De fil en aiguille, combattre la COVID-19

Les rues sont désertes dans la petite ville Sainte-Julie, sur la Rive-Sud de Montréal, malgré le printemps qui nous rappelle son existence. Signe indéniable que l’appel au confinement fonctionne.  Les rares passants se tiennent à deux mètres de distance, ou sont sortis pour une balade en famille.

Sur leur balcon de la rue Saint-Joseph,  Stéphanie et sa voisine Gaétane, une couturière de 69 ans, m’attendent pour me remettre six masques homemade, produits qu’elles fabriquent depuis quelques heures à peine. Les deux Julievilloises ont décidé d’unir leurs forces pour proposer un produit local (et joli!), après avoir entendu l’appel de la santé publique selon lequel le port du masque non-médical en public est recommandé. 

En point de presse mardi, le premier ministre du Québec François Legault a expliqué que ces masques ne servent pas à nous protéger nous, mais bien les autres en évitant que nos fluides se répartissent sur les paniers d’épicerie, par exemple. Ils ne remplacent pas non plus les autres mesures imposées par le gouvernement depuis le début de la crise du COVID-19. C’est un ajout, simplement.

Mais c’est surtout une belle occasion pour la couturière et sa voisine de reprendre du service en temps de crise. 

Les deux font la paire

Avant l’éclosion du virus, celles qui sont voisines depuis deux ans avaient déjà une bonne relation. «On s’échangeait un morceau de pain aux bananes, contre une réparation de robe», rigole Stéphanie. Mais depuis mardi, les voisines sont devenues des partenaires d’affaires, après la création improvise d’une petite entreprise de production de masques. Chacune à son rôle: Stéphanie s’occupe de la gestion des commandes et Gaétane de la production «de masse». En moins de 24h, elles ont eu des demandes de plus de 45 clients pour fabriquer quelque 200 masques. «Je n’ai pas dormi de la nuit, c’est overwhelming. Je ne m’attendais pas à une réponse aussi positive. J’en avais seulement cousu 10 lorsqu’on a lancé l’annonce», fait savoir la couturière.

Un défi très différent pour Gaétane qui a l’habitude de faire des pièces uniques avec des matériaux recyclés. «Je n’ai pas lâché depuis 8h ce matin, je vise une production de 50 masques par jour. Je n’ai pas le temps d’être perfectionniste», lance celle qui veut produire un masque chaque 10 minutes. 

Pour l’instant, elle utilise ses retailles de tissus d’anciens projets pour la fabrication des masques. «J’ai peur de manquer de tissus tant la demande est grande. Je vais peut-être devoir en commander en ligne.»

«Je n’ai pas lâché depuis 8h ce matin, je vise une production de 50 masques par jour. Je n’ai pas le temps d’être perfectionniste.»

Pour Stéphanie, l’engouement envers leur projet n’est pas une surprise. «J’ai un méchant réseau à Sainte-Julie, je savais que j’allais dropper une bombe.» Elles ont toutefois dû mettre leurs limites pour que leur entreprise éphémère roule rondement. Les clients ne choisissent pas les motifs de leurs masques, mais peuvent toutefois demander des modèles unis ou colorés. 

Afin de ne pas favoriser les déplacements entre régions, les deux alliées ont décidé de restreindre leur production pour les résidents de Sainte-Julie. Pas de livraison à domicile non plus, pour limiter les contacts. «Trois fois par semaine, on va organiser une collecte. Je convoque les clients à des heures différentes pour m’assurer que la distanciation sociale soit respectée», explique Stéphanie. Elles invitent également les gens à laver à la main les masques avant de les porter pour éviter les risques de contamination.

Passer le temps comme on peut

Depuis le début de la crise du COVID-19, les contrats en couture de Gaétane se sont amoindris, alors qu’avril est normalement une période assez achalandée avec le retour du printemps. «J’enseigne aussi la couture et les cours devaient reprendre le 13 avril, mais on devra attendre encore un peu.»

Pour les jours à venir, la production de masques occupera la majorité de ses journées. «Ça va être bien qu’on devienne plus autonomes, parce qu’on a tout ici», affirme la couturière en faisant référence à la nouvelle initiative du Panier bleu du gouvernement provincial. 

«Ce n’est pas pour le plaisir que les gens veulent porter un masque, alors pourquoi pas ne rendre ça un peu plus attrayant»

L’initiative des voisines a suscité un grand nombre de réactions positives. «Les gens nous disent merci de contribuer à aider les citoyens, qu’ensemble on va s’en sortir», s’émeut Stéphanie.  Si le port du masque peut être encore mal perçu dans les espaces publics, puisqu’il semble lancer le message que nous sommes malades, dans d’autres cultures, comme au Japon, le masque est devenu un élément fashion qui agrémente le style de bien des citoyens. «Ce n’est pas pour le plaisir que les gens veulent porter un masque, alors pourquoi pas ne rendre ça un peu plus attrayant», soutient Stéphanie.

Et pour le temps que ça durera, ça permet aussi aux deux voisines d’entretenir un lien encore plus solide, tout en gardant leurs distances.

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