Les choses vont bien pour Mathieu David Gagnon. Très bien, même.
Cette semaine, sa pièce Petit piano – issue de son premier album intitulé Volume I – est apparue dans une campagne publicitaire pour la marque de luxe Louis Vuitton mettant en vedette le faux cuistot favori de la planète Jeremy Allen White et le rappeur Pusha T.
Une consécration commerciale absolue pour celui qu’on connaît sous le nom de Flore Laurentienne. Actif depuis 2019 seulement, il compte déjà trois albums à son actif, quatre si on compte Volume III qui verra le jour le 10 avril prochain.
Croyez-le ou non, Louis Vuitton n’est pas la première collaboration du discret musicien avec une marque de luxe.
« Fleuve No. 1 avait joué en ouverture du défilé Chanel de la semaine de la mode de Paris en 2020 », confie Gagnon par visioconférence, en direct de sa forteresse musicale du Bas-Saint-Laurent. « Elle avait été suivie par une pièce de Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead. C’était un beau feeling. »
Heureux de voir sa musique rayonner à l’international, il ne perd cependant pas de vue l’essentiel. Si la réponse à sa musique est aussi positive, tant sur le plan commercial que créatif, c’est parce qu’il s’y voue corps et âme. Une campagne publicitaire de Louis Vuitton, ça ne change pas le monde, sauf que…
Comment se retrouve-t-on dans une campagne publicitaire de produits de luxe?
« J’ai toujours un petit dilemme à ce que ma musique soit utilisée par une marque, surtout quand j’ai fait le choix de ne faire aucun compromis. Je vois ça comme une opportunité de la faire voyager un peu plus loin, mais tu peux pas écrire en visant des choses comme ça. C’est vraiment un gros et heureux hasard », raconte Gagnon.
C’est son étiquette de disques américaine RVNG qui a été contactée par des représentants de la maison française. Gagnon ignore toutefois où exactement ils ont entendu sa musique. « Ces compagnies-là ont des gens qui passent leurs journées à réfléchir à l’identité visuelle, sonore ou même olfactive de la marque. Ils font probablement beaucoup de recherches », suppose-t-il.
Le compositeur de 37 ans ne s’octroie toutefois pas tout le crédit qu’il mérite. Libérée de la barrière de la langue, sa musique voyage et se fait remarquer. Flore Laurentienne s’est déjà produit en Europe et se prépare à y retourner au printemps avec son quatuor à cordes pour une tournée qui les mènera de Prague à Bruxelles en passant par Londres, la Suisse et la France. Il a aussi fait la première partie de grands noms américains de la musique instrumentale comme William Basinski et le saxophoniste Colin Stetson, à qui l’on doit d’ailleurs plusieurs bandes originales de film.
« Quand je regarde mes statistiques, l’endroit où ma musique est la plus consommée, c’est au Royaume-Uni », affirme Gagnon.
Le 11 avril prochain, il se produira d’ailleurs au célèbre Royal Albert Hall à Londres. « Dans la petite salle », s’empresse-t-il de préciser avec humilité.
Chaque soir, Gagnon performe sans filet. Sans soutien technologique. L’expérience est analogue et différente chaque soir. Même s’il joue les mêmes pièces avec ses musiciens, Mathieu David Gagnon se fait un devoir de le faire différemment afin d’offrir une expérience unique à chaque public qui se déplace pour venir le voir.
Philosophe, il se concentre sur les prochains défis qui l’attendent. « C’est certain que ça ne changera pas ma façon de travailler. J’espère juste que ça aidera le monde à mieux se connaître musicalement et à définir leurs goûts. Petit piano est une de mes pièces les plus accessibles, mais si elle peut intéresser les gens à un projet plus dense comme Huit tableaux, ce sera toujours ça de gagné. »
Tout le monde aime Flore Laurentienne
Quel est le secret du succès tant sur le plan créatif que commercial de Mathieu David Gagnon?
« C’est une bonne question. Je pense, d’abord et avant tout, que je fais mon métier pour les bonnes raisons. Parce que j’aime ça », s’aventure-t-il, entouré d’une quantité impressionnante de synthétiseurs.
« J’aime les mélodies, les harmonies. Ma musique est simple, aussi. Je pense qu’elle s’apprécie intuitivement et qu’elle a un côté lumineux qui semble plaire à beaucoup de monde. »
C’est ce petit côté lumineux qui le sépare de ses contemporains plus introspectifs ou mélancoliques comme, disons, William Basinski. Celle de Flore Laurentienne est à la fois intègre et assez évocatrice pour charmer les inconnus. Elle est un caméléon sonore qui s’adapte à plusieurs contextes émotionnels.
Pourtant, on a bien failli ne jamais l’entendre. C’est l’émergence de Jean-Michel Blais et Alexandra Stréliski qui a convaincu Mathieu de se lancer. « Pendant longtemps, j’ai pensé que mes compositions n’intéressaient personne. C’était quelque chose que je faisais pour moi. Leur succès a été un élément déclencheur pour moi », précise-t-il.
Le style de Gagnon diffère cependant de celui des deux pianistes néo-classiques. À la base, Mathieu tire son inspiration de groupes de rock progressif comme Yes, Emerson, Lake and Palmer et Deep Purple. C’est cependant lorsqu’il a découvert l’album Switched-On Bach de la compositrice américaine Wendy Carlos (la dame qui signe la terrifiante musique du tout aussi terrifiant film The Shining) que le déclic s’est fait. « Découvrir Bach a vraiment changé ma trajectoire. J’ai beaucoup étudié la musique classique, mais j’ai toujours été mauvais élève. J’ai toujours juste pris ce qui m’intéressait et laissé faire le reste », raconte Mathieu avec un sourire en coin.
Pour se rendre aux quatre coins de la planète, y compris dans l’univers de Louis Vuitton, le secret de Mathieu David Gagnon aura été de demeurer dans le moment et dans la musique, le plus près des conditions créatives qui l’ont rendu populaire. C’est ça, l’essence de son succès et il la comprend très bien. « J’ai beaucoup de chance de vivre de ma passion. Je n’ai pas besoin de plus que ça dans la vie. Mon plaisir à moi, c’est d’amener les gens d’une musique plus conventionnelle vers quelque chose qu’ils n’auraient jamais écouté auparavant et j’ai le bonheur de pouvoir faire ça. »

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