Craig Fahner est jardinier numérique

#Garden est une expérience artistique qui met en vedette des plantes reliées à Twitter. Lorsqu’elles ont besoin d’eau, elles le laissent savoir aux utilisateurs, qui peuvent les arroser, à grands coups de tweets. Rencontre avec Craig Fahner, celui qui ferait sûrement tilter les petites madames de Canal Vie.

Comment ça fonctionne, ça, un jardin sur Twitter?
Les plantes sont connectées à des senseurs qui servent à mesurer leur taux d’humidité. Ces données sont recueillies par un ordinateur, qui les communique ensuite via Twitter, la nuit.

Que font-ils quand elles manquent d’eau?

Les gens twittent «water» pour qu’un tuyau les arrose… ou les noie, si elles reçoivent trop d’eau.

Comment les gens réagissent-ils? Est-ce qu’ils s’en occupent bien ou s’ils essaient de tuer les plantes?
Je ne sais pas si quelqu’un a essayé de les tuer délibérément… J’ai plutôt constaté que les utilisateurs sont très méticuleux,  même si plusieurs se désintéressent ensuite du projet. Certaines personnes, par contre, prennent ça très à cœur et viennent souvent. C’est intéressant de les voir s’attacher à quelque chose d’aussi loin d’eux, qu’ils ne peuvent pas toucher ou sentir comme dans un vrai jardin.

Dans la vraie vie, serais-tu capable de prendre des vacances et laisser tes plantes au soin d’un réseau social?
En fait, c’est un peu le point de départ de l’oeuvre. Je devais retourner à Calgary, ma ville natale, pour l’été et j’avais besoin de trouver une façon pour m’occuper de mon jardin. Avec #garden, les plantes pouvaient me parler sur Twitter et je pouvais les arroser à distance. Mais, au fil des jours, mon questionnement s’est transformé en expérience artistique et les gens se sont mis à le faire à ma place. C’est une forme de réseau social hydroponique.

Est-ce que ce projet nous en apprend plus sur les humains ou sur les plantes?
Avec cette œuvre, je me suis intéressé à la distance qu’il y a entre les humains et ce qu’ils font, surtout lorsque cet espace est occupé par des médias sociaux. Et, en effet, il nous en apprend sur les humains et leurs comportements. C’est qu’avec cette œuvre, les gens ont l’impression de participer à quelque chose en aidant les plantes à grandir, même s’ils n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour le faire.

As-tu pensé au côté plus éthique de la chose? Il s’agit quand même de plantes, vivantes, que tu laisses entre les mains d’étrangers…
C’est drôle parce qu’au début, je voulais utiliser un être humain au lieu d’une plante et le placer dans une sorte d’incubateur pour changer le tout en performance. Même si c’était démocratique, j’ai changé d’idée parce que c’était trop dangereux. La distance entre le geste posé et son effet était trop grande.

Mais avoue que ta démarche est quand même cynique, non? C’est cynique de dire que même une plante peut être intéressante sur Twitter!
Ça l’est un peu. Les communautés virtuelles m’intéressent, mais il faut voir l’œuvre comme étant neutre, parce que, dès le début, je ne savais pas comment les gens allaient réagir.

Et toi, utilises-tu Twitter?

Non, mais je suis sur Facebook!

Ce texte est issu du #26 spécial Médias Sociaux | Printemps 2010

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