŽerˆ à près de 30 minutes de voiture de son domicile.

Un char, ça avance donc vite! Après presque 2 semaines à vélo, on regardait le paysage défiler tels deux Visiteurs fraîchement propulsés dans le présent.

Anybody but…

Barb habite une magnifique maison de campagne dans la petite ville de Stanford. Sa fille, Emily, qui vient de terminer ses études à l’Université du Vermont y habite aussi avec sa blonde. Elles déménagent dans quelques jours à Denver; Emily y a trouvé un emploi dans son domaine. Elle ne cache pas son soulagement d’avoir été engagée dans un état plutôt progressiste.

Petite maison de campagne ˆà Standford. Vue de la maison de Barbara.

Les jambons repus et propres, la politique a ensuite engouffré tous les sujets de conversation. Ironiquement c’est les membres de la famille qui ont commencé à nous questionner. “Alors, avez-vous rencontré beaucoup de gens qui vont voter pour Trump?”, inquiets et fascinés à la fois. L’idée que Trump puisse être élu les effraie un peu. Pour eux, l’élection de Trump serait en quelque sorte une perte de liberté et de tolérance envers l’autre – un véritable recul – s’il concrétise ses promesses. Voter démocrate semble la seule avenue possible, mais pas par amour pour Hilary : le choix se résume plus à “anybody but Trump”.

Emily, fille de Barbara, durant le repas.

Maison de Barbara, le matin, alors qu’elle nous concocte un superbe dŽéjeuner.

La possibilité de coucher dans un motel les jours suivants s’était fait sentir étant donné le peu d’hôtes Warmshowers dans la région. Ceux qu’on avait ciblés étaient dans la ville de Deposit (nom de marde, on sait!).

On avait vu qu’un des deux motels avait une réputation de puritains… de sèches… de… bon, on s’entend? Ils ne laissent pas les couples non mariés se louer une chambre à deux. On s’était dit que c’était sûrement un canular fait par le seul autre motel du village.

Mais… non.

C’est bel et bien vrai. Finalement pour dormir dans la même chambre, on a simulé un mariage. Et comme dans tout bon mariage, la simulation a été plutôt réussie (lol)! On a eu un rabais sur notre chambre. Et en prime : des conseils maritaux.

Une chose de sûre : on ne se couchera jamais fâchés. Ça l’air qu’il ne faut pas faire ça quand on est mariés…

Deposit Motel, où nous avons dû faire semblant d’être mariŽés afin de ne pas avoir à ˆpayer deux chambres.

Pour lire un autre reportage Deux jambons à vélo : le Vermont

_________________

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

« Restez à la maison » ça veut dire quoi pour ceux qui n’en ont pas ?

«La plupart des gens se disent : qu’on meure aujourd’hui ou demain, qui va s’en soucier?», lance Ray qui fait du bénévolat depuis […]

Dans le même esprit