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De l’autre côté de la Strip

Une virée dans le Vegas qu’on connaît un peu moins, loin du chant des sirènes des machines à sous.

Par
Malik Cocherel
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La première fois que j’ai mis un pied dans la cité du péché, c’était pour couvrir comme reporter la cérémonie des « Oscars du X », les AVN Awards, qui se tenait chaque hiver entre les roulettes et les tables de craps du regretté Hard Rock Casino.

Las Vegas n’était alors pour moi qu’un rutilant parc d’attractions pour adultes planté au milieu du désert, un alignement sans fin d’hôtels-casinos, de chapelles et autres temples du kitsch, une oasis de béton et de néons hantée par le fantôme dopé à la mescaline de Raoul Duke, l’alter ego illuminé du pape du gonzo Hunter S. Thompson.

Photo : Malik Cocherel
Photo : Malik Cocherel
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C’était avant que je découvre le Downtown de Vegas. Il y a encore quelques années, l’endroit était un vrai no man’s land où seuls les « cinglés sous acide qui ne veulent jamais aller se coucher », croqués par le parrain du nouveau journalisme Tom Wolfe dans ses Chroniques d’Amérique et d’ailleurs, auraient osé s’aventurer. « Trop dangereux », « trop sale », « trop vieux », lisait-on sur TripAdvisor.

Désormais, le centre-ville historique de Vegas attire aussi les visiteurs et visiteuses à la recherche d’un brin d’authenticité.

Au nord de la Strip, les rares attractions touristiques se résumaient au survol en tyrolienne de la populaire artère de Fremont Street et à la visite du musée de la mafia, le Mob Museum, inauguré en 2012 dans les murs de l’ancien palais de justice où le sénateur Estes Kefauver a tenu ses audiences publiques sur le crime organisé.

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Désormais, le centre-ville historique de Vegas attire aussi les visiteurs et visiteuses à la recherche d’un brin d’authenticité dans ce paradis artificiel immortalisé par le photographe autrichien Reiner Riedler, sur fond de fausse Venise et de réplique de la tour Eiffel.

The House of Yes lors de l’édition 2021 du festival Life is Beautiful à Las Vegas le 19 septembre dernier (Photo par Alive Coverage/Sipa USA)
The House of Yes lors de l’édition 2021 du festival Life is Beautiful à Las Vegas le 19 septembre dernier (Photo par Alive Coverage/Sipa USA)

LE NOUVEAU DOWNTOWN

Le quartier où il ne faisait pas bon traîner à la nuit tombée vit une véritable renaissance. Cette mue spectaculaire s’est amorcée en 2013, avec l’inauguration du Container Park, où se concentrent boutiques, restaurants et bars dans d’immenses cubes modulables.

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Lancé la même année, le festival Life Is Beautiful, dont le lineup n’a rien à envier à Coachella qui draine chaque printemps son contingent de festivalier et festivalières aux couleurs arc-en-ciel dans le désert de Palm Springs, a également eu son rôle à jouer.

Megan Thee Stallion au Bacardi Stage pendant l’édition 2021 du festival Life is Beautiful à Las Vegas le 17 septembre dernier (Photo par Alive Coverage/Sipa USA)
Megan Thee Stallion au Bacardi Stage pendant l’édition 2021 du festival Life is Beautiful à Las Vegas le 17 septembre dernier (Photo par Alive Coverage/Sipa USA)

L’événement – qui a réuni en septembre les rockeurs psychédéliques de Tame Impala, la rappeuse afro-féministe Megan Thee Stallion, et la popstar passée du vert néon au blond platine Billie Eilish – a largement transformé le visage de Downtown.

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Au fil des années, les muralistes du monde entier se sont joints aux grands noms de la pop, du rock et du hip hop, pour réveiller l’âme du vieux Vegas qui a connu ses heures de gloire au début du siècle dernier. Des artistes, comme l’Anglais D*Face, l’Argentin Felipe Pantone, la Française Fafi ou l’Américain Shepard « OBEY » Fairey, ont redonné des couleurs aux façades de quelques-uns des plus anciens motels et casinos de Vegas, tel l’iconique hôtel El Cortez.

