Cri du cœur d’une gameuse

Depuis le début de mon implication dans le monde du jeu, à l’époque de M.Net à Musique Plus où j’ai eu la chance d’être chroniqueuse pendant plusieurs années grâce à l’ouverture et l’avant-garde de Denis Talbot, j’ai toujours été fière de porter le titre de « femme dans l’univers du gaming ». Encore aujourd’hui d’ailleurs, je porte ce chapeau avec la tête bien haute. Par contre, aujourd’hui, j’ai le goût de crier! Crier TRÈS FORT!

Quand je regarde derrière et que je vois le chemin parcouru des femmes dans l’industrie, je vois les tempêtes traversées et surtout, je vois maintenant le point d’ancrage que nous avons bien enfoncé dans la terre. Les femmes dans le milieu sont là pour rester, partager leurs expériences, leurs opinions, leurs visions et continuer à foncer tête première à travers toutes les embuches auxquelles nous faisons malheureusement encore face de nos jours.

Parce que oui, les embuches sont là, visibles ou subtiles, elles nous grugent toutes un peu l’intérieur lorsqu’elles font surface et briment l’inspiration, la motivation, l’ambition de nombreuses d’entre nous.

Parce que oui, les embuches sont là, visibles ou subtiles, elles nous grugent toutes un peu l’intérieur lorsqu’elles font surface et briment l’inspiration, la motivation, l’ambition de nombreuses d’entre nous. Mon intervention aujourd’hui aurait pu être en lien avec de multiples plateformes de communication (Facebook, Instagram, Discord, etc.) puisque la problématique que j’exposerai se vit aussi sur celles-là, mais ici, c’est de Twitch dont je parlerai.

Pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, Twitch est une plateforme de diffusion (streaming) en direct qui nous permet de jouer aux jeux vidéo en direct avec notre webcam et micro tout en discutant avec les gens en ligne. On y partage nos opinions et critiques de jeux, on développe du contenu créatif, on interagit sans cesse avec les gens sur le chat de notre chaine; tout ça dans le but de créer des moments de partage et des échanges qui embellissent notre expérience de joueur/joueuse. La communauté de nos chaines se crée avec le temps et on y découvre des spectateurs en or, qui font partie de nos vies par leur présence et leur encouragement pouvant être exprimés en mot ou même en don monétaire, ce qui nous aide à continuer à offrir du contenu qui leur plait et qui nous motive à poursuivre dans cette voie.

Personnellement, je célèbrerai bientôt mon premier anniversaire sur Twitch et je traverserai cette étape avec un grand sourire, mais avec tout de même un léger découragement. Ce sentiment ne vient pas de l’immense tâche de travail qu’ajoute tout streamer à son horaire quotidien lorsqu’il se lance dans un projet de stream (considérant que les streameurs québécois qui en font leur gagne-pain sont extrêmement rares). Il ne vient pas non plus des statistiques de la croissance de ma chaine ni de la compétition entre les chaines qui est, à mon avis, grandement inspirante et nécessaire. Ce sentiment découle plutôt du comportement de certains spectateurs ou à de nouveaux intervenants nuisibles qui font soudainement surface lors de mes diffusions et celles de plusieurs autres femmes.

« Check la grosse lesbienne qui s’pense bonne! »

« Wooo! J’y mangerais le cul. »

« Montre-moi tes boules pour 30 $. »

« Tu fais quoi pour 15 $?

« Une fille qui parle de jeux vidéo? HAHAHAHA. »

« Retourne dans ta cuisine la conne. »

La fille qu’on traite de « grosse lesbienne » de façon totalement gratuite, c’est moi. Et on me l’a dit et redit encore.

Ces commentaires, bien que plusieurs les trouveront banals ou diront que c’est probablement juste des jeunes cons qui ne savent pas quoi faire de leur temps, blessent, laissent des traces et nous suivent pour beaucoup plus longtemps qu’on le croit. Dans les exemples que je vous ai donnés, la fille qu’on traite de « grosse lesbienne » de façon totalement gratuite, c’est moi. Et on me l’a dit et redit encore. Personnellement, je suis faite forte. Je peux le prendre, en « rire » et continuer d’avancer sachant très bien que j’ai le support de mon chum (qui fait aussi partie de La Taniere TV) et de mon entourage. Mais les autres commentaires cités, ce n’est pas moi qui les ai entendus, ce n’est pas moi qui les ai vécus et ils me blessent autant que ceux que je reçois. La fragilité émotionnelle d’un humain ne se quantifie pas, ne se voit pas. Notre carapace peut être celle d’un méga char d’assaut prêt à tout défoncer, mais peut aussi avoir été tellement fragilisée qu’elle est prête à craquer à la prochaine attaque.

Aujourd’hui, La Grosse Lesbienne est ben tannée! J’ai vu trop de femmes lâcher parce qu’elles n’en pouvaient plus des commentaires du genre. Trop d’entre nous sont blessées et choquées tous les jours, tous les soirs de diffusion parce qu’on se fait bombarder d’insultes injustifiées, de commentaires désobligeants qui chamboulent et déstabilisent totalement notre diffusion en direct.

Lorsqu’on en parle, par le biais de forums dédiés aux femmes créatrices de contenu, pour la plupart, la solution qu’on se propose toujours entre nous est la même : « N’embarque pas dans leurs attaques, bannis-les simplement de ta chaine et continue. » Cette solution, quoiqu’elle n’en soit pas une à mon avis, reste pour moi incroyablement frustrante. Elle est aussi efficace que tourner la tête quand quelqu’un se fait intimider dans la rue. Les imbéciles qui se feront bannir de ma chaine, n’ont qu’à trouver la prochaine victime et continuer jusqu’à satisfaction.

Pour l’instant, la bonne solution, je ne l’ai pas. Mais, j’ai la chance d’avoir une voix et une plateforme pour parler en mon nom et en celui de toutes les femmes victimes de cette problématique réelle et douloureuse. Cet obstacle qui nous pousse chaque jour à remettre en question notre implication dans cette belle industrie qui nous passionne toutes.

Les femmes dans le jeu vidéo, on est là pour y rester. Tenons-nous le dos bien droit et défonçons ensemble cette douloureuse barrière pour s’assurer que nos chaines et toutes les autres à venir deviennent aussi libres et respectées que nous le désirons.

Des solutions, y’en a! On commence par quoi?

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