Se dénuder dans les rues de Montréal avec le photographe Jordan Matter

ou ce qu’on ne ferait pas pour l’art

Élisabeth Desbiens est réalisatrice, moi interprète en danse et journaliste. Elle m’a écrit au printemps passé pour me dire que Jordan Matter serait en ville : “Il vient terminer sa série Dancer in the dark à Montréal, je vais le contacter pour tourner une capsule web, peux-tu me donner un coup de main pour mener les entrevues?” J’ai accepté sans hésiter.

Le photographe new-yorkais a réalisé des clichés dans les plus grandes villes du monde et ses images de danseurs en train d’exécuter un grand jeté au milieu de gratte-ciels font le tour du web. Ses photos ont un petit côté kitsch, mais elles surprennent et elles fascinent par leur composition improbable et leur simplicité. C’est un plaisir coupable, du bonbon pour l’œil.

Tempête et illégalité

Le 6 avril, à l’occasion de la dernière tempête de l’année, on a enfilé notre meilleur kit d’hiver pour suivre un personnage extravagant accompagné d’artistes passionnés, assez game pour se faire prendre en photo illégalement dans les rues de Montréal.

Jordan nous a donné rendez-vous au Tim Hortons sur De Maisonneuve. Il a une démarche singulière, c’est en grande partie ce qui fait sa renommée. Il se présente à l’improviste dans une ville, lance un appel sur les réseaux sociaux et demande aux artistes qui y répondent de venir le rejoindre pour se déshabiller et poser sous les lumières des vitrines. Il mise sur la spontanéité et la collaboration pour réaliser ses portraits. Bien que le concept puisse sembler pervers, le résultat est loin de l’être.

Jordan Matter et le risque

Jordan aime le risque, peut-être autant que photographier. Je l’ai beaucoup observé cette nuit-là; se faire prendre par des policiers ne lui faisait pas peur, on aurait même dit que ça lui donnait un high pour oser plus et flirter avec les limites de l’interdit.

Vers minuit je commençais à me dire qu’un peu plus de préparation n’aurait pas fait de mal… On arrivait devant une bâtisse, Jordan essayait quelques prises et décidait de rester ou de continuer à errer dans la ville jusqu’à la prochaine révélation. Avec du recul et en discutant avec lui en fin de tournage, je me suis rendu compte que sa démarche était parfaite ainsi, que c’est justement ce lâcher-prise et cette confiance en l’inattendu qui lui permettent d’accomplir de grandes choses. Et c’est un peu ça qu’il veut partager avec son nouveau livre Dancers after dark qui sortira en octobre prochain.

“C’est une série sur la réalisation de nos ambitions et la poursuite de nos rêves. C’est la magie de la nuit — quand nos rêves se manifestent — que j’essaie d’immortaliser avec ma caméra.” — Jordan Matter

En espérant que cette courte vidéo vous transporte dans son univers et dans cette nuit toute spéciale au cœur de Montréal.

 Pour lire un autre reportage sur la photographie : “Portraits et grands espaces”

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