Photo : Malik Cocherel
Photo : Malik Cocherel

ART, FRIPERIES ET MICROBRASSERIES

Loin des fontaines du Bellagio et de ses badauds enivrés qui ne jurent que par leur yard-long de Margarita, la capitale du jeu a misé sur l’art pour s’offrir une seconde jeunesse. Le projet du Las Vegas Arts District a permis à des artistes locaux de trouver leur place parmi les 18 blocs qui s’étendent au nord du STRAT, dernier hôtel-casino sur la Strip avant de passer du côté, longtemps réputé plus obscur, de Downtown.

Crédit : Malik Cocherel
Crédit : Malik Cocherel
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Tout doucement, le vieux Vegas a pris des allures de quartier gentrifié, sous l’impulsion de l’icône de la Silicon Valley, Tony Hsieh, qui a investi ses millions et ramené une poignée de startups dans son sillon, avant de disparaître en 2020 dans l’incendie de sa maison.

Le long de Main Street, les microbrasseries, comme les friperies, ont poussé comme des champignons. Mais ce nouveau paradis pour jeunes entrepreneurs de la « Tech » porte encore les stigmates d’une histoire tourmentée, rappelant qu’il n’y a pas si longtemps, l’endroit avait tout d’une ville fantôme.

Loin des fontaines du Bellagio, la capitale du jeu a misé sur l’art pour s’offrir une seconde jeunesse.

Au détour d’une ruelle, il n’est pas rare de tomber sur une bâtisse abandonnée aux murs décrépits et recouverts de graffitis. Vestiges d’un glorieux passé, de vieilles enseignes évoquent le souvenir du Downtown des années 50 et 60 qui a propulsé Sinatra et son Rat Pack au sommet de la gloire. Le Las Vegas Arts District – « 18b » pour les intimes – est l’un des rares spots qui n’est pas uniquement peuplé de fêtard.e.s de passage, venu.e.s commettre quelques excès le temps d’une virée arrosée sous les lumières aguichantes de « Sin City ».

Photo : Malik Cocherel
Photo : Malik Cocherel
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GET DRUNK AND BUY SHIT

Au ReBar, de curieux oiseaux de nuit ayant fait leur nid dans le quartier viennent se poser au comptoir, pour commander un « cocktail de charité » dont la vente sert à financer une œuvre de bienfaisance locale. Boire pour la bonne cause ou encore… pour s’enticher d’une vieillerie poussiéreuse.

Ici, tout est à vendre, des verres aux sièges de bar, en passant par les jeux d’arcade rétros et autres bizarreries vintages chinées par le propriétaire des lieux, l’activiste et instigateur du Vegas Indie Film Festival, Derek Stonebarger.

Get drunk and buy shit. La devise sans équivoque s’affiche crânement dans le junkyard du ReBar, dont l’autre fierté est de ne posséder aucune machine à sous.

Un peu plus au nord, une fresque du dessinateur néo-psychédélique Jim Mahfood, A.K.A Food One, rend hommage aux légendes de la musique jamaïquaine dans le patio du JammyLand.

Le bar à cocktails de Main Street porte le nom d’un fameux disquaire new-yorkais bien connu de tous les fans de reggae. Cette autre adresse prisée des locaux peut voir débarquer Floyd Mayweather et son clan, quand le boxeur de Grand Rapids est en ville. Le JammyLand attire surtout dans ses filets les amateurs et amatrices de Daïquiris et de Mai Tais qui ne manquent pas de punch.

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Il se dégage du vieux garage, reconverti en cabane à rhum par Danielle Crouch et Allan Katz en 2018, une atmosphère décontractée typiquement caribéenne qui tranche dans le paysage local gagné par la folie du jeu.

Assurément le genre d’endroit où je ne m’attendais pas à finir la nuit dans la ville de tous les vices.

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