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Romain F. Dubois passe une maudite belle semaine. Tellement belle et féérique, qu’il n’est plus certain quel jour on est exactement et depuis combien de temps il est à Cannes.
« Depuis vendredi, je pense ? J’suis peut-être arrivé jeudi, remarque. J’suis plus certain. On est mardi, c’est bien ça ? », badine le principal intéressé.
Le scénariste et réalisateur a de bonnes raisons de flotter sur un nuage. Son court métrage Skinny Bottines est présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la Critique. Officiellement, il s’agit de son deuxième court métrage en carrière (il a coréalisé Tranche de nuit en 2020), mais de son tout premier projet solo.
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Un premier essai s’étant soldé par un premier triomphe pour le créateur originaire de l’île d’Orléans.
L’institution française n’est visiblement pas un club fermé ni aux Québécois ni aux talents qui sortent de nulle part, mais si le film de Romain y est aujourd’hui récompensé du prix de la Découverte Sony — décerné à une œuvre se voulant singulière et audacieuse — il fut une époque où il était seul à croire en son projet.
Skinny Bottines raconte l’histoire d’un pickpocket (Dominick Rustam) qui passe la journée à voler des étrangers avec son petit cousin (Aksel Leblanc) pour rembourser son ex-conjointe (Tiffany Montambault) et regagner sa confiance. Bref, c’est l’histoire d’une journée très compliquée dans la vie d’un gars aussi malhonnête avec lui-même qu’avec les autres.
« L’idée de faire quelque chose sur un voleur date d’il y a longtemps. Je voulais faire un parallèle avec les relations amoureuses. Tu sais, quand t’es tellement en amour que t’as l’impression de te faire voler ? Moi, j’avais l’impression de voler la personne avec qui j’étais en couple à l’époque. C’est comme ça que le personnage m’est venu à l’esprit », raconte Romain.
À la base réalisateur de vidéoclips, Romain a donné un premier souffle au projet à travers une collaboration avec l’artiste montréalais CRi en 2022. Les premiers balbutiements de la relation entre le pickpocket et sa conjointe — le prequel de Skinny Bottines, si vous voulez — ont pris forme dans le clip pour la chanson Losing My Mind, avec CRi et Jesse Mac Cormack.
Finalement, Romain a décidé de piger à même ses économies personnelles pour financer son projet. Un pari risqué, mais calculé pour le jeune homme qui était alors à l’aube de la trentaine (il a 32 ans aujourd’hui). Il croyait en sa vision.
« C’était tellement plus simple à faire avec mon argent. Je me faisais déjà assez confiance pour faire le move à l’époque, mais c’est sûr que passer à travers ce processus-là, avoir une certaine reconnaissance de l’industrie, ça aide à être plus sûr de soi et à croire en ses idées », confie le réalisateur.
Il tient à préciser qu’il a quand même reçu une bourse de postproduction du Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ), ce qui lui a permis d’inclure une bande sonore orchestrale dans son film. Un détail important pour lui.
Romain comprend encore mal comment Skinny Bottines a été choisi pour la Semaine de la Critique. C’est la maison de production Couronne Nord (qui y ont cru avant tout le monde aussi, tsé) qui a envoyé le film pour considération, mais tout le monde a reçu le courriel d’acceptation en même temps : « Quand ils ont soumis le film, ils ne m’en ont pas trop parlé pour me protéger d’une éventuelle déception, je pense. Y a très peu d’élus à Cannes. »
Romain a pu discuter brièvement avec le comité de sélection et a été enchanté par leur réaction. La magie qu’il a longtemps été seul à voir s’est avérée contagieuse.
« J’ai juste pu voir la moitié des films en compétition jusqu’à maintenant, mais il y a un certain fil conducteur qui nous unit. C’est peut-être pour ça qu’il a été choisi. Y a un petit côté magique à tous les films en lice. Un aspect plus près de la fable ou du conte », suppose-t-il.
Au festival, pour Romain, le rêve et la réalité se côtoient. Il a pu non seulement voir, mais aussi s’entretenir avec des gens du milieu qu’il admire, notamment Charlotte Le Bon. « Je sais pas comment expliquer ça, mais l’accueil est tellement nurturing. On prend soin de moi, ici. »
« J’ai toujours voulu être réalisateur de films et j’ai toujours travaillé dans cette direction. C’est vraiment le fun d’avoir une légitimité là-dedans, maintenant. Je suis un gars têtu, mais ça m’a servi à me rendre où je suis aujourd’hui. »
Le concept a vécu plusieurs vies et connu de nombreuses itérations. À la recherche de financement pendant plusieurs années, Romain s’est buté à de nombreux refus, à des demandes de modifications à son scénario et à des invitations à réappliquer. « Chaque fois, on demandait plus de clarté dans le scénario. Mon idée de base était de créer un personnage mystérieux qu’on découvrait pendant le film, alors ça ne fonctionnait pas. J’ai passé un bon trois ans dans ce processus-là, jusqu’au moment où je ne reconnaissais plus mon scénario. Ce n’était plus un film que j’avais envie de faire. »
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Et il y a fort à parier que cet accueil se poursuivra après le festival, puisque la sélection de Skinny Bottines à la Semaine de la Critique vaudra à Romain une place dans le programme de mentorat Next Step visant à accompagner les jeunes réalisateurs et réalisatrices vers leur premier long métrage. Le prix Sony lui a également valu une bourse de 4 000 euros (6 395,66 $ CAN au moment d’écrire ces lignes), un retour non négligeable sur son investissement.