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Des solutions à portée de main pour un avenir énergétique durable au Québec
Entretien avec l’expert de l’énergie Pierre-Olivier Pineau.

URBANIA et Énergir s’unissent pour vous faire découvrir à quoi ressemblera l’avenir de l’énergie au Québec.
Production d’électricité provenant à 94 % de l’hydroélectricité, plus de 40 parcs éoliens situés en grande partie le long du fleuve Saint-Laurent, quantités grandissantes de ressources vertes telles que les bioénergies et les gaz naturels renouvelables… Tandis que la question des changements climatiques est sur toutes les lèvres, le Québec peut se vanter d’avoir un bouquet d’énergie renouvelable bien garni et de ne pas dépendre uniquement des énergies fossiles, comme le pétrole et le charbon, extrêmement polluantes.
Rappelons qu’en 2020, le gouvernement Legault a dévoilé son fameux Plan pour une économie verte 2030 (PEV 2030), grâce auquel il souhaite réduire de 37,5 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour ultimement mener le Québec vers la carboneutralité en 2050.
Rappelons aussi que certains géants de l’énergie se joignent à ce combat collectif contre le réchauffement planétaire en exposant leur plan de décarbonation. Dans le cas d’Énergir, responsable de la distribution de 97 % du gaz naturel au Québec, on parle d’une volonté d’atteindre la carboneutralité des bâtiments desservis d’ici 2040 et de l’énergie distribuée d’ici 2050.
Or selon Pierre-Olivier Pineau, professeur au département des sciences de la décision à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, « cette vision commence à prendre forme, mais nous en sommes toujours aux balbutiements du PEV 2030. »
Pineau concède toutefois que la province se situe sur une véritable mine d’or en matière de ressources naturelles, et estime qu’il est primordial de savoir en tirer profit. À ce chapitre, plusieurs solutions, que l’on peut mettre en place pour faire une utilisation durable de nos ressources, s’offrent à nous.
L’efficacité énergétique, ou mieux consommer l’énergie
Alors qu’on anticipe une hausse de la demande d’électricité dans la province – la société d’État prévoit presque doubler sa production d’ici 2050 –, il est impératif, selon Pierre-Olivier Pineau, que les citoyen.ne.s adoptent des comportements moins énergivores au quotidien pour éviter de surcharger le réseau.
À ses yeux, une réflexion généralisée s’impose quant à nos véritables besoins énergétiques afin d’optimiser l’exploitation des sources d’énergie qui consomment le moins.
« En appliquant de meilleures pratiques, on pourrait réduire de moitié notre consommation. L’efficacité énergétique est de loin la “ressource” qui nous enrichirait le plus », souligne Pierre-Olivier Pineau.
En effet, de petites actions peuvent faire une grosse différence, autant pour la planète que pour le portefeuille. Par exemple, on peut réduire sa consommation d’eau chaude, aussi bien dans l’utilisation de ses électroménagers que sous la douche (let’s go, un défi glacial à la Georges Saint-Pierre). À elle seule, l’eau chaude peut représenter jusqu’à 20 % de la consommation d’énergie annuelle d’un ménage.
On peut aussi privilégier les petits électros, comme la mijoteuse ou la très tendance friteuse à air chaud (air fryer), qui consomment jusqu’à 80 % moins d’électricité qu’un four. Pendant les périodes de pointe hivernales, ces simples actions allègent considérablement la pression exercée sur le réseau électrique.
Cela dit, le nerf de la guerre repose sur une utilisation adéquate du chauffage, qui accapare parfois jusqu’à 80 % de la consommation d’énergie quotidienne d’un ménage québécois moyen. « Du côté des entreprises, le potentiel d’optimisation de l’efficacité énergétique n’est pas du tout atteint. Isoler davantage pour ne pas perdre de chaleur en investissant dans des équipements appropriés serait une bonne solution à ce problème, surtout que les pertes de chaleur non valorisées demeurent, et de loin, l’aspect le plus énergivore d’un bâtiment », affirme Pierre-Olivier Pineau.
C’est pourquoi, à titre d’exemple, le chercheur préconise une approche favorisant une complémentarité des énergies pour les bâtiments qui chauffent au gaz naturel, grâce, notamment, à la biénergie électricité-gaz naturel. Selon lui, en électrifiant une partie du chauffage, cette solution permet de consommer la bonne source d’énergie au bon moment et au meilleur coût, tout en réduisant les GES sans mettre trop de pression sur le réseau électrique. Ainsi, le gaz naturel est utilisé seulement par temps très froid, ce qui permet d’atténuer les pointes de consommation.
Miser sur l’éolien et le gaz naturel renouvelable
Bien sûr, l’hydroélectricité restera notre source d’énergie principale – Hydro-Québec confirme son intention d’accroître la puissance des centrales hydroélectriques existantes et, éventuellement, d’en construire de nouvelles –, mais le développement d’un réseau d’éoliennes et du gaz naturel renouvelable (GNR) occuperont une place de plus en plus considérable dans le paysage énergétique québécois, croit Pierre-Olivier Pineau.
Pour l’instant, le GNR ne représente environ que 2 % du gaz naturel distribué au Québec. Toutefois, cette proportion risque d’augmenter ces prochaines années.
La réglementation québécoise impose qu’en 2030, au moins 10 % du gaz naturel distribué dans la province soit de source renouvelable.
Il faut savoir que le GNR, aussi appelé biométhane, provient de déchets organiques et non fossiles, comme les résidus alimentaires et agricoles. « La maîtrise de cette source exige une meilleure gestion du bac brun et de nos matières résiduelles, qu’elles soient d’origine municipale, industrielle, agricole, commerciale ou résidentielle. C’est capital afin qu’on puisse les biométhaniser, c’est-à-dire brûler le méthane plutôt que de le libérer dans l’atmosphère », explique le professeur et chercheur, mentionnant que le développement de cette filière émergente représentera un défi important.
« Cette source d’énergie propose les prémisses d’une économie circulaire et locale où on réutilisera des matières organiques pour en faire du gaz naturel renouvelable. Ça va coûter cher, mais il faut se rendre compte que l’énergie de demain va coûter plus cher, et, par conséquent, qu’il faudra absolument réduire nos besoins énergétiques », résume le spécialiste de l’énergie.
Au même titre que le Costa Rica, qui a reçu le prix de Champions de la Terre 2019 décerné par l’ONU, et le Bhoutan, premier pays au monde à avoir un bilan carbone négatif et qui, grâce à ses forêts, absorbe trois fois plus de CO2 qu’il n’en émet, le Québec a tout ce qu’il lui faut pour être réputé sur la scène internationale pour ses actions contre le réchauffement climatique.
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Pour en savoir plus sur le rôle joué par Énergir dans la mission du Québec vers la transition énergétique, écoutez le balado ludique et hautement informatif En quête d’énergie menée par la comédienne et animatrice Tammy Verge, sur Radio-Canada OHdio.
