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C’est la première fois que je mets les pieds au Marché Jean-Talon depuis le début de la COVID-19. L’endroit, autrefois bondé, est plutôt désert en ce vendredi après-midi, sauf en face du fleuriste Binette et filles où patientent une poignée de gens masqués.
«Je vous demanderais de ne pas entrer dans la boutique», lance en souriant Myriam Binette la copropriétaire de la boutique. C’est qu’elle veut éviter à tout prix les risques de contamination puisqu’elle s’affaire à préparer ses commandes pour la fête des Mères, mais aussi les quelques 300 bouquets qui partiront vers trois CHSLD du quartier pour souligner le travail du personnel soignant.
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À la sortie de leur quart de travail, nos «anges gardiens» comme on aime les appeler, recevront un bouquet du fleuriste qui récolte depuis quelques jours des dons en ligne, lui permettant ainsi d’offrir en cadeau des fleurs en aussi grande quantité. «À chaque dollar que l’on reçoit, on met un dollar de notre poche. On a accumulé près de 5000$ jusqu’à présent, presque sans effort, tellement la réponse est grande», se réjouit l’administrateur Patrick Bessette qui coordonne le tout avec le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, notamment.
Des mots écrits par les clients ornent également quelques un des bouquets de fleurs. «Merci au personnel dévoué de combattre avec coeur et volonté. Sans se voir, on pense à vous à tous les jours et on vous envoie des ondes infinies d’amour», pouvait-on lire sur un petit carton signé par une certaine Marianne. De quoi mettre un peu de chaleur dans cette journée étrangement frisquette pour un mois de mai.
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L’idée germait depuis longtemps dans la tête de l’équipe du marchand de fleurs. Lorsque le gouvernement a fermé tous les services non essentiels en mars dernier, ils ont eu trois semaines pour tout mettre en branle. «Tous nos fournisseurs étaient arrêtés, mais on se disait, il faut faire notre part à la fin de tout ça», relate-t-il. Et leur part, ils la font en ciblant les CHSLD qui sont atteints par la COVID-19.
Patrick Bessette explique la procédure de livraison à des bénévoles.
Submergé par l’engouement qu’a suscité sa publication sur la recherche de bénévoles, Patrick a dû se limiter à 10 pour aujourd’hui. «J’aurais pu noliser un autobus de bénévoles si j’avais voulu», rigole-t-il.
Implication citoyenne et parascolaire
Matéo et Nathalie, prêts pour la livraison!
Livrer et se faire lancer des fleurs
«Vous allez où avec ses belles fleurs», demande une passante alors que je m’affaire à sortir les bouquets de ma rutilante Civic. En lui expliquant l’initiative ses yeux se remplissent d’eau. «Ma mère est ici, et c’est la fête des Mères en fin de semaine. Je ne peux pas aller la voir. C’est vraiment gentil votre part de venir distribuer des fleurs», souligne-t-elle la gorge nouée.
Un scénario qui se répète quelques minutes plus tard lorsqu’une femme, venue faire ses adieux à sa mère, nous croise à sa sortie du CHSLD. Virginie et Sarah-Ève lui offrent de prendre un bouquet. «Choisissez celui que vous voulez!» Elle les observe un instant. «J’essaie de choisir celles que ma mère aurait aimées. Je parle au passé. Elle est encore là, mais…» Elle s’arrête, trop émue pour poursuivre la discussion.
Les deux bénévoles réalisent qu’elle est probablement venue dire au revoir à sa mère en fin de vie. «On ne peut pas voir nos sourires à travers nos masques, mais on ne peut pas cacher nos larmes», laisse tomber Sarah-Ève qui n’est visiblement pas habituée à ce genre de scène. Personne ne l’est jamais vraiment.
3h30, le personnel quitte les lieux. Préposées aux bénéficiaires, infirmiers, médecins et les techniciens en loisirs qui assurent les rencontres virtuelles entre les résidents et leur famille, tous repartent avec un bouquet, touchés par cette petite attention.
«Je vais vous faire de la pub sur Facebook, on doit tous s’entraider pendant la crise», dit une infirmière. Comme quoi un ange gardien, ça ne prend jamais vraiment congé.
Dans les trois établissements ciblés aujourd’hui, pas question d’entrer à l’intérieur avec les fleurs. C’est un risque de contamination supplémentaire. À la sortie du CHSLD, la dizaine de bénévoles venue aider les fleuristes invite le personnel à prendre un bouquet pour ramener un peu de soleil et de couleurs à la maison. «Pour l’instant, ce sont principalement des fleurs d’importation, mais on travaille avec des fermes locales pour que dans quelques semaines je puisse aller livrer du lilas», fait savoir Patrick rappelant la symbolique autour des lilas et des pivoines chez les personnes âgées.
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Nathalie et son fils Matéo ont réservé leur vendredi après-midi pour donner un coup de pouce à leur fleuriste de quartier. «Je n’ai pas les capacités pour travailler en CHSLD, explique Nathalie. Si je peux faire plaisir au personnel soignant, c’est la moindre des choses.» Matéo lui, devrait être à l’école, mais le secondaire ne reprendra pas avant la fin de l’année. «Chaque avant-midi, on fait les leçons et l’après-midi, on fait des activités parascolaires», précisant que la discipline est plus difficile et qu’il est nécessaire de trouver un équilibre.
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Je suis assignée au CHSLD Paul Gouin avec deux colocataires dans la mi-vingtaine, Virginie et Sarah-Ève. La première est en arrêt puisqu’elle travaille en service à la clientèle et que son asthme la met trop à risque pendant la pandémie. La deuxième vient de compléter sa maîtrise en architecture et a toujours ses vendredis off. Leur troisième coloc travaille en CHSLD, au Manoir-de-Verdun où j’ai passé une semaine comme aide de service. «On n’est pas sur le terrain comme elle, c’est donc notre manière de faire notre part», note Virginie qui a vu passer la demande de bénévoles alors qu’elle se cherchait des fleurs chez le marchand local.
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