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On vieillit. Pas en blague ni en cliché, là. En vrai. Ce n’est pas la classique phrase lancée pour rire, celle qu’on sert à un collègue qui fixe le coin de son écran en sentant légèrement la robine un matin de semaine. Non, gens de la Génération Y, on vieillit pour vrai.
Oui, dans tout ce que l’expression peut contenir de dramatique. On vieillit comme dans : notre mémoire nous quitte. Il faut regarder 4-5 fois l’adresse du party pour s’en rappeler. Ça, c’est quand on y va. On vieillit comme dans : si on commence une phrase par « Il y a 20 ans », plus personne ne rit. Nous souvenirs qui datent de cette époque sont clairs comme de l’eau de roche. Et on avait déjà tous une carte de guichet.
On vieillit comme dans : avez-vous vu ? Garou a les cheveux tout gris.
Quand Michael Jackson est décédé (il l’est toujours, n’est-ce pas ?), j’ai pleuré devant le bulletin de nouvelles. J’ignore pourquoi, mais j’ai eu dans la gorge – ou un peu plus haut, dans l’esprit – l’image de la première fois où j’ai entendu Joe le Taxi de Vanessa Paradis. Sorry Michael, we don’t choose the stars of our memories. Et j’ai eu les larmes aux yeux. Des pleurs de naïveté perdue et de nostalgie des longs après-midis à niaiser des inconnus en vacances sur le bord du fleuve.
Imaginez. L’époque de Michael Jackson n’est même pas la mienne. La mienne, c’est NKOTB et Joe Bocan. J’ai pleuré parce que je savais que notre tour viendrait, que les cheveux du gitan grisonneraient, que Vincent Bolduc deviendrait un monsieur. J’aurais dû m’en douter, aussi, quand tous les gars aux cheveux longs ont commencé à se les couper. Puis à s’acheter des utilitaires sport. Quand toutes les filles se sont mises à s’extasier sur des motifs de céramique. J’aurais dû entendre le signal, mais j’étais occupée à rire de la génération qui se roule aujourd’hui dans les disques de reprises et qui bave sur ses billets préachetés des Filles de Caleb. Oui oui, l’opéra-folk.
Que je vieillirais, moi, j’avais prévu le coup. Pas grave, je suis une auteure et plus les auteurs sont vieux et maganés, plus ils gagnent en crédibilité. Mais ma génération, non. Nous voir vieillir aux nouvelles, dans les cheveux et les rides de nos idoles, je suis bien mal préparée. À l’heure où on se parle, on nous a déjà balancé un disque de reprises des chansons de Passe-partout pour réunir nos cœurs épars, et on n’a presque pas bronché. Des tounes qui passent maintenant régulièrement à la Première Chaîne, comme s’il était d’intérêt public de se rappeler qu’entre les déboires libyens et la croisade de Charest, certains légumes qui parlent au “je” poussent sous terre et veulent être mangés.
La façon que l’on a de devenir vieux est la plus sournoise des choses. Soyons vigilants. Si ça continue, on ne sera même plus meilleurs que nos prédécesseurs. On sera leur pâle copie, avec la même nostalgie, des convictions plus diluées, et du linge conçu pour briser plus vite.
Merci pour la belle semaine. À la prochaine.