COVID-19 : qu’en pensent les survivalistes ?

Les weirdos d'hier sont les personnes ressources d'aujourd'hui.

Même avant l’existence du mot « Covid-19 », le survivalisme était déjà dans l’air du temps, souvent associé à une activité de crinqués qui se creusent un bunker dans la cour en se préparant à une attaque de zombies.

Mais au-delà des clichés, le survivalisme est plus que jamais d’actualité, en cette période où on doit composer avec plusieurs incertitudes. 

Le téléphone de Geneviève Lajoie ne dérougit pas ces derniers jours. Instructrice de survie au sein du groupe Les Primitifs, ses clients et ses proches appellent sans relâche pour lui demander conseil. « On recommande aux gens de rester calmes, de respecter les consignes de sécurité du gouvernement et, pourquoi pas, d’apprendre de cette situation », explique Geneviève, qui recommande aussi aux gens de se doter d’un kit de survie de deux semaines en bouffe et en eau. 

Même s’ils sont conditionnés depuis des années à un mode de vie autonome, les survivalistes ne sont pas en train de se frotter les mains et ne se réjouissent aucunement de la panique ambiante, bien au contraire. « Je trouve ça triste en fait. Ça nous ramène au fait que les gens n’ont pas de solutions et ne savent pas quoi faire. C’est comme si tout le monde essaie d’attacher sa ceinture de sécurité après l’accident », illustre Geneviève.

«Au Québec, il n’y a pas de risque de guerre, mais il y en a de pandémies, de pannes d’électricité ou d’inondations. On est pas des freaks, on est là pour enligner les gens et les aider à se préparer.»

Un éveil de conscience à tout le moins, comme le prouvent les tonnes de messages qui s’empilent présentement sous les groupes FB de survivalistes. « Au Québec, il n’y a pas de risque de guerre, mais il y en a de pandémies, de pannes d’électricité ou d’inondations. On est pas des freaks, on est là pour enligner les gens et les aider à se préparer », souligne Geneviève, qui se défend de faire partie des visionnaires en ayant adopté le survivalisme comme mode de vie il y a plusieurs années déjà. « La survie c’est pas nouveau, il y a eu des pionniers avant. Mais nous on enseigne une survie traditionnelle basée sur un retour aux sources. Si la société tombe, on va pouvoir se débrouiller », tranche l’institutrice, ajoutant que Les Primitifs veulent être les gardiens de cette tradition. 

Outre le volet nature, une branche de son école enseigne aussi une formation de survie en milieu urbain, où l’on apprend par exemple comment disposer d’un cadavre contaminé, escalader un immeuble en rappel ou se libérer de menottes. « je pense aussi à faire ma part en donnant gratuitement du mentorat sur ma page personnelle », confie Geneviève. 

Il n’est pas trop tard pour se réveiller, croit toutefois Geneviève, d’avis que les autorités et la population réalisent désormais l’importance de se doter de réserves en se préparant au pire. « Les choses doivent changer. Il y a un avant et un après coronavirus », croit Geneviève, qui insiste sur l’importance de ne pas céder à la panique. 

«Pour une fois, j’espère qu’on va suivre les consignes et être un peuple de moutons.»

D’ailleurs la peur est selon elle une réaction tout à fait normale dans le contexte actuel. « C’est correct parce qu’on fait face à un bris de normalité. Il se passe quelque chose qu’on a jamais vécu, c’est à nous de rester calmes et de regarder comment ça se passe ailleurs », croit Geneviève, citant la Chine, où un semblant de vie normale semble reprendre. « Pour une fois, j’espère qu’on va suivre les consignes et être un peuple de moutons », ajoute-t-elle.

Ceux qui seraient tentés de suivre une de leur formation devront s’armer de patience, puisque les classes sont complètes pour les prochains mois. Malgré cet entichement, l’école n’a pas l’intention d’agrandir prochainement. « On a une équipe d’instructeurs formidables, c’est notre tribu. On veut rester soudés et intègres », confie Geneviève, qui envisage de faire de la formation en ligne si la crise perdure. « On va s’adapter. C’est la force de notre groupe, l’adaptation », résume-t-elle. 

 

« Ça s’en vient…»

Il y a de drôles de timing parfois dans la vie. Le comédien et auteur Patrice Godin en vit tout un présentement en étant depuis quelques semaines seulement à la barre de Survivalistes, une toute nouvelle émission diffusée sur les ondes de Moi et Cie.

« Les gens m’en parlent beaucoup et l’engouement pour la série est très fort », ne cache pas le principal intéressé, qui sans être un expert en la matière, s’intéresse au sujet depuis longtemps.

« Je n’aime pas le terme «survivaliste» qui évoque la fin du monde avec des zombies, mais nous vivons une situation qui pourrait dégénérer vers quelque chose de plus grave », constate le Yanick Dubeau de District 31, qui vit la quarantaine chez lui en famille. « J’ai une chambre froide avec un minimum de réserve. C’est sûr que je vis une forme d’insécurité du pigiste. Je vis au jour le jour », admet-il.

Patrice Godin croit que toute cette affaire permettra de voir les adeptes du survivalisme sous un jour différent. « On a une preuve présentement qu’ils ne sont pas si fous que ça, surtout au Québec où on n’a pas trop de weirdos comme aux États-Unis », constate l’animateur, qui a rencontré plusieurs survivalistes très préparés. « Un me disait: ça s’en vient… c’est vague, mais plusieurs semblaient prêts à plusieurs éventualités, comme un effondrement économique ou une pandémie », admet Patrice Godin, qui n’a quand même jamais senti que les gens souhaitaient que ces malheurs s’abattent sur nous.

«J’ai l’impression qu’on verra les beaux gestes, comme les horribles. Faut apprendre à faire preuve d’un peu de retenue.»

Patrice Godin qualifie par ailleurs de «complètement absurde» la crise du papier de toilette. Malgré cette « panique du mouton », il demeure optimiste malgré tout, même s’il s’attend à voir le meilleur et le pire chez l’humain prochainement. « J’ai l’impression qu’on verra les beaux gestes, comme les horribles. Faut apprendre à faire preuve d’un peu de retenue. »

Pour l’heure, Patrice Godin espère que les gens vont tirer le meilleur de cette épreuve et prendre conscience de la fragilité du système. « On n’est plus rendus à jouer les matamores, il faut écouter les consignes », laisse tomber le comédien, qui ne croyait jamais un jour féliciter publiquement François Legault pour sa gestion de la crise.

Une raison de plus d’affirmer qu’il y aura un avant, et un après, coronavirus.

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