Logo
Critique Dead Man’s Wire

« Dead Man’s Wire » et la nouvelle nostalgie de Gus Van Sant

Puiser son courage dans le passé.

Publicité

Ça faisait sept ans que Gus Van Sant n’avait pas fait de film. Dix-huit ans depuis son dernier film important, Milk, paru en 2008. Ce serait un euphémisme de dire que le monde a beaucoup changé depuis.

À l’âge vénérable de 73 ans, le réalisateur de My Own Private Idaho, Good Will Hunting, Elephant, Last Days et Paranoid Park, pour ne nommer qu’eux, est encore farouchement lui-même. Un peu à l’ouest des tendances commerciales dominantes, tout en demeurant connecté à son époque. Dead Man’s Wire se veut un élan de nostalgie pour le cinéma d’auteur des années 1970 qui arrive à point, nous insufflant une bonne dose de courage et d’inspiration pour espérer un futur meilleur.

Basé sur une histoire vraie, Dead Man’s Wire suit Tony Kiritsis, un homme désabusé s’estimant opprimé par un système prédateur qui perd la tête et trouve la solution la plus américaine possible à ses problèmes : la violence. On est dans le cinéma contestataire à la Dog Day Afternoon (1975) où un protagoniste refuse de souffrir sous les rouages du capitalisme sauvage, sans pour autant faire de fausses promesses à son public.

Publicité

Bref, c’est exactement le coup de pied au cul dont on a besoin en 2026.

Reculer pour mieux aller de l’avant

Le film de Gus Van Sant emprunte délibérément des codes de réalisation rigides et désuets afin de créer une distance idéologique avec le marché du cinéma contemporain. Contrairement à la nostalgie de Stranger Things, celle de Van Sant n’est pas fluo, mais bien brun préfini comme le sous-sol de vos parents en 1977 et tout le monde a l’air de puer la tope. Les scènes de Dead Man’s Wire sont longues, angoissantes et ultra-réalistes.

Bill Skarsgård et Dacre Montgomery interprètent avec justesse ce moment de haute tension entre un homme un peu instable issu de la classe ouvrière (Skarsgård) qui pète les plombs et un autre, privilégié, qui se retrouve en situation d’extrême vulnérabilité pour la première fois de sa vie (Montgomery).

Van Sant crée un espace où les deux hommes se retrouvent dépouillés de leur statut social et l’exercice est foncièrement inconfortable parce qu’il nous rappelle une vérité fondamentale : les inégalités sociales sont maintenues en place par des humains qui en bénéficient.

Publicité

En surface, tout ça peut sembler bien rudimentaire, mais ce dévouement à une esthétique contestataire arrive à point dans un paysage culturel de plus en plus cynique et opportuniste. Van Sant n’instrumentalise pas le propos et ne transforme pas Tony Kiritsis en héros populaire. Il illustre plutôt la faillite du rêve américain et les mécanismes qui incitent à la violence afin que perdure l’oppression.

Pas beaucoup de films ou de séries le font avec autant de sobriété et de sincérité. Comme quoi, on peut piger dans le passé un peu d’inspiration pour affronter le futur.

Publicité

Nostalgie 2.0

Ceci dit, Dead Man’s Wire n’est pas exactement un changement de paradigme. C’est l’exemple le plus clair et probant d’une nostalgie plus totale qui s’installe dans notre culture depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.

Un désir de retour aux sources, vers une époque qu’on perçoit comme plus simple et où nous ne sommes pas aussi sollicités qu’aujourd’hui. La génération Z a décidé de reculer l’horloge vers 2016 (les derniers mois pré-Trump), les millénniaux souhaitent redevenir analogiques, les plateformes de visionnement en ligne perçoivent une demande pour des formats télé moins sophistiqués, il n’est désormais plus question de trouver du réconfort dans le passé, mais bien de le réinvestir.

Publicité

À mon avis, Dead Man’s Wire est un nouveau pas dans cette mouvance en donnant une nouvelle vie au film d’auteur des années 1970. L’intérêt envers des créateurs engagés avec des voix fortes et féroces comme Ari Aster, Robert Eggers, Yorgos Lanthimos ou Emerald Fennell le prouve. Van Sant saisit cet intérêt et lui donne une vocation, celle de retrouver l’esprit combatif d’une époque tourmentée qu’il a lui-même connue jadis. Je ne qualifierais pas Dead Man’s Wire de chef-d’œuvre à proprement parler, mais il est indéniable qu’il ouvre une porte vers un futur artistiquement plus intéressant. À voir si d’autres suivront.

Dead Man’s Wire sort en salle le 16 janvier. S’il s’agit d’une période traditionnellement moribonde pour le cinéma, le dernier film de Van Sant vaut la peine de braver le froid.

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi