COVID-19 : passer de « pause » à « play » plus tôt que tard

La politique de confinement extrême adoptée le 23 mars dernier par le gouvernement conduit le Québec tout droit vers le précipice. Après ces semaines de «pause», l’heure est venue d’évaluer les effets pervers de cette décision et de se doter d’un plan de retour graduel à la normale.

Qu’on le veuille ou non, on devra apprendre à vivre avec le coronavirus. Il y aura possiblement d’autres vagues, d’autres mutations. L’Ontario annonçait vendredi dernier qu’elle projette que la pandémie durera 18 à 24 mois. Au Québec, François Legault nous annonçait dimanche dernier qu’il prolonge le confinement jusqu’au 4 mai.

Au total, on en serait à ce moment-là à six semaines de confinement. L’élastique commence à être très étiré. On ne peut cependant vivre en ermite, seul dans le fond d’une grotte, sans socialiser, sans travailler, pendant un an ou deux.

Depuis plus de deux semaines, le gouvernement du Québec ne permet que les «services essentiels». Costco, Walmart, Home Dépôt et les autres géants étrangers se sont qualifiés et restent ouverts. De l’autre côté, pratiquement toutes les petites boutiques et les petits commerces ont été fermés manu militari.

Concurrence internationale déloyale

Sans que ce soit prémédité, l’actuelle définition de ce qu’est un service essentiel tue nos PME québécoises au profit des multinationales étrangères. On menotte nos entreprises d’ici, pendant que la concurrence internationale frappe.

Par exemple, un petit commerçant qui vend des sets de patio fabriqués au Québec n’a plus le droit d’ouvrir ses portes. Avec l’arrivée du printemps, ce sont, de loin, ses meilleures semaines de l’année qui s’envolent. Si le gouvernement ruine sa saison, l’entreprise d’ici ne pourra survivre. Le plus frustrant est de voir les grandes surfaces vendre présentement, en toute légalité, des sets de patio «made in China».

Je pourrais vous donner des centaines, des milliers d’autres exemples, très similaires. Des jeux pour enfants aux articles de pêche en passant par les vêtements, les équipements sportifs et les produits de décoration.

Si l’on continue comme on est partis depuis deux semaines, on forcera nos petits entrepreneurs locaux à mettre la clef dans la porte afin de donner toutes la place aux géants internationaux. Encore un mois et le quart de nos PME fermeront définitivement leurs portes.

Ce serait bien le bout de la marde que les entreprises étrangères profitent de la crise de la COVID-19 afin d’accroître leurs parts de marché au Québec.

Plus de jeunes en santé auront attrapé la COVID-19, plus on aura de gens immunisés. Plus le taux d’immunité de la population augmente, moins le virus se propage.

Depuis le tout début de la crise, nos autorités en santé publique nous expliquent que l’objectif du confinement est d’aplanir la courbe, c’est-à-dire de répartir les cas qui nécessitent une hospitalisation sur une plus longue période de temps afin de ne pas engorger notre système de santé.

Paradoxalement, plus de jeunes en santé auront attrapé la COVID-19, plus on aura de gens immunisés. Plus le taux d’immunité de la population augmente, moins le virus se propage.

Au cours des dernières semaines, le Québec a davantage et plus rapidement confiné ses citoyens que les provinces voisines.

Non seulement nous avons fermé nos écoles et nos commerces, mais également l’industrie de la construction et pratiquement toutes nos usines.

Résultat: moins de gens travaillent au Québec qu’ailleurs au pays.

Autre effet pervers : pendant que nos usines sont fermées, des clients internationaux de ces entreprises commencent à s’approvisionner ailleurs au Canada ou à l’étranger ou encore des multinationales qui ont des usines ici commencent à transférer une partie de leur production ailleurs qu’au Québec.

L’effet pervers du Québec « sur pause »

Plus longtemps on empêche les travailleurs de revenir à l’usine, plus on court le risque de perdre nos clients, plus les emplois transférés temporairement ailleurs deviendront permanents et plus on menace la survie de nos usines.

Le coronavirus ne s’attaque pas avec autant de virulence à tous dans notre société.

Comme l’explique régulièrement le docteur Arruda: «Les gens qui meurent sont âgés de plus de 70 ans, concentrés à plus de 80 ans. Une seule personne a moins de 60 ans.»

À vouloir mettre tout le Québec sur «pause», on a éparpillé nos efforts et possiblement échoué à protéger les plus vulnérables: nos aînés et nos malades chroniques. Le virus s’est propagé dans plus de 600 résidences pour personnes âgées au moment d’écrire cette chronique.

Nous devons, au cours des prochains jours, développer de nouvelles méthodes, de nouvelles pratiques, afin de protéger les plus vulnérables devant la pandémie.

Parallèlement, on doit aussi permettre aux forces vives et en santé, moins à risque, de retourner sur le marché de l’emploi, en s’assurant d’adopter de nouvelles méthodes de travail afin de limiter la propagation.

Le débat n’est pas entre ceux qui veulent sauver des vies contre ceux qui veulent sauver l’économie. Si on tue notre économie, on va tous mourir de faim.

Si on enferme l’ensemble des Québécois entre les quatre murs de leurs maisons pendant encore quelques mois, ce n’est pas le virus qui fera le plus de mal, mais bien plutôt les conséquences atroces d’une économie exsangue sur la santé mentale de centaines de milliers de Québécois.

Malheureusement, on ne voit pas tous ces effets pervers avec un chiffrier aux bulletins de nouvelles, tous les soirs à TVA.

Mais tous le savent: la recette actuelle de confinement extrême est un remède qui, à moyen terme, pourrait s’avérer bien plus nocif que le virus lui-même.

Le débat n’est pas entre ceux qui veulent sauver des vies contre ceux qui veulent sauver l’économie. Si on tue notre économie, on va tous mourir de faim.

Le débat qui s’ouvre oppose ceux qui comprennent qu’une économie forte nous permettra d’avoir les moyens de sauver un maximum de vies contre ceux qui ne comprennent pas ça.

Aucun pays, ni modèle économique, ne survit quand sa population ne travaille pas et attend passivement un chèque du gouvernement.

Pour un retour au travail progressif 

Évidemment, il faudra y aller progressivement, prudemment. Sans adopter nécessairement le modèle suédois, on pourra commencer par rouvrir nos chantiers et nos usines et attendre quelques semaines pour voir la progression du virus (le risque d’une deuxième vague de propagation est bien réel et à considérer) . Ensuite, ce sera au tour des commerces. Puis, suivront les restos et les bars. Viendront les garderies, écoles, Cégeps et universités. Finalement, les grands événements sportifs et culturels. 

Mais dans tous les cas, il faut envoyer le signal que le Québec reprend vie, sort de son confinement, lentement mais sûrement. Qu’il y a une lueur au bout du tunnel.

Les prochaines générations, qui vivront déjà plus pauvrement que leurs parents, devront un jour payer la note de cette «pause» de quelques centaines de milliards de dollars. 

Les prochaines générations, qui vivront déjà plus pauvrement que leurs parents, devront un jour payer la note de cette «pause» de quelques centaines de milliards de dollars. L’argent que tous reçoivent du gouvernement présentement n’est rien de plus que des taxes et des impôts reportés, pelletés sur leurs épaules.

Finalement, c’est bien beau de demander mer et monde au gouvernement. Mais on peut aussi faire une différence avec nos choix individuels, voter avec notre portefeuille. Commençons dès maintenant, dans la mesure du possible, à accepter de payer quelques dollars de plus pour des produits «Fabriqué au Québec» plutôt que «Made in China». Un investissement personnel qui rapportera collectivement gros.

PS: Comme tous les chroniqueurs occasionnels d’URBANIA, on a suspendu ma chronique à l’arrivée de la crise. J’écris aujourd’hui à titre gracieux afin de venir en aide aux travailleurs et entrepreneurs québécois.

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