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Après l’identité, au cœur de la réappropriation de la culture québécoise francophone des années soixante-dix, la musique des années 2000 a enfin défini à grande échelle des nouvelles approches.
Si des précurseurs comme Diane Dufresne et Robert Charlebois ont généralement dès le départ célébré le terroir et le rock, la production de musique locale assume maintenant une identité culturelle québécoise encore moins complexée vis-à-vis son histoire coloniale.
Le rigodon est moins de son temps. Fred Fortin, Richard Desjardins ou Les Colocs ont pavé la voix à de nouveaux standards qui célèbrent par exemple nos influences western, country et bluegrass rejetées par les médias de masse pendant des décennies. À une autre époque, les Bernard Adamus ou Avec pas d’casque auraient probablement été relégués à un public encore très marginal. Dans le rap, l’accent de Limoilou ou de NDG n’est plus camouflé au profit d’un joual emphatique. Il est plus chantant que jamais, comme dans la rue, rythmé et nasillard.
Même à Star Académie, on est «moési moéssi» sans gène. Une plus grande part de la musique québécoise célèbre nos merveilleux diphtongues pour sa poésie, sans l’obligatoire pointe d’humour ou de théâtralité. On pastiche moins le Vieux-Continent.
La culture québécoise n’est pas moins présente, elle est maintenant intrinsèque à l’œuvre. Elle est se détache du débat nationaliste et s’exprime, sans rancœur, par sa seule présence et le ressenti proprement québécois qu’elle cherche à partager.
Sa vigueur, entre autres encouragée par des acteurs dynamiques comme les nombreux festivals ou concours, a permis de développer des textes sans référence directe à l’être collectif, à l’identité nationale ou à son histoire. Comme c’est le cas au cinéma depuis les Denis Villeneuve ou Philippe Falardeau, la forme prend autant d’importance que le contenu.
Quand le chanteur de Malajube chante moins fort que sa guitare, il s’éloigne de la tradition française. Le groupe s’exprime dans une langue intégrée à la poésie musicale avant d’être ostentatoire.
Décomplexé de ses ascendants, ce seul trait lui a par ailleurs aussi permis de célébrer la culture d’ici outre-frontières sans compromis.
Montréal a toujours été, à différentes époques, à la fine pointe de certains styles musicaux. Elle semble demeurer depuis bientôt dix ans comme l’une des pépinières musicales du continent, avec New York, San Francisco ou Portland. Plus émancipés, les artistes francophones montréalais, et du reste du Québec aussi, n’ont plus besoin d’évoquer littéralement leur attachement à leur culture, signe d’un repli peut-être nécessaire jadis.
Aujourd’hui, sa vitalité prouve elle-même sa pertinence.
La métropole du Québec profite aussi de plus en plus du rapprochement qui s’établit entre les cultures anglophones et francophones. Des échanges nouveaux se développent, souvent teintés d’influences haïtiennes, juives, tunisiennes ou latinos. Cette mobilité culturelle permet de nouveaux dialogues sociaux et économiques, particulièrement dans les milieux émergeants et indépendants, moteurs de créativité.
La musique québécoise n’est plus véhicule d’une langue et de son passé historique.
Des étiquettes de disques comme Constellation, Dare to Care/Grosse Boîte ou plus récemment Arbutus représentent cette ouverture à de nouveaux horizons. Bien que presque exclusivement anglophone, le groupe Arcade Fire est aussi souvent nommé en exemple de cette nouvelle fluidité culturelle québécoise.
Loin d’être soumis au poids de son histoire, le fait français du Québec ne se pose presque plus en opposition aux autres ou à travers un projet politique (latent?), mais par rapport à sa propre capacité à se dépasser et à s’ouvrir à l’expérience.
La musique actuelle se vit, loin de la morale.
Pour suivre Étienne Côté-Paluck sur Twitter : etiennecp