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Des milléniaux prennent des « microretraites »

Pourquoi attendre 65 ans pour profiter?

Par
Alexia Boyer
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Depuis plusieurs mois, l’expression « micro-retirement », qu’on peut traduire par « microretraite », circule sur Internet. Elle désigne le fait d’arrêter de travailler pendant plusieurs mois, voire quelques années, alors qu’on est encore loin de l’âge de la « vraie » retraite.

Mais pourquoi ne pas simplement parler de congé sabbatique? Probablement parce qu’il y a plus de points communs entre les membres de la FADOQ et les jeunes microretraités.

À la différence d’autres congés prolongés qui peuvent entrecouper une carrière, comme les congés parentaux ou les congés maladie, la microretraite n’a pas d’autre objectif que de profiter de la vie en prenant du temps pour soi-même et en se concentrant sur ses loisirs. En effet, attendre la fin de sa vie professionnelle pour s’adonner à ces activités, c’est prendre le risque de ne plus être assez en forme pour les apprécier ou de ne jamais pouvoir les faire. D’où, à mon sens, l’idée de « microretraite » plutôt que de congés longue durée.

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Ce n’est toutefois pas la seule comparaison qu’on puisse faire avec la vraie de vraie retraite.

Des activités de retraités

Les amateurs de la « microretraite » insistent sur le fait qu’ils prennent cette pause pour profiter de la vie, et non pour faire un MBA ou toute autre activité destinée à être rentabilisée dans le monde du travail.

Et à quelles activités s’adonnent les gens qui n’ont temporairement plus à se soucier de leur emploi? Pas mal les mêmes que celles de mes parents et de leurs amis officiellement retraités. Voyager, écrire un livre ou encore « se plonger dans la céramique, assister à des concerts et pratiquer le yoga » comme en témoigne une personne sur Reddit.

« Même en ne faisant que me reposer et vivre, je fais beaucoup de choses », raconte une autre.

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Par « se reposer et vivre », la personne entend s’occuper de son enfant quatre jours par semaine, passer davantage de temps avec ses parents vieillissants, lire, faire du sport, cuisiner, faire du ménage dans sa maison, prendre des cafés avec ses amis à l’horaire flexible ou, encore, écouter des séries et rattraper les tendances sur TikTok.

Des REER de vingtenaires

Faire tout ça sans travailler nécessite tout de même un sacré coussin financier. Là où certains planifient leur microretraite plusieurs années à l’avance, d’autres la financent avec leur « Fuck It Fund », soit une somme d’argent mise de côté pour pouvoir démissionner sans hésiter.

Là aussi, on peut trouver des similitudes avec la retraite traditionnelle. En effet, comment appelle-t-on une somme d’argent mise de côté pour vivre? Eh oui, des REER.

Dans le cas des milléniaux, la conjoncture économique semble plus favorable à des fonds de microretraite qu’à d’autres types d’épargne.

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Quand nos parents travaillaient dur dans leur vingtaine pour acheter une maison où fonder leur famille, notre génération voit s’éloigner l’âge moyen d’achat d’une première propriété et de naissance du premier enfant. Il est donc logique que les plus jeunes revoient leurs priorités.

Revoir ses priorités

Au final, prendre une microretraite, c’est faire passer ses envies avant son emploi.

Plusieurs personnes racontent ainsi avoir opté pour une microretraite après avoir traversé une épreuve comme la perte d’un proche ou des problèmes de santé.

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« Mon frère a été tué dans un accident au début de l’année, et l’entreprise dans laquelle je travaillais n’a pas voulu m’accorder de congé », écrit sur Reddit une personne qui a prévu s’accorder une année pour prendre soin d’elle.

Ponctuer sa carrière d’une ou plusieurs microretraites constitue donc une façon de ne pas laisser son emploi prendre le contrôle de sa vie, et de se recentrer sur ce qui compte vraiment pour soi. À l’ère des « jobs à la con » (bullshit jobs), de la culture de l’hyperproductivité (hustle culture), et de l’épidémie de burn-out, de brown-out et de bore-out, ne serait-ce pas un ultime moyen de résistance?

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