June Barry

De la lutte queer

Oui, ça existe pis ça kick des culs

Quand je dis lutte, tout de suite nous vient à l’esprit la face de The Rock, une baffe d’odeur Speedstick, une foule de dudes en délire qui appellent à la violence et un peu de lycra, beaucoup de lycra. Quand je dis lutte New Age d’inspiration féministe avec un penchant pour la science-fiction, que vous vient-il à l’esprit?

Pour le savoir, nous sommes allés au Sacred Square, un loft fantasque niché dans un sous-sol au centre-ville où se déroulent notamment des spectacles de luttes queer **non, Cœur de Pirate n’y était pas :-(**. Pis, pis, c’était crazy.

Sérieusement, je n’ai jamais vu un truc pareil! Un théâtre expérimental, à mi-chemin entre Shakespeare et Madonna, une crowd colorée, l’œstrogène dans le tapis,  un lutteur déguisé en David Bowie, un DJ de feu, des voix off diaboliques, un pole dance planté dans les gradins, des combats épiques qui quittent le ring et qui se mêlent à la foule, une ambiance électrique, du pow pow boudoum pchhh, du kitsch, et surtout, du lycra, beaucoup de lycra.

Rencontre avec trois lutteuses badass qui font trembler Dwayne Johnson, j’ai nommé Sky, Tanya et Hannah.

Comment devient-on lutteuse?
Sky : La plupart des gens sont déjà des lutteuses qui s’ignorent – avec le sexisme, l’homophobie, le body-shaming, le slut-shaming, le racisme, le classisme, puis tout ce qu’on confronte tous les jours, l’esprit de lutte est déjà en nous. Pour passer de lutteuse idéologique à lutteuse sur un vrai ring, ça prend énormément de dévouement, d’entrainement, d’imagination, de créativité, d’humilité, d’amitié et d’amour. Si on est prêt à mettre cet effort physiquement, émotionnellement et intellectuellement, alors tout le monde peut devenir lutteuse!

Qui a eu l’idée d’intégrer un pole dance dans le spectacle?
Sky : Nous voulons être plus qu’un simple spectacle de lutte classique. On souhaite concevoir des shows qui intègrent et qui mettent en valeur les divers talents des gens impliqués. Par exemple, il y a plusieurs collaborateurs parmi nous qui ont de l’expérience/étude en théâtre, donc nos spectacles sont très théâtraux.

Dans mon cas, je fais du pole dance et d’autres pratiques de cirque aérien depuis plus de 7 ans. Donc, quand j’ai dit à Tanya et Hannah que je voulais en faire, tout le monde était super enthousiaste et encourageait entièrement ma créativité. Elles m’ont même aidé à monter mon numéro de pole dance en donnant des critiques et des commentaires constructifs.

Essayez-vous de passer un message dans vos performances?
Hanna et Tannya : EarthBound est un univers dystopique dans lequel nos personnages découvrent des leçons personnelles et politiques sur des enjeux tels que l’amitié, le conflit, le colonialisme, les tactiques de l’état pour contrôler nos consciences, l’expression sexuelle, etc.

Sky : Pour moi, inclure le pole dance dans le spectacle a un impact positif. Il fait réfléchir les gens et confronte nos préjugés. J’aime faire une pratique de pole dance (souvent lié au travail du sexe) et la décontextualiser. Mon personnage – la Gardienne – est un être ultra puissant. Elle contrôle le temps et l’espace. YOU DON’T FUCK WITH HER! J’aime explorer le contraste entre nos préjugés sur les travailleuses du sexe (souvent vues comme victimes) et la gardienne qui utilise la pôle pour faire de la magie, pour prendre contrôle de la situation et pour combattre le mansplaining; bref, ça donne une autre manière de penser le pole dance.

Sky, as-tu déjà assommé quelqu’un en virevoltant?
Ha! Non, heureusement je n’en ai jamais frappé un dans un spectacle de lutte ou dans un spectacle de pole/cirque. Mais une fois, quand j’étais danseuse, oui! J’ai frappé un client avec mon talon haut. Mais ce n’était pas ma faute, il était trop proche quand je dansais! Je t’avoue, par contre, que pendant ce dernier spectacle, je faisais du pole dance très très proche du public et, comme il y avait beaucoup de monde, j’avais peur de frapper quelqu’un. À un moment, je ne pensais pas pouvoir faire mon numéro étant donné qu’il y a beaucoup de mouvements rapides, je tourne, je tombe de haut, mes jambes volent partout! Heureusement, le “stage manager” a fait bouger les gens pour que je puisse faire mon show tranquillement.

Mea Culpa : De toutes les places où je pouvais m’assoir, j’ai choisi celle devant le pole dance. Ça doit être un vieux réflexe de mononcle, sorry sky, le dude à la bouche ouverte et à l’air médusé, c’était moi. 

Avez-vous déjà assisté à la lutte de sous-sol d’église à Hochelag’?
Sky : Jamais. J’aime beaucoup la lutte, mais j’ai peu assisté à des spectacles live ou à la télé. Souvent, j’ai entendu dire que c’est une ambiance hétéronormative, très sexiste et parfois même raciste. Je n’ai aucune tolérance pour ça! Ce n’est pas un endroit safe pour des gens queers, pour des femmes, ou pour des gens de couleur. Dans nos spectacles, on essaie d’être complètement à l’opposé de la lutte traditionnelle en créant notamment des safe space.

Hannah et Tanya : En effet, notre audience continue de changer et de s’agrandir, et on espère que ça peut inclure les gens de tous horizons et de tous âges. Quand même, notre priorité c’est que nos spectacles soient toujours safe pour les gens, qu’ils viennent sans être menacés ni préoccupés par le racisme, la transphobie, l’homophobie ou le sexisme.

Mais on est game d’aller voir la lutte d’Hochlag, on aurait juste besoin d’une grosse gang de gens rad pour nous accompagner!

Qui veut venir avec nous?

 Pour lire une autre entrevue d’Hamza Abouelouafaa : “À la rencontre de Sandro l’affûteur de couteaux”

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