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Des Contes pour tous… pour toujours

Rock Demers est peut-être parti, mais ses films vivront longtemps dans nos souvenirs d'enfant.

Par
François Breton-Champigny
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«La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal!» Cette phrase légendaire lancée par Ti-Guy Lalune, personnage du tout aussi légendaire film La guerre des tuques, a marqué des générations de Québécois qui ont goûté à la magie des Contes pour tous, une série de 24 films orchestrée par Rock Demers, célèbre producteur et «grand-père» du cinéma jeunesse québécois qui s’est éteint plus tôt cette semaine.

On a récolté des témoignages de gens pour qui la série a été marquante de près ou de loin au courant de leur vie pour rendre hommage à ce monument de la culture d’ici.

Harry Marciano, Charles dans Bach et Bottine et propriétaire du restaurant Taza Flores

Sa mort m’a replongé dans plein de souvenirs liés au tournage du film. Je me rappelle qu’il me donnait 20$ par jour pour mes dépenses de bouffe, que je ne dépensais presque jamais, puisqu’il nous emmenait souvent manger sur son bras.

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À un moment donné, il s’en est rendu compte et m’a demandé si je gardais les 20$. Je lui ai dit que oui et il m’a dit que c’était smart de ma part et que j’avais déjà de bons réflexes qui me mèneraient loin. J’avais 12 ans et c’était la première fois qu’un adulte me faisait autant confiance et m’accordait autant d’indépendance. Sans être dans le cliché, cet homme était un ange avec tout le monde. Un gros nounours rassurant et bienveillant.

Avec du recul, je réalise à quel point j’ai été choyé de participer à cette expérience. Je me fais encore parler à ce jour de Bach et Bottine et ça fait toujours un petit velours.

Je crois que les Contes pour tous ont autant marqué les gens parce qu’ils faisaient écho à de vrais jeux d’enfants qu’on avait et dépeignaient des réalités que tout le monde connaissait.

Évelyne Charuest, chroniqueuse et animatrice

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Après avoir vu La Grenouille et la Baleine, je me suis mise à tripper fort, fort, fort sur les cétacés. Je lisais et consommais beaucoup de contenu sur le sujet pendant un bon bout de temps.

J’avais aussi une admiration sans bornes pour Fanny Lauzier et sa tignasse rousse. Je la trouvais belle, forte et courageuse. D’ailleurs, je crois que ça a déclenché un crush généralisé sur les roux puisque j’ai eu des chums roux par la suite!

Une des scènes qui m’a le plus marqué est la fin du film, lorsque Daphné (Fanny Lauzier) fait un solo de flûte comme ultime au revoir à ses amis les baleines. Je suis allée sur la Côte-Nord en voyage par la suite et je me suis rappelée immédiatement du film et de son influence bénéfique pour moi.

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Alexandre Cadieux, responsable du centre de documentation au Centre des auteurs dramatiques

Pour des gens de mon âge, le décès de Rock Demers est un deuil pour notre culture, mais aussi pour une partie de notre enfance.

Il a marqué les esprits en faisant le pari que les enfants étaient capables de vivre et comprendre des émotions complexes à travers ses films qui sortaient des carcans de ce que l’on voyait habituellement.

Sarah-Maude Beauchesne, auteure, scénariste et réalisatrice

Comme beaucoup de gens de mon âge, j’ai grandi en regardant les classiques comme Opération beurre de pinotte et La guerre des tuques. Mais celui qui m’a le plus marqué est La Championne. À l’époque, je faisais de la gymnastique et ce film montrait le rêve ultime qu’une gymnaste peut espérer vivre. C’est un coming of age qui m’a autant influencé en tant que gymnaste que comme auteure dans mes récits relatant l’adolescence.

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C’est sûr que certains aspects ont un peu moins bien vieilli, comme le fat shaming dans quelques dialogues et la quête de la perfection, mais il reste que le message général derrière, lui, est encore à propos.

Marc-Antoine Jacques, directeur artistique chez Folklore

J’étais à la maternelle et j’ai gagné un billet pour le film Bach et Bottine. Je ne me pouvais plus, j’allais enfin aller dans une vraie salle de cinéma comme les cools. Mais, mes parents ne pouvaient pas y aller avec moi, ils n’avaient pas le temps. Mon rêve était brisé.

Mon grand frère de 13 ans s’est ensuite offert de m’amener voir le film, avec ses amis. C’était encore mieux que le rêve. J’ai fait partie de la gang des grands et je suis allé au cinéma.

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Je n’ai rien compris du film. C’était pour moi de belles images qui défilaient, mais je n’ai rien compris. La première scène était trop fucked up. Mais j’étais tellement heureux d’être là.

Laïma, journaliste chez URBANIA et chroniqueuse à Ici Première

Quand j’étais enfant, j’étais obsédée par La Grenouille et la Baleine, que j’avais en copie VHS bien sûr. Je rêvais d’avoir les cheveux roux comme Fanny Lauzier (l’actrice principale) et de faire du zodiac sur le fleuve, la chevelure au vent.

Je me souviens que je prenais la flûte à bec de ma grande soeur, les cache-oreilles de construction de mon père (pour faire comme des écouteurs), un grand bol à salade dans la cuisine et je « jouais de la flûte » par-dessus le bol en m’imaginant que je communiquais avec les baleines. J’ai dû casser les oreilles de toute ma famille tellement de fois! (Désolée!)

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