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Dépasser son écoanxiété sur les réseaux sociaux, mission impossible?
URBANIA et ENvironnement JEUnesse s’allient pour vous montrer que si les réseaux sociaux peuvent faire déprimer toute personne sensée et sensible à l’écologie, ils peuvent aussi vous permettre de passer à l’action.
À l’heure des réseaux sociaux, ne pas être au courant des enjeux climatiques et environnementaux, c’est faire preuve de mauvaise foi… ou vouloir se fermer les yeux.
Entre les stories de votre ami.e militant.e, les demandes de financement participatif, les appels à l’action individuelle de votre grand frère ou grande sœur, les médias qui s’efforcent de survivre malgré l’interdiction de Meta de publier leur contenu sur Instagram et Facebook, les sources d’informations sur l’environnement sont nombreuses.
Le problème, c’est que parfois, ça peut être un peu dur d’encaisser toutes ces informations et de savoir quoi en faire…
Mais il est possible de réagir face à l’écoanxiété et de passer à l’action, en faisant en sorte que les réseaux sociaux deviennent des alliés – des alliés à manipuler avec précaution, cela dit.
Comprendre le problème
Le principal intérêt des réseaux sociaux, c’est qu’ils peuvent nous aider à comprendre le problème. En s’abonnant aux pages de différents groupes, médias et autres, chacun.e peut développer sa compréhension des enjeux environnementaux et climatiques.
C’est ce qu’a fait Simon, militant au Front étudiant d’action climatique. « Depuis mon adolescence, la lutte contre les changements climatiques est une de mes principales préoccupations, mais à l’époque, je ne savais pas comment m’y prendre. C’est durant la pandémie que j’ai pris le temps de contacter des gens, comme des chercheurs, via les réseaux sociaux, et de m’informer pour comprendre les enjeux spécifiques au Québec », explique le militant.
Les personnes engagées font toutefois face à un enjeu de taille pour renseigner la population, maintenant que Meta empêche les médias de publier sur ses plateformes. Quentin, 25 ans et membre de L’Écothèque, un groupe de mobilisation liée à la crise climatique, essaie de compenser cette absence :
« On utilise les réseaux sociaux pour partager des informations sur plusieurs luttes différentes, de la Palestine aux luttes LGBTQIA+ en passant, bien entendu, par l’environnement. On partage des liens vers des articles, pour informer les gens via des stories, par exemple. »
Le problème des informations transmises via les réseaux sociaux, c’est qu’elles sont parfois simplifiées et donc encore plus anxiogènes, nuance Justine, 25 ans, qui est devenue journaliste notamment pour couvrir les enjeux environnementaux et qui réalise des interventions sur la pratique informationnelle via les réseaux sociaux dans les écoles primaires et secondaires.
« Personnellement, je n’aime pas suivre les infos environnementales sur Instagram, parce que c’est hyper alarmiste, avec des carrousels, des phrases choc, et l’info va juste être déprimante. Je préfère creuser le sujet, pour en saisir la complexité, en lisant des articles de journalistes spécialisés. Je préfère garder Instagram pour la détente, et c’est ce que j’essaie de véhiculer dans mes formations d’éducation aux médias. »
Accepter la surcharge émotionnelle
Le véritable enjeu, c’est de faire en sorte que cette phase de recherche d’informations ne nous paralyse pas. Entre les commentaires climatosceptiques, les mauvaises nouvelles liées au climat et à la biodiversité, les stories de mon oncle Jean-Guy, qui fait rugir son moteur parce que « le climat se réchauffe pas », on peut vite avoir envie d’aller regarder une vidéo de chat pour compenser…
Pour Quentin, il faut accepter de voir ces choses et s’en servir comme moteur : « Oui, les images sont choquantes, les informations sont dures, mais c’est la réalité de notre monde : si on ressent de l’écoanxiété, c’est normal. Mais ça relève de la psychologie, du personnel. Les médias parlent parfois trop en mal de l’écoanxiété, alors qu’il faut l’accueillir et s’en servir pour agir. » Même son de cloche du côté de Simon.
« Le meilleur remède à mon écoanxiété, et à l’écoanxiété de beaucoup de gens autour de moi, c’est l’action. Si on agit, on se sent déjà mieux », résume le militant.
À l’inverse, Instagram, Facebook ou encore TikTok peuvent faire croire que l’engagement n’est plus nécessaire, en donnant l’impression que la lutte est fortement partagée sur les réseaux sociaux. Justine, journaliste, insiste beaucoup sur ce sujet lors de ses formations au primaire et au secondaire : « Il faut faire attention aux publications qu’on voit sur nos fils d’actualité, savoir que c’est un algorithme qui les choisit, pour ne pas penser que ce qu’il y a sur les réseaux est le reflet exact de la réalité. Ce n’est qu’une partie de la société, et tout le monde n’est pas écolo ou féministe parce que notre fil d’actualité est rempli de ce type de publications. »
Du scroll à l’action
Pour amorcer l’action, les réseaux sociaux sont des moyens très puissants. Les personnes engagées pour l’environnement ou d’autres causes les utilisent pour informer, mais aussi pour se coordonner, pour organiser des événements, pour échanger des idées et pour comprendre ce qui se fait ailleurs. De cette manière, l’action virtuelle peut avoir un impact très concret.
Simon, par exemple, a utilisé les réseaux sociaux pour interpeller le gouvernement sur le projet de gaz naturel liquéfié de GNL Québec. « On a mis en place une plateforme avec d’autres associations, pour faciliter au maximum la participation des gens aux audiences publiques sur le projet GNL. Résultat, il y a eu un nombre record de participations et ça a donné une voix à des gens qui n’auraient peut-être pas participé sinon. Les réseaux sociaux ont vraiment permis de faire une différence », raconte le militant. Le gouvernement a d’ailleurs fini par abandonner ce projet climaticide.
Publier sur les réseaux permet aussi d’être repérés par des journalistes et d’amplifier la portée de la lutte, rappelle Justine.
« Les réseaux sociaux peuvent m’aider à trouver de nouveaux sujets à traiter. Les militants partagent beaucoup de nouvelles liées aux enjeux et aux luttes climatiques, ça me permet d’être informée s’il y a un rassemblement ou une manifestation, en plus des boucles Telegram et Signal. »
Si les réseaux sociaux peuvent être des alliés, la lutte pour l’environnement ne se résume pas à ça, rappelle Quentin. « C’est plus facile de faire un post que d’aller sur le terrain et de parler avec les gens, mais des études démontrent que pour faire de la sensibilisation, c’est important de passer par le réel : les réseaux sociaux rendent la lutte accessible à beaucoup de gens, mais ce ne sont pas des relations directes, donc c’est moins engageant », souligne le membre de L’Écothèque.
Parce qu’être engagé pour le climat et partager des stories, c’est un bon début, mais après, il faut s’en servir pour faire entendre sa voix dans les rues pour interpeller les gouvernements, agir au quotidien dans sa communauté, de l’école à la famille, bref, agir dans le réel.
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Donc, si jamais cet article vous a incité à passer à l’action, vous pouvez aller voir du côté d’ENvironnement JEUnesse, l’organisme à un programme dédié aux jeunes de 15 à 29 ans, pour les soutenir dans leur mobilisation et le développement de projets environnementaux.