Dorian Danielsen

Des souriceaux provenant de parents de même sexe, ça se peut  !

Sphen et Magic sont fous l’un de l’autre. Ce couple de pingouins mâles de l’Aquarium de Sydney est inséparable. Ensembles, ils ont construit leur propre nid pour prendre soin de leurs petits. Comme la reproduction chez les parents de même sexe n’est pas si évidente, l’équipe de l’aquarium leur a donné un œuf factice à couver.

La reproduction requiert généralement un mâle et une femelle. Sphen et Magic n’ont donc pas la possibilité de couver des poussins dont les gènes viennent de chacun d’eux. Toutefois, les couples hétérosexuels n’ont plus la chasse gardée de la reproduction : des chercheurs chinois viennent de réussir à faire naître des souriceaux venant de deux mères et d’autres venants de deux pères.

Des gènes pointilleux

La reproduction chez les souris, ou autres mammifères, consiste à combiner une copie des gènes de chacun des parents pour créer le matériel génétique des enfants. Ces copies sont transmises au fœtus par le spermatozoïde et l’ovule. Que faire lorsque les parents sont du même sexe ? En traficotant les gènes des cellules reproductrices, il est possible de créer des hybrides : des spermatozoïdes dont le génome ressemble à celui des ovules et vice-versa !

Le défi ne s’arrête pas là puisqu’il arrive que certains gènes du fœtus, venant de la copie du père ou de la mère, restent silencieux ou éteints. Ce sont des gènes soumis à l’empreinte parentale. Si on considère l’ensemble des gènes du fœtus comme un long texte, on pourrait imaginer la présence d’empreinte parentale comme des pauses silencieuses qui ajoutent une ponctuation pour faciliter la lecture d’un texte dense. En appariant les copies des gènes des parents, la ponctuation doit être placée au bon endroit. Un gène « activé » ou rendu « silencieux » par accident peut être désastreux pour le fœtus.

Une histoire de spermatozoïdes et d’ovules

Pour réussir une reproduction avec deux mères, il faut tout d’abord créer un canevas vierge pour les gènes, soit des ovules sans empreinte parentale. On retire ensuite certains gènes de l’ovule « vierge » pour imiter la ponctuation des spermatozoïdes. Cet hybride, qui fonctionne comme un spermatozoïde, est injecté dans l’ovule d’une souris femelle. Quelques semaines plus tard, des souriceaux en bonne santé naissent!

La procédure se complique pour la reproduction avec deux pères. Le principal problème est que la ponctuation des gènes de la mère est beaucoup plus importante que celle du père et donc plus difficile à reproduire. Un spermatozoïde « vierge » doit perdre sept régions de son ADN pour fonctionner comme un ovule. Il peut alors être combiné avec un spermatozoïde régulier dans un ovule vide de contenu génétique pour créer un fœtus. Ce dernier est finalement transféré dans une mère porteuse qui donnera naissance à un souriceau ! Comme l’empreinte maternelle n’est pas encore parfaitement maitrisée, ce n’est qu’une faible portion des souriceaux qui arrivent à terme comparativement à la reproduction mère-mère.

Ce premier pas vers la reproduction uniparentale montre qu’il est possible de donner naissance à des petits venant de parents de même sexe. Même si la méthode est encore à travailler, elle donne espoir aux couples de pingouins homosexuels qui rêvent de couver leurs propres poussins.

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