Cruise Control 

Draguer avec l'énergie du désespoir en bédé.

Ça y est, le countdown vers la féérie des Fêtes est amorcé. Si vous travaillez dans un cubicule, les plus chanceux d’entre vous auront droit à un dîner pizza dans la salle de conférence et l’après-midi off — les autres devront être créatifs dans leur réponse pour justifier leur absence au party de bureau. Y a-t-il plus malaisant que de voir Carole de la comptabilité enfiler les coupes de vin sans compter ou Josselin du shipping dont les regards obliques vers les décolletés sont tout sauf subtils ? Pour les célibataires endurcis, ce genre de rassemblements est l’ultime occasion de mettre à profit leurs techniques de séduction. Pour Yves, le roi de la cruise, l’antihéros créé par Luc Bossé (dessins) et Alexandre Simard (scénario), c’est plutôt animé de l’énergie du désespoir que jour après jour il essuie les revers à la recherche de l’amour.

Ce n’est pas à défaut d’essayer que notre Roméo n’arrive pas à pogner, mais bien parce qu’il n’est pas capable de closer. Elles ont beau lui envoyer des signaux clairs avec des lumières qui flashent et des sirènes qui hurlent, il reste là à battre des paupières comme un épais. Il est tellement innocent que ça en fait pitié. C’est sûr que quand ton meilleur chum est M. Nightlife, ça n’aide pas vraiment à ton estime.

C’est sûr que quand ton meilleur chum est M. Nightlife, ça n’aide pas vraiment à ton estime.

Une fois, dans l’autobus, il a essayé de complimenter une passagère sur ses earmuffs (« voyons crisse, comment on dit ça en français! »), mais n’a rien trouvé de plus intelligent à dire que : « Est-ce que tu les as achetés quelque part ? » pour ensuite descendre au mauvais arrêt. Encore mieux : à la sortie d’un bar, il a croisé une travailleuse de nuit sur le trottoir — pas une prostituée. Puisque monsieur est galant, il l’a aidé à transporter son épicerie. Encore sur son nuage, le pauvre a oublié de lui demander son numéro de téléphone…t’sais quand t’es juste pas dû.

Peut-être qu’il ne regarde pas assez loin… ou peut-être trop ? Il y en a bien une à qui il fait de l’effet, mais il reste insensible à ses charmes — le cœur a ses raisons. Il suffit d’une odeur, d’un accent ou d’une manière de bouger pour qu’il se mette à battre la chamade. Danielle qu’elle s’appelle : c’est un peu la wingwoman de sa best qui s’adonne à être la blonde de M. Nightlife. Tout est dans tout.

La couronne est dure à porter, mais il faut faire honneur à son titre. Le roi se doit de dénicher sa reine. Mais Yves n’a rien de chevaleresque : c’est un individu lambda, comme la plupart d’entre nous. Et puisque l’amour nous réunit, il ne devrait pas tarder à trouver guenille à son torchon.

L’instinct de procréation nous guide comme un missile à tête chercheuse et c’est avec fierté que nous modifions notre statut de «célibataire» à «en couple» sur Facebook – ne serait-ce que pour ne pas passer Noël seul. Et pour les autres, consolez-vous en vous disant que vous éviterez un souper awkward en compagnie de la belle famille.

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La bédé Yves, le roi de la cruise d’Alexandre Simard (scénario) et Luc Bossé (dessin), est publiée aux éditions Pow Pow.

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