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Ce qui était déjà annoncé comme le «scandale de la vie privée» a bien failli me passer six pieds par-dessus la tête. Après tout, ce n’était pas la première fois qu’un quidam débarquait sur mon mur Facebook, par l’entremise d’amis pas fiables, alertant tout un chacun que sa vie privée était en péril, image brouillée à l’appui. Comme toutes les autres fois, je n’ai pas porté attention à la chose et j’ai attendu que Dominic Arpin ou une autre référence de la sorte nous rassure collectivement qu’il s’agissait bel et bien d’un canular.
Quand c’est arrivé, quand Dominic Arpin a partagé la nouvelle, quand j’ai «su» que ce n’était finalement pas un canular, j’ai réfléchi tranquillement à ce que ça pouvait signifier, que des conversations privées datant de 2009 soient rendues publiques. J’ai pensé, comme tout le monde, au dos de qui j’avais parlé, aux confidences anodines, aux requêtes potentiellement gênantes une fois rendues publiques, aux discussions vraiment privées de 2009. Puis, comme tout le monde, je me suis empressée de cacher mes conversations privées avant d’aller espionner celles des autres. C’était un peu la galère parce que j’étais dans un resto sans internet et il a fallu que je me traficote une connexion avec mon téléphone.
Mais une fois de plus, on avait crié au loup pour rien. Aucun de nos messages privés n’était rendu public, mais on prenait tous conscience du même coup que notre conception de vie privée/vie publique s’était complètement transformée en l’espace de trois ans. Ah, 2009! Cette époque où nos blagues les plus grivoises ne risquaient pas d’offusquer nos matantes, où on n’avait pas encore accepté les demandes d’amitié de connaissances du primaire qui allaient bientôt nous inviter à jouer à Farmville et où l’on pouvait dire des faussetés dans le dos de Jean Lapierre sans être accusé de quoique ce soit. Cette époque où ça ne nous dérangeait pas que la terre entière soit au courant d’un échange aussi banal que: «Hey, c’tait l’fun te voir au party hier!» Maintenant, on dirait «get a room!»
Cette époque est révolue, tout comme celle à laquelle j’avais plus confiance en mes semblables qu’en Facebook. Avant, quand on disait que Facebook, c’était Big Brother, je me rassurais en me disant que ça ne pourrait jamais arriver qu’un réseau social utilise les informations privées de toute une population aux dépens de celle-ci : quelqu’un (mettons, Dominic Arpin) s’en rendrait compte et on quitterait tous le bateau avant qu’il ne soit trop tard.
Aujourd’hui, essayez donc, pour voir, de me faire croire que Facebook utilise mes messages privés pour prendre le contrôle de mon esprit. Ça va m’en prendre pas mal plus pour que ça pour m’inscrire au nouveau MySpace.