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Cette semaine, j’ai vu que le bitcoin était encore en hausse. Après avoir vécu une période plus difficile, la remontée est constante, au grand plaisir de ses disciples. Ma première réaction fut de me dire : « Ah non… Mes amis d’gars vont encore me gosser avec ça! ».
Pour être clair, je n’ai rien contre la cryptomonnaie.
Que ce soit un scam ou une révolution m’importe très peu. Mais mon indifférence ne m’empêche pas de souhaiter sincèrement bonne chance à quiconque ayant placé ses jetons sur ce numéro.
Par contre, je ne suis pas indifférent au véritable culte qui s’articule autour de cette passion. Un culte qui, on doit se le dire, est particulièrement masculin. La crypto, c’est la croissance personnelle des garçons. Le coaching de vie des dudes. Les produits Amway des phallus. Car, tout comme certaines de ces entreprises à majorité « féminines » à saveur pyramidale, la cryptomonnaie a besoin de rallier des adeptes pour créer de la confiance, et ainsi, générer de la puissance.
S’en procurer résulte souvent à se transformer en influenceur du bidou qui tente de faire mousser son investissement. Car si plus personne n’y croit, plus rien ne croît.
Je trouve que la crypto en dit beaucoup sur nous, les hommes, et cette fameuse crise de la masculinité. Les hommes ont besoin, comme tout le monde, d’une communauté, de support, d’entraide, d’écoute. Incapables d’assumer ces besoins, nous devons passer par un prétexte. Tandis que les femmes font leurs brunchs, leurs soupers, leurs 5 à 7, avec aucun autre objectif autre que l’échange, les hommes se retrouvent à devoir se réunir autour d’un intérêt pour la crypto, le sport, les podcasts, les chars, etc. N’importe quoi pour éviter de concéder qu’on avait juste besoin de sentir la présence d’un ami.
Les hommes ont leurs propres codes qui sont plus cryptés que la monnaie qu’ils vénèrent. Il suffit seulement d’en saisir la traduction.
« Viens-tu écouter les séries chez nous? » = J’m’ennuie de toi! J’aimerais qu’on dirige l’amour que l’on a l’un pour l’autre envers une équipe de hockey. Et qui sait, ça nous permettre peut-être de se prendre dans nos bras le temps d’un but en prolongation.
« T’as rien compris de la révolution de la crypto! T’es manipulé par les médias de masse! » = J’aurais envie de te communiquer une passion qui, je l’espère, pourrait se transformer en un projet commun. Projet qui nous permettrait d’échanger sur une base quotidienne sous fond d’espoir en notre avenir (financier).
C’est d’ailleurs ma petite suggestion pour régler la crise de la masculinité : toute cette énergie dépensée à consolider notre confiance en une monnaie alternative, serait-il possible de la transférer à décomplexer les amitiés sans diversions, sans retour sur investissement, sans codes à maîtriser autres que l’écoute, la compassion et la fraternité? L’amour comme monnaie d’échange.
La foi est la plupart du temps un outil qui nous permet de nous rassembler. Ayons foi en notre capacité à s’autosuffire. Je suis certain que même les apôtres, sans le réaliser, étaient plus enivrés par le fait de s’être trouvé une gang de chums qui échangent sur leurs émotions, que par Jésus lui-même.
Coupons l’intermédiaire, les gars. Pas besoin de motifs pour se dire je t’aime.
Je dis ça comme ça. Pas de pression. Mais si t’en parles à un ami qui en parle à un ami qui lui aussi en parle à un ami, qui sait, peut-être qu’un jour, nous en récolterons un peu tous les fruits.