Si on oublie la température inhospitalière à laquelle on a droit cette semaine, on se souvient qu’en temps normal, l’Halloween est la soirée de l’année où les rues et trottoirs de nos quartiers sont envahis de dizaines d’enfants pour qui l’espace public devient, pendant quelques heures, un grand terrain de jeu, le lieu d’une chasse aux trésors fort profitable.
D’un point de vue d’adultes et de justiciers, ce qu’on observe pendant cette soirée prend une toute autre perspective que ce que peuvent ressentir nos plus jeunes concitoyens. L’effet rassembleur d’une fête comme celle-là provoque au sein des quartiers l’émergence spontanée d’un véritable esprit de quartier. Le prétexte de la quête aux friandises amène les habitants d’un quartier à s’ouvrir les uns aux autres, à échanger et à prendre collectivement contrôle de l’espace public, pour le simple plaisir des plus petits.
Nous l’avons vu à la puissance 1000 le printemps dernier pendant le mouvement des casseroles, il ne manque qu’un projet collectif, qu’une idée rassembleuse pour que nos quartiers, nos voisins, nos rues perdent en un instant leur anonymat et se retrouvent au coeur d’un processus aussi spontané que structurant de redéfinition de l’espace public (autant sur les plans physique que social et politique).
Le soir de l’Halloween, les quartiers appartiennent aux enfants. La sécurité des rues devient alors la priorité absolue de tous. Citoyens, municipalités, policiers sont mobilisés autour de cet objectif. Tout comme les enfants qu’elles accueillent, les rues de la ville se déguisent. Elles deviennent un milieu de vie rassembleur, accueillant, convivial et sécuritaire.
L’exemple de l’Halloween n’est qu’une démonstration comme une autre du pouvoir collectif qui repose entre les mains des habitants d’un quartier. Si on réussit, un soir par année, à transformer tout un quartier en terrain de jeu accueillant pour les enfants, il est illusoire de penser que la mobilisation citoyenne ne peut pas réussir à en faire autant, sinon plus, autrement.
En déguisant la ville, en la transformant, petit à petit, à ce qu’on veut qu’elle soit, elle le devient. Peindre une traverse piétonne là où il serait souhaitable qu’il y en ait, coller des dessins d’arbres et d’arbustes sur la clôture rouillée d’un parc, afficher l’illustration d’une façade neuve sur le devant d’un local désaffecté… Partager, en déguisant la ville, ce qu’on aimerait la voir devenir.
Ce type d’action éveille les consciences, a un effet mobilisateur, interpelle les autorités et suscite le débat public. C’est par la force du nombre que la ville se transforme. Le premier enfant qui a décidé de passer l’Halloween le savait